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Héroïques.N°467.

Écrit par sur 1 mars 2011

Héroïques peuples arabes et sublime retour de manivelle où ce sont des régimes alliés des Etats-Unis et de l’Europe qui sont en proie à des contestations populaires. Ces régimes sont en train de tomber comme les pièces de domino les uns après les autres.

D’ici peu, avant l’été, accessoirement jusqu’à Noël, les mass media et les classes dominantes en Europe et aux Etats-Unis qui interprètent à leur manière les mouvements de révolte dans le monde arabe, tenteront de fourger à ces peuples révolutionnaires une parodie de démocratie capitaliste. En étant amnésiques quant à leur soutien inconditionnel militaire et politique aux créatures moyen orientales. Mais les peuples arabes en révolte contre leurs régimes répressifs veulent-ils réellement d’abord des constitutions, des partis politiques et des journaux ou plutôt du pain et du travail ? L’on verra, mais l’on connaît le principe de la démocratie c’est que ça vient de l’intérieur.

Dans ces mouvements de révolte contre les régimes en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Libye et demain en Jordanie et au Maroc, les soucis des manifestants et des révoltés sont ceux en réalité des exploités, des humiliés, des spoliés vivant avec moins d’un dollar par jour et victimes d’un système et d’un mode de production, synonyme de misère et de pauvreté, le capitalisme. Comment s’expliquer autrement cette accélération de l’histoire ? Si certains observateurs pointent d’autres facteurs ayant joué comme l’accès à internet c’est-à-dire à l’information, et l’évolution démographique et culturelle, d’autres désignent comme causes à ces larges mouvements populaires poussés par une jeunesse en colère qui en moins d’un mois ont mis à bas des régimes considérés hier encore comme inamovibles, à la fois la modernisation accélérée de ces sociétés et un développement économique qui ne suit pas. Non, les pays ne sont pas tous capables d’entrer dans la compétition généralisée de l’ère de la globalisation.

Le vent vivifiant de révolte qui souffle aujourd’hui au Moyen-Orient et en Afrique du Nord constitue à bien des égards un tournant non seulement dans l’histoire de cette région du monde mais dans l’histoire de l’humanité tout entière. C’est en effet la fin d’un cycle et le début d’un autre. Les peuples arabes sont partis pour un voyage au long cours. Ils veulent exister dans le monde.

Quant aux leçons de démocratie que l’on distillera très rapidement en étant encore amnésiques quant à notre propre histoire puisqu’il aura fallu pas moins d’un siècle pour stabiliser la République après le renversement de la royauté, il serait plus judicieux de penser aujourd’hui combien la société française est particulièrement imbriquée avec le Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc). La modernité française diffuse puissamment sur les pays arabes d’Afrique du Nord. Une aide fraternelle sera indispensable (lire Zizek).

D’ailleurs permettez- moi d’apporter naïvement un témoignage ancien compte tenu de la complexité de la question. Une anecdote. Ce qui m’avait marqué en Algérie il y a trente ans déjà, par exemple, un jour que nous campions dans un camp de vacances pour la jeunesse. Qu’avions-nous observé? Quand les jeunes y étaient le matin, le midi, et le soir, la radio diffusée dans l’enceinte du camp était en Arabe, langue officielle. Mais dès que les jeunes sortaient du camp pour aller à la plage, le personnel de service basculait sur Europe 1. Par ailleurs je me souviens d’avoir rencontré pas mal de gens entre Tlemcen, In-Salaah, Biskra, Tizi-Ouzou, parfaitement au courant de ce qui se passait en France à l’époque. Que savions-nous ici en France d’eux? Rien. Le seul intérêt porté par les médias français sur ces pays fut au moment de la montée du FIS, ces islamistes barbares. Sinon, rien! Or depuis trente ans, comme le dit Paul Virilio, le monde s’est incroyablement rétréci. Sans pour cela bousculer les vieilles cartes géographiques en carton accrochées au tableau de classe que nous avons en tête, voire même encore le casque colonial (cf les propos présidentiels récents), alors que nous n’avons jamais été aussi proches et semblables.

Quant aux leçons de démocratie encore, je doute que nos mass media et les classes dominantes aient pigé encore le pourquoi du comment. Jean-Paul Dollé, philosophe et acteur crédible de 68 dit ceci à ce propos: « Expérience première de démocratie: le contact avec tous, le contraire de la phobie des corps inconnus et du refus de se mêler. La démocratie politique suppose que n’importe qui puisse rentrer en contact, se projeter et faire quelque chose avec n’importe qui, pour autant que ce n’importe qui, trouvé au hasard de la rencontre, dans « ce milieu où on rencontre des inconnus », est tout le contraire de l’individu quelconque, structuré et déterminé par son histoire personnelle particulière. La rencontre avec le n’importe qui suppose au contraire l’extraction de tout particularisme et implique une nouvelle configuration où il soit possible de se séparer du familier, du quotidien. » (Le Territoire du rien, la contre-révolution patrimonialiste)

Entre cette expérience première de la démocratie que vivent les populations arabes à très grande échelle (Mai 68 fut minuscule en comparaison) et l’expérience du moment présent ici en Europe quant à la façon dont l’indignation et la juste colère poussent à l’action, reconnaissons qu’il y a un très grand écart. Ces populations nous rappellent tout bonnement ce qu’est la démocratie et ce que fut 1848 par exemple quand Tocqueville prédisait la révolution: « Ouvrez enfin les yeux, messieurs! Vos moeurs sont corrompues et votre petit monde clos sera bientôt renversé par une révolution, si vous n’y prenez garde! ». Des propos bien actuels tant est grand, tant est profond le malaise économique et social de l’époque. Et d’une côte méditerranéenne à l’autre, ce qui se passe en Grèce nous concerne aussi (cf les propos présidentiels récents).

Le monde des Grecs justement continue à nous parler. Périclès proclamait: « Loin d’imiter les autres peuples, nous leur offrons plutôt un exemple. Et c’est parce que notre régime sert les intérêts de la masse des citoyens, et pas seulement d’une minorité, que nous lui donnons le nom de démocratie ». Nous sommes très loin là des oligarchies libérales actuelles. Cette société de la grande création démocratique athénienne, où l’on rencontre les premières tentatives d’autonomie, continue à faire signe à nos projets présents. (lire Thucydide, la force et le droit, que Castoriadis nous envoie d’outre-tombe).

D.D
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