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« Romanichels ». N°441.

Écrit par sur 2 août 2010

J’aurai bien voulu parler de mon coup de cœur pour les toiles joyeuses de Bruegel (voir galerie) vues à la Pinacothèque de Munich mais voilà les circonstances font que dès le premier tableau nommé « La perfidie » ressurgit en moi en flash l’image de cette chasse aux Roms avec effet d’engrenage sur cette question qui m’est venue à Dachau: «Comment ça a pu être possible? »

A cette question qui taraude tout visiteur à ces endroits de mort que furent ces camps, je vous invite à voir et écouter cette vidéo de l’entretien avec Henriette Asséo, historienne, sur la persécution du peuple tsigane.

Ainsi dit-elle : « Il s’agit d’un peuple qui a été persécuté sur une base raciale de manière univoque sur toute l’Europe. (…) C’est cette persécution familiale qui s’est opérée par l’action de la police, la police normale, par la contribution des polices, des gendarmeries, des préfectures, de l’ensemble de l’appareil de répression habituel, qui est grave et évocateur dans la question des tziganes. C’est pour cela que le génocide a été oublié. Parce qu’au lieu d’apparaître comme un génocide ou solution finale donnée par en haut, par Hitler ou Himmler, il est apparu comme une situation diversifiée et qui aboutit à l’internement et à l’extermination de familles entières. » C’est donc bien de police et du travail de la police dont il est question.

Maintenant comment distinguer un Européen d’un Rom (qui lui-même est considéré comme le plus Européen d’Europe) !? Les nazis eurent recours à la biologie criminelle, c’est-à-dire la théorie qu’un comportement criminel était génétiquement déterminé. Tout cela devrait nous faire froid dans le dos parce que cette question du « comportement criminel génétiquement déterminé » me rappelle un dialogue entre Sarkozy et le philosophe Michel Onfray pendant les Présidentielles. On y apprenait que Nicolas Sarkozy « incline à penser qu’on naît pédophile », ou « génétiquement » programmé au suicide. Ce qui avait provoqué la réaction des milieux judiciaires.

Du coup est-on amené à s’interroger sur l’utilisation de la biométrie par les polices. Pour quel usage ? S’il fallait définir ce qui est mis en branle en France, « L’idéologie Sarkozy » (la déchéance de nationalité et l’exaltation des symboles de la Nation, y compris les statistiques douteuses d’Hortefeux), un visiteur français de Dachau, comme je fus il y a peu, ne peut que le rattacher à ce processus et ses impératifs pratiques qui ont débouché sur les conséquences qu’on connaît. La démarche qui y conduit est si proche: l’affaire une fois engagée, ça ne relève plus que d’un mécanisme mental.

Aujourd’hui dans toute l’Europe de l’Est, en Roumanie, Hongrie, Bulgarie, les Roms sont dans une misère immense et un rejet incroyable. En Europe, ils sont dix millions. Parias depuis toujours. Car en plus d’avoir connu l’extermination dans les camps du XXe siècle suite aux rafles de la « police normale », cette population fut auparavant réduite en esclavage en Valachie et en Moldavie -oui, des esclaves en Europe- jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle.

Qui sait comment dans l’imaginaire familial de la Hongrie des origines chez les Sarközy de Nagy-Bocsa, étaient perçus les Roms? A titre de comparaison, dans ma « culture » bretonne on m’a fait croire que « romanichels » signifiait…voleurs de trottinette ! y a pire ! en d’autres contrées, le fantasme de vol d’enfant par exemple. Ah! fantasmes ou peurs, rumeurs et rejets, ce vieux fonds de la culture si difficile à saisir mais qui chemine en soi plus ou moins gravement, cette sorte de préjugé très ethnocentré et tenace qui criminalise les “errants” !

Pensons à l’étrangeté du nom Rom (ou Rroms, féminin R(r)oma, pluriel R(r)omané) c’est de signifier « êtres humains ».
Rom signifie homme en hindî. Romanichels est un dérivé de Romani çel en romani (groupe d’hommes). Manouches est proche de manusha, qui signifie homme, être humain en sanskrit. N’est-ce pas angoissant, et non sans raison, cette insistance significative sur le terme d’ « être humain »?

Dans cette sombre rentrée, enfin quelques sursauts ! Ma collègue Elizabeth arrive ce matin au bureau vêtue d’une grande robe à fleur. « Aujourd’hui je suis une Rom ! Je suis solidaire !» dit-elle. Et quand même cette tribune intéressante d’André Glucksmann ancien soutien du locataire de l’Elysée.

D.D

Chronique:

« Voleurs d’enfants » ?

…oui… « si t’es pas sage les romanichels viendront te chercher », nos grands parents disaient ça…

Mais qui volait qui ?

Il faut quand même savoir qu’en Suisse, dès 1926, s’applique l’opération « les enfants de la Grande-Route » dans laquelle la fondation Pro-Juventure enlève de force les enfants des Jenische (Tsiganes de Suisse) pour les placer et les rééduquer dans des familles d’accueil sédentaires, des orphelinats voire des asiles psychiatriques en tant que « dégénérés ».
Le docteur Alfred Siegfried, directeur des Enfants de la Grande-Route considère en effet les Jenische comme génétiquement menteurs et voleurs. Non seulement les parents biologiques sont interdits de rencontrer leurs enfants (sous peine de prison) mais des stérilisations sont pratiquées sous prétexte « humanitaire » pour limiter leur reproduction. Cette opération ne prend fin en Suisse qu’en 1972. La Suède pratique une politique similaire jusqu’en 1975.

Stérilisation humanitaire…La Suisse, la Suède, deux démocraties pourtant « exemplaires » non ? 1972, 1975 !!!

Françoise.

02/09/10 14:38

Voici quelques mots du grand Gustave. On est en 1867.

« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen.
Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir.
L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons.
Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols.
Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme.
Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe.
On la retrouve chez tous les gens d’ordre.
C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire,
au poète. Et il y a de la peur dans cette haine.
Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère.
Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »

Gustave Flaubert à George Sand

Françoise.

10/09/10 11:14


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