Capture d’écran 2017-04-24 à 23.47.29A Lisbonne le 25 avril 2006, au moment où, comme chaque année (voir ci-dessous en 2016), des milliers de personnes, œillets rouges à la main, et d’une bien belle façon à la fois festive et revendicative célèbrent la Révolution des oeillets du 25 avril 1974 – qui avait renversé la dictature de Salazar puis de Caetano, en faisant basculer le Portugal dans la démocratie-, en défilant d’un même pas sur l’avenue de la Liberté (Avenida da Liberdade) nous remarquons un homme qui inlassablement délivre ce message adressé aux badauds et à ceux qui du trottoir préférent voir s’ébranler le cortège de jeunes gens à l’allure très actuelle : « Fascismo nunca mais! », ce qui signifie : Fascisme plus jamais ça!

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25avrilCet homme tient sa casquette à la main, comme un ouvrier, par politesse. Nous descendons un moment à ses côtés la large avenue da Liberdade vers la place centrale du Rossio, point ultime de la dispersion du défilé. Là de puissantes voitures font ronfler bruyamment leur moteur, impatientes de reprendre le contrôle de l’espace public, de reprendre le pouvoir. Personne ne s’y attarde sur cette place. Pas de services d’ordre, pas de police, pas de manifestants aux banderoles déroulées de fin de cortège. Et l’impression première ressentie est que même si la démocratie s’est installée depuis plus d’un quart de siècle, rien ne semble définitif, l’ombre fasciste plane encore au-dessus des têtes. Nous pensons alors que cet homme simple à la voix douce, en commémorant avec une telle intensité la fin du fascisme dans son pays, et compte tenu de son âge, sait de quoi il parle. En s’adressant ainsi poliment à celles et ceux qui demeurent passifs, et qui en quelque sorte s’abstiennent de s’exprimer. Il leur rappelle à sa façon les horreurs de ces années noires, ainsi que ce jour du 25 avril où les Portugais tournaient pacifiquement la page de 48 ans de dictature, en y gagnant des droits sociaux (retraites pour tous, accès gratuit à la santé, congés payés…).

Il est plus que temps que ce message soit repris ici-même ce jour – faut-il rappeler que le pire est possible, avec ce fascisme décomplexé en piste pour l’Elysée, qui plonge ses racines dans Vichy et l’OAS, comme dans le révisionnisme et la violence de rue contre les immigrés, ment dans tous les micros, et menace les libertés (le droit de grève, etc.).

Oui, plus que temps de reprendre le message de cet homme aux oeillets – souhaitons-lui qu’il défila hier encore- pour que cette liberté dure pour toujours et que les régimes autoritaires ne reviennent jamais :

Fascisme plus jamais ça !

Message qui dans sa simplicité même présente une force indéniable : la mémoire !

La mémoire de ce qu’est le fascisme, ce dont 7 658 990 français – et combien le 7 mai ?- sont devenus sur fond de chemises brunes, adeptes, dupes ou amnésiques !

Le 7 mai il faudra aller voter contre l’extrême droite, pas le choix. On ne joue pas avec le risque fasciste.

D.D