Parlons visite d’expo maintenant. Eh bien ma saison des visites vient de commencer par celle d’art contemporain intitulée Hope ! (Espoir) « voyage initiatique pour explorer l’espoir à travers une soixantaine d’oeuvres d’une cinquantaine d’artistes » qui vient d’ouvrir et se tiendra tout l’été à Dinard.

Ce thème inspiré de la culture biblique qu’est-ce que ça raconte ? La Genèse, l’Exode, l’Apocalypse, la Grâce. C’est donc un poil religieux dans l’approche. Mais chacun y trouve ce qu’il veut à vrai dire. Et ce qu’il comprend, ou pas. Bref chacun voit midi à sa porte. Mais ce dont personne n’échappe dans cette visite c’est à l’image d’une humanité fragile, sans dessus dessous.

Cela porte sur le déplacement des hommes, les migrations pour la survie ou l’espoir. Ou sur l’ennui occidental que distillent les aéroports comme le montre un film sur un arrivage de passagers aux visages tristes à mourir; film-miroir si l’on en juge au nombre de visiteurs à s’y arrêter. D’ailleurs le film s’accompagne d’un cantique, est-ce un hasard? Non! il est dit que les passagers accèdent ainsi après avoir traversé la porte coulissante automatique dans « ce que l’on découvre être le Paradis! ». Bref, ce dont témoignent ces artistes contemporains qui tous commencent à être reconnus, par le jeu des matières, des images, des films vidéo, des sculptures, c’est d’une humanité froissée, sans abri, sans cesse déplacée, fragile et solide à la fois comme « L’homme qui Marche » de Giacometti qui y figure, bien que pour l’apprentissage de la marche ça date un peu.

Il y a de quoi. On embarque sur le radeau pour un tour du monde d’artistes créateurs, puisqu’ils sont de partout, sur les traces d’une humanité d’exilés, de déracinés, comme sur un radeau de la Méduse de ces temps-ci fait d’un pneumatique gonflable ou de cartons-esquifs ballotés par des flots inquiétants, ou encore d’une table à moteur hors-bord dont le passager à la tombée de la nuit cherche à accoster sur une terre inhospitalière qui elle-même témoigne de combats militaires entre casemates et chars éventrés. Rêves ou cauchemars ? Le voyage de la vie de nos humains happés par l’inquiétude, la perte de sens, ou par l’espoir?

Est-ce là le long chemin de l’humanité selon la Bible, ou bien est-ce celui d’une humanité tourbillonnante, toujours créative, qui se ré-invente et ré-invente ce qui l’entoure, pour le pire et le meilleur, et qui ne doit rien à une source extérieure, qu’il s’agisse de la Nature ou de Dieu ? Où en sommes-nous ? Loin ou non loin d’une humanité raisonnable ou d’errants sans boussole? Dès lors l’espoir (mot fourre-tout privé de sens) est-il vain ?

Ce à quoi Marcel Conche -qui ne fait pas partie de l’expo- aurait pu répondre : « Avec la Nature, le Beau est déjà là ; mais il appartient à l’homme d’ajouter de la beauté au monde. » Et je songe à Castoriadis, autre absent: « qu’est-ce qui, dans ce que nous connaissons, provient de l’observateur (de nous) et qu’est-ce qui provient de ce qui est? ». Imaginons qu’il ait eu envie de poursuivre alors sur la faculté des hommes à « faire ce qui n’est pas donné » ou de « faire exister le possible ». C’est à dire cette faculté d’ignorer le réel ou d’en avoir une vision qui ne correspond pas à ce qu’il est naturellement: si je vois dans cette pierre un outil qui me permettra de briser cette coquille ou d’assommer ma proie, je ne la vois pas comme pierre. C’est d’ailleurs à quoi peut nous inciter l’art contemporain. Et la poésie.

D.D

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« faire exister le possible ». C’est à dire cette faculté d’ignorer le réel ou d’en avoir une vision qui ne correspond pas à ce qu’il est naturellement: si je vois dans cette pierre un outil qui me permettra de briser cette coquille ou d’assommer ma proie, je ne la vois pas comme pierre. C’est d’ailleurs à quoi peut nous inciter l’art contemporain. »

Ne pas oublier qu’un objet d’art, est un objet reconnu comme tel par un groupe social.
Donc l’art dépend totalement des autres, du commun, donc de la représentation de ce que se font mes congénères même du réel.

Ignorer le réel en soit même ne se porte-il pas en faute lorsqu’il s’agit donc de s’adresser à son semblable ?

Partir d’un commun, de ce qui appartient aux autres, pour l’amener ailleurs est pertinent. Se déraciner des autres, pour pouvoir amener cet objet là où je le souhaite, l’est il encore ?

Etant donné le peu de vie commune partagée dans ce type d’art contrairement à d’autres plus populaires, le possible peut-il exister seulement par la vision créatrice d’un individu, ou nécessite-il au minimum l’expérience partagée d’un groupe d’individus ?

Si les stades n’existaient pas, peut être y en aurait-il eu un, qui aurait fait du football un art contemporain…

R.D

20/06/2010 01:33