Etrange époque que la nôtre. Il plane, pour le pire ou le meilleur, comme une atmosphère de fin de règne dont on ne sait simplement quand elle aura lieu. Nous voyons d’un côté une réalité qui n’est pas tenable. La rentabilité financière, la mise en concurrence universelle et l’exploitation de chaque dimension de la vie sont des folies qui ont menées à toutes les crises que nous connaissons aujourd’hui. Si le diagnostic semble clair, ces folies restent pourtant, dans l’esprit des gestionnaires, des managers et des  décisionnaires, les seules politiques considérées aujourd’hui comme réalistes et sérieuses. Pour ce faire, le chômage, l’endettement et la crise sociale sont les conditions répressives pour maintenir le statu quo dont on pressent, même dans les plus hautes sphères, qu’il est condamné.

Une part de la société qui voit, de loin certes, mais se rapprochant cette menace de l’exclusion, cette remise en question de ses modes de vie et de ses certitudes, préfère choisir ceux qui leur prometteront la sécurité et la protection pour pourvoir se rendormir en paix. Mauvais calcul : le choix étant de se mettre sous la dépendance d’un maître dont le jeu est justement de les plonger dans ces mauvais rêves. Le pullulement des polices, des vigiles, des surveillances, bref de l’Etat, à tous les coins de rue, dans tous les écrans n’est que le résultat de cette volonté « qu’on nous protège, nous, qui sommes tellement victimes ». Il y a là-dedans une telle dépossession de soi, de ses désirs, de son avenir qu’elle est en soi difficilement compréhensible. Cette société, repliée sur sa vie privée, ses cocons aménagés, joue en solo ses partitions et souhaite ne pas voir la réalité. Son sommeil n’admettant aucun trouble, il lui s’agit de nier en construisant toujours un peu plus les murs qui lui expurge le réel du champs de vision. L’étranger, le différent, l’autre lui est inadmissible et doit être expulsée de son esprit.

Etrange époque que la nôtre où la norme est le déni, le conformisme, l’esprit étriqué, l’absence d’inventivité. Heureux qu’il existe malgré tout, ici et là, marginales et « utopiques », des sources de d’enthousiasme. Là où l’on prend au sérieux cette idée qu’« un problème créé ne peut être résolu en réfléchissant de la même manière qu’il a été créé » *

* A. Einstein

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