« Les Anglais paient leur transport trois à quatre fois plus cher que nous. Voulons-nous vraiment cela ? Le « service privé au public » qu’on nous propose comme alternative au service public authentique est une mystification. L’intérêt général n’y est pas aussi essentiel car il doit composer avec l’intérêt particulier. La mise en concurrence prépare inéluctablement la privatisation (…).

L’ouverture au capital privé, à terme, fera éclater le service public du rail, et, à travers lui, l’égalité des usagers, qui deviendront financièrement tributaires des limites de leurs lieux de vie. Aux uns, les TGV, aux autres, les autocars. Qui peut oser dire que le confort est le même, sinon les nantis qui ne souffriront pas des inégalités régionales et sociales? Et tout cela au détriment de la responsabilité écologique.

Amis cheminots, tenez bon, car votre combat est de portée universelle. Au-delà de vos conditions de travail et de vie, qu’aucun prétexte ne doit permettre de négliger, vous défendez l’intérêt général. A rebours du dénigrement médiatique, nous sommes de plus en plus nombreux à vous soutenir, car votre mouvement est exemplaire. Vous portez l’idéal solidariste du service public. Votre lutte est un gage d’avenir. Celui d’une société qui préserve le sens du bien commun. »

Capture d’écran 2018-04-10 à 13.23.33Le combat des cheminots est vital pour la défense du service public, estime ainsi le philosophe Henri Pena-Ruiz qui voit juste et clair. L’extrait ci-dessus est tiré de sa tribune parue dans Libération du 9/04 titrée « C’est l’intérêt général que défendent les cheminots« .

Mais c’est en premier lieu par un rappel salutaire aux principes historiques du Conseil National de la Résistance que débute sa tribune:  » A la Libération, la France a choisi de lier la reconquête de sa liberté au souci de justice sociale. D’où le programme du Conseil national de la Résistance. La Sécurité sociale s’est construite sur l’admirable principe qui veut que l’on cotise selon ses moyens et que l’on reçoive des soins selon ses besoins. Délivré de la loi du marché, le sens du bien commun a prévalu.
L’idée de service public, déjà incarnée en 1937 par la SNCF avec le Front populaire, permet à chaque personne d’accéder aux biens de première nécessité. Santé, instruction et culture, accès à l’eau et à l’énergie, au transport doivent être à la portée de tous sans que pèsent les inégalités géographiques et sociales. D’où la nécessité de services publics de caractère national, tournés exclusivement vers l’intérêt général. La France a ainsi montré la voie d’une société solidaire et juste, soucieuse des biens communs, et de la solidarité redistributive. L’Europe aurait pu faire de même.
Malheureusement, c’est l’homme d’affaires atlantisme Jean Monnet qui en a impulsé la construction par le biais d’une économie dissociée du social. L’ultralibéralisme a vu tout le parti qu’il pouvait tirer d’une telle Europe, y compris sur le plan idéologique (…). »

Ainsi, la tribune d’Henri Pena-Ruiz porte-t-elle en sous-titre: « Les hommes du rail ne sont pas des privilégiés, mais l’avant-garde d’un mouvement de préservation des biens communs. Les Britanniques peuvent témoigner des effets de l’ouverture à la concurrence, et à la privatisation. »

Voici donc un rappel salutaire des principes du CNR à l’heure où, par ailleurs, une opération de destruction militaire avec 2500 gardes mobiles, hélicoptères, blindés, etc., a pris place depuis lundi contre une cinquantaine d’habitants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes où les journalistes sont interdits – ils doivent se contenter des images officielles fournies « gracieusement » par les forces de l’ordre, ce qui constitue une atteinte à la liberté d’informer. D’où cette question « La liberté d’informer est-elle toujours d’actualité en France ? » que pose le Syndicat national des journalistes (SNJ), premier syndicat de la profession, dans un communiqué publié cet après-midi, à lire ici. Comme ceux du SNJ-CGT, de SNJ-Francetv, et de la CCJP (Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels).

Rappel salutaire, par ailleurs encore, lorsque les hôpitaux sont sacrifiés, lorsque des universités deviennent des centres de répression policière ou de groupes fascistes, lorsque une loi dite « intérieure » discrimine les réfugiés. Se pose alors une seule question possible, celle de Pena-Ruiz : Voulons-nous vraiment cela ?

D.D

ruCe qui a été dit et écrit ici-même autour des TER, ici & . Ainsi que du CNR (Conseil national de la Résistance).