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Dialogue sur l’enseignement. N°468.

Écrit par sur 8 mars 2011

Dialogue autour de la nouvelle fabrication des individus.

Moi :

Retenons l’hypothèse émise par certains observateurs quant à l’importance de l’usage d’internet, de Twitter et autres réseaux sociaux, ainsi que des téléphones mobiles, chez les manifestants tunisiens, égyptiens, et libyens. Si donc sur la côte sud de la Méditerranée on voit en concentré des phénomènes encore dilués de ce côté-ci, ce qui échappe à nos radars ce sont les transformations sociotechniques concrètes de l’espace public qui s’y fabrique.

L’on savait que nos manières d’apprendre sont notamment déterminées par le contexte et les environnements technologiques à notre disposition. Mais compte tenu de l’effet levier que procurent ces usages nouveaux, il serait grand temps de jeter un oeil, critique ou pas, sur l’exercice d’une forme de pensée qui émerge.

Michel Serres dans un texte limpide dresse un état de « l’évolution historique du couple support-message (qui) est une bonne variable de la fonction d’enseignement. Du coup, la pédagogie changea (…) : avec l’écriture, les Grecs inventèrent la Paideia. » C’est à dire un exercice d’une forme de pensée qui a émergé pour la première fois en Grèce antique. Dans un monde sans ressemblance avec celui qu’il a connu, il développe alors l’idée de la nécessité inévitable de bosser à adapter la transmission du savoir aux nouvelles technologies de masse « hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites ». Lire ici: 1 et 2

Matthieu :

Oui, c’est un peu ce que j’avais constaté au collège où les cadres hérités à travers lesquels se faisait la transmission pour les générations précédentes sont de moins en moins opérants aujourd’hui. Je pense que c’est lié aux difficultés sociales mais pas seulement. C’est aussi que ces cadres sont à repenser profondément. Serres a raison quand il explique que les NTIC sont l’équivalent du livre. et que c’est tout une paidéia qui est à inventer. Je pense aussi que tout le monde tatonne dans l’histoire. Bref comme dit Castoriadis, nous sommes dans une époque d’indétermination, où l’on voit de plus en plus les limites des institutions héritées ( d’où le pessimisme de l’époque ) et que l’on a encore du mal à voir ce qui est en train de se créer. Finalement, on est peut-être aux prémisses d’une intense séquence de création sociale-historique. Qui sait ? Simplement les mutations qui sont en cours créent évidemment une incertitude profonde. Mais bon comme dit Castoriadis, l’indétermination au final n’est-ce pas ce fond sans fond duquel émerge la nouveauté. Oui on vit une époque passionnante mais difficile.

D.D

Chronique:

Je pinaille sur quelques termes :
-Non les NTIC ne seront jamais « l’équivalent du livre ». Michel Serres le dit-il vraiment ? Ce serait un peu comme s’il affirmait que le tracteur est l’équivalent du cheval de trait…Non.

Et ce « nécessité inévitable » me dérange :
« Bosser à adapter la transmission du savoir aux nouvelles technologies de masse …. » c’est déjà accepter « l’industrie enseignante », « l’industrie culturelle » dont parlait Adorno il y a déjà très longtemps.

C’est accepter et se soumettre aux exigences de ce néocapitalisme que vous fustigez pourtant si souvent. Qui les fabrique ces belles technologies ?…enfin…qui les conçoit et à quelles fins ? Et pour « fabriquer » quel individu ?

Et puis ce terme technologies de « masse »… Il croit revendiquer une égalité pour tous alors qu’il a enclenché :

– un nivellement affligeant,

-une perte d’autonomie effarante

– une infantilisation massive…

Aujourd’hui, j’ai un peu envie de m’amuser (pour « oublier » le Japon…) et de faire du vilain jeu de mots à propos de « cadre »: « …collège où les cadres hérités à travers lesquels se faisait la transmission pour les générations précédentes sont de moins en moins opérants »…écrit Matthieu… « C’est aussi que ces cadres sont à repenser profondément »

Et si une des faillites actuelles du collège (les autres niveaux, je ne connais pas) était justement cette transformation des profs en…CADRE…au sens où, en costume 3 pièces, ils déboulent dans les classes sans même voir les élèves, exigeant simplement de cette masse accessoire, voire superflue, de se mettre au garde-à vous à côté des paillasses (je pense à des profs de sciences physiques et de SVT que j’ai côtoyés). Puis ils branchent leur PC et délèguent aux logiciels formatés et porteurs d’une idéologie catastrophique, « la transmission du savoir »… Leur rôle, loin du Grand Récit » de Michel Serres étant de parquer le troupeau qui après avoir cliqué 2 ou 3 fois sur la souris…s’emmerde !

Françoise.

15/03/2011 14h00

Re-Chronique:

Les technologies de l’information? Progressivement, les collectivités équipent lycées, collèges et écoles d’outils numériques. Lu dans la Gazette des communes du 7 mars: dans le Val-d’Oise, « pour équiper massivement les collèges »: tableau numérique interactif qui combine un ordinateur, un rétroprojecteur et un tableau blanc; dans la Meuse: « tous les collégiens sont équipés de baladeurs mp3 pour l’apprentissage des langues », dès la classe de sixième « cela offre un cahier de brouillon oral », ce même département réfléchit à l’acquisition d’outils facilitant la « gestion des fichiers audio par les enseignants »; dans la région Lorraine, généralisation de « l’espace numérique de travail et propose un cahier de textes commun à plusieurs établissements »; en Provence-Alpes-Côte d’Azur c’est un « bouquet de ressources (encyclopédie Universalis, archives du monde, etc.) ». Bref, « tablettes, tableaux blancs interactifs, manuels numériques, généralisation des espaces numériques de travail »…c’est parti!

Alors maintenant compte tenu de tout ça, oui je reprends ma phrase:  » il serait grand temps de jeter un oeil, critique ou pas, sur l’exercice d’une forme de pensée qui émerge. »

D.D

15/03/2011 18h20

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