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Halloweeners. N°450.

Écrit par sur 4 novembre 2010

Ne me demandez pas comment l’idée m’est venue. Je n’en sais rien moi-même. Ah oui ! voilà c’est bête : j’ai des amis qui craignaient d’être débusqués de chez eux par une troupe d’Halloweeners: « j’suis sûr que ce sont les halloweeners qui viennent nous faire chier ! ». Je veux dire par ces gamins qui, le soir, viennent frapper à la porte des braves gens en leur disant dans l’entrebaillure: « Bande de citrouilles, réveillez-vous ! nous sommes passés vous souhaiter la Bonne Halloween ! » Ou un truc comme ça. Voilà c’est très étrange mais ça vient de là, mes amis m’avaient pris à la tombée de la nuit forcément pour une bande entière d’halloweeners à moi tout seul !

Eh bien il m’est venu à l’esprit en me couchant qu’à la lampe d’éclairage de la cour qui s’allume dès que quelqu’un s’approche pourrait être joint un dispositif sonore qui imiterait l’aboiement d’un gros chien. Je ne sais pas si ça se commercialise quelque part. Bref, un robot. Pas plus robot d’ailleurs que la lampe de cour qui s’allume sans qu’on la siffle. Donc, imaginer un chien virtuel qui aboierait à faire fuir le maraudeur. Bon, ça risque de faire fuir aussi les livreurs, le gars qui vient collecter les consommations d’eau au compteur, ceux qui passent prendre la commande des produits surgelés, voire celui qui comme moi le rouge au front, les yeux pétillants amène des pommes le jour de l’Halloween, etc…Mais bon, moi, j’imagine le scénario, je ne dis pas là que c’est un des projets que j’ai à cœur. Voilà ça m’est passé par l’esprit, je l’avoue.

Parce qu’un robot c’est quoi au juste ? D’abord c’est composé de capteurs qui sont capables de comprendre un environnement – ça peut être des capteurs visuels, des capteurs sonores sous forme d’un micro par exemple ou des capteurs de distance avec des infrarouges -, d’analyser et de travailler ces données, comme un ordinateur, et d’agir sur l’environnement à travers des actionneurs. C’est ça, un robot : cette trilogie « capteur, processeur, actionneur ».

Imaginons alors un robot-chien. C’est un truc de forme poilue pas sympa, avec deux grosses billes noires pour les yeux, qui se promène toute seule, se débrouille, rentre à sa niche, etc. Sur le mode des nouveaux aspirateurs qui se vendent aujourd’hui, ou des nettoyeurs de piscine. Bon, j’imagine mal le truc parce que dès qu’on le verrait l’on saurait tout de suite que c’est un bobard. Par contre ce qui fiche la trouille c’est plutôt d’entendre l’aboiement qui se déplace dans l’espace sans qu’on soit en mesure de cerner les crocs de la bête, du moins la distance qui nous sépare de ceux-ci. Là en vrai ça fait peur ! S’attendre à ce qu’il se jette sur soi pour te déchiqueter le mollet ou pire le bas-ventre, bah ! la trouille, la vraie, quoi!

Attention les robots ne renvoient pas seulement à « l’insécurité tous azimuts ». D’ailleurs je vous livre une confidence sur la question des robots. Je n’arrête pas de m’étonner de ma confiance à l’égard du métro automatique (le VAL à Rennes) pour s’arrêter à la bonne station, ouvrir la bonne porte et de ne pas vous écraser en la refermant. Je n’ai jamais vu un seul usager me donner l’impression d’en avoir peur par un « C’est quoi ce bordel?! » tonitruant. Progressivement, donc, je ne vois pas vraiment pourquoi je ne ferai pas confiance à ces objets intelligents. Quant aux robots de cuisine Termomix tant vantés par mes collègues (je viens d’être invité par l’un d’eux à une présentation à son domicile, c’est une référence pour la marque, il en possède un depuis 30 ans!), quand les ingrédients sont bien pesés et mis là où il le faut, sans parler d’une programmation aux petits oignons, personne ne crache dans la soupe quand son contenu est servi à table même si dans ce cas le savoir-faire du cuisinier/cuisinière est relégué au placard au rayon des vieilles soupières.

Autre exemple, je sors d’une clinique dont les soins essentiels portent sur l’importance de la nutrition afin que le patient y reprenne force et énergie vitale. Eh bien qui fait la popote ? On se pose la question de savoir si c’est bon ou pas mais rares sont ceux qui s’interrogent sur qui est à la tambouille à partir du moment où c’est bon. Je ne parle même pas dans les centres de soins ou maisons de retraite considérant que dans ce domaine pour réduire les coûts et pour la qualité, il y a des candidats à la robotisation.

Cela s’appelle la robotique. Et depuis quelques années, par l’internet, le téléphone mobile, le GPS, etc…nous y sommes en plein, nous baignons dedans. Quitte à nous y noyer! La preuve, on s’y noie. D’ailleurs pourquoi me vient-il donc cette idée en me couchant? Observons ainsi comment chaque manière de faire et chaque objet sont en train de se dissoudre en robots, et que nous sommes nous-mêmes en pleine transformation. J’ignore où en est rendue la phase industrielle mais ça doit avancer dare-dare. Autre exemple, professionnellement je fréquente certaines réunions qui se tiennent par la communication vidéo ou par téléconférence, eh bien là encore je n’arrête pas de m’étonner comment fonctionnent ces réunions. A un point tel dans la banalité que c’est plutôt du côté de la climatisation de la salle que ça coince technologiquement.

Autre exemple. A ma mesure. Je viens de nettoyer les vitres de la maison à l’aide d’un pistolet à pression. Cela faisait un bon paquet de temps que nous l’avions dans un placard, jamais nous ne l’avions utilisé. Eh bien je viens de prendre plaisir à nettoyer mes carreaux ! Incroyable ! C’est seulement de la vapeur projetée par pression sur la vitre et c’est impec ! ça décape sans produit de nettoyage. Un coup de chiffon sec et hop! c’est nickel. Simple comme Baptiste! Et je ne vous dis pas notre étonnement à nous en écarquiller les yeux quand en passant la marche arrière dans sa Ford Focus modèle 2003, Romain, nouveau conducteur, et moi avons découvert que son pare-choc arrière était doté de capteurs pour prévenir l’obstacle.

Franchement toute ville réfléchira à ça. Un exemple : moderniser le système de ramassage d’ordures avec des camions poubelles qui bloquent la circulation et le travail moyen-âgeux des agents de la propreté qui courent au pied du camion puis sautent sur la margelle en roulant. Un besoin immense existe dans les villes pour améliorer son fonctionnement sans pour autant voir Big Brother à tous les coins de rue. D’ailleurs c’est déjà le cas ou presque. Alors procédons à un retournement: une caméra braquée sur un coin à poubelles pour surveiller le bourbier ne serait-elle pas plus utile pour la collectivité ?

Venons-en à la valeur du robot. Au fameux « Combien ça coûte? » qui fait tousser. Puisqu’il faut admettre qu’un robot d’usage domestique atterrit presque toujours à son tour dans le placard au rayon de l’oubli. Pensons à ces machines à faire son pain, ou à ses machines à tricoter qui ne sont jamais passer par la case départ vu la complexité de l’engin. Interrogeons les Grecs anciens à ce propos. Pour Jean-Pierre Vernant spécialiste de cette époque, qu’un objet « vaille » à proportion du plus ou moins d’action qu’il a subi de la part de l’agent externe, qu’il vaille plus d’avoir été « travaillé » est absurde. Ce qui importe aux yeux du Grec de l’Antiquité, c’est ce que l’objet permet de faire ou d’atteindre, c’est sa plus ou moins grande utilité, ce qu’il « rapporte » et non pas ce qu’il « coûte » (Mythe et pensée chez les Grecs). Dit autrement, si je comprends bien, sa valeur ne dépend pas du nombre de fois qu’il pourra être utilisé mais à ce qu’il offre comme possibilité. Ah! ça en sauve plus d’un!

Bien sûr existent déjà un bon nombre d’effets pervers qui nécessitent qu’on discute, délibère et légifère (la course à la consommation, la robotique au travail, etc…). Comme il fut peut être fait -mais j’en doute- à l’avènement des machines industrielles, mues par la vapeur puis l’électricité, au milieu du 19e siècle, quand on a utilisé le terme de révolution industrielle.

D.D


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