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« A travers… la Bretagne. » N°1241

Écrit par sur 25 février 2026

Retour ce jour aux archives familiales déjà évoquées précédemment. Celle que La Chronique d’ici-même présente ci-dessous tient dans une feuille de journal dont l’un des articles contient un vrai document d’importance. C’est assez sûrement pour cette raison qu’elle fut conservée.

Quand une minute de silence révèle une crise politique profonde, voire un tournant symbolique majeur – lire ici & proposer ce jour en lecture ce compte rendu de procès à la Cour de justice de Rennes permet de rappeler en ces moments-ci – car combien de Résistants se retournent aujourd’hui dans leur tombe ?-, ce que fut le fascisme et comment a-t-il été mis en oeuvre par de jeunes militants identitaires nazis.

Nous vivons dans une époque troublante dont les ombres du XXe siècle n’ont jamais cessé de s’agiter – voir Arte TV. Et il est loin le temps de cette relique (au vrai sens du terme) de papier (80 ans !) qui, de fait, m’a été transmise. Elle ne résonne plus avec des souvenirs précis et concrets chez aucun de nos contemporains. Mais sa force de témoignage demeure bien intacte, elle prévient du danger. Souvenons-nous ! dit-elle.

Car, à la fin de la lecture des faits horribles et de l’audition « extrêmement émouvante », bouleversante, des témoins et des déportés revenus des camps de la mort, quand vient ce moment où le bourreau déclare au juge d’instruction : « Je ne rougis pas de mon passé, comme juste ma conscience me suffit et cette conscience ne me reproche rien ! », s’entend : froideur et indifférence. Ce sont les deux affects qui disent l’absence de tout sentiment en direction de l’autre. Ni crainte, ni pitié.

Ainsi, ci-dessous, publié par La République Sociale –mai-juin 1946, le compte-rendu du procès de Joseph Le Ruyet, 24 ans, l’un des membres du P.N.B -parti national breton, identitaire et nazi, au service de la Gestapo.  – lire ici.

Et pour une meilleure lecture, cet article a été intégralement recopié par nos soins.

D.D

 

COUR DE JUSTICE DE RENNES
Ceux qui reviennent des camps de la mort accusent Joseph Le RUYET, le Bourreau
Un petit avorton tout en nerfs, à la lèvre arrogante et se composant une attitude dédaigneuse et impassible, tel nous est apparu à l’audience d’hier, Joseph Le Ruget, 24 ans, ancien surveillant à l’école Saint-Joseph de Loudéac, actuellement détenu.
C’est une lourde affaire qu’avait à juger la Cour, présidée par M.Chotard, et nous devons à Le Ruget, parmi tant d’autres, comme nous allons le voir, l’arrestation des Mme Tanguy et de sa fille, bien connues à Rennes.
Les crimes
La liste des crimes et des brutalités de ce jeune bourreau est longue et l’on se prend à regretter, en en écoutant la lecture, que la torture soit abolie. Le sang des patriotes et les supplices qu’ils ont subi crie vengeance.
Agent du P.N.B depuis 1940, il entra en juillet 1943 au service de la Gestapo et s’engagea pour combattre la Russie.reconnu inapte, il suivit, à Berlin, des cours sur les explosifs et le sabotage. Puis il fit connaissance d’un agent de l’Admet: Vissault et accepta le rôle d’agent provocateur pour la recherche des organisations de résistance. Là commence la série de ses exploits pour lesquels il reconnait avoir touché 50.000 francs de primes.
  • A Camaret, il fit tomber dans ses filets deux patriotes. Alba et Flao fils qui furent déportés en Allemagne et y moururent.
  • A Hédé, il se fit passer auprès du jeune Claude Morel, résistant dont les parents sont hôteliers à Dinard, pour un réfractaire et lui demanda son aide. Arrêté, Claude Morel fut torturé de si atroce façon qu’il donna des renseignements qui conduisirent Le Ruyet à la ferme de Talmachère où l’on trouva un dépôt d’armes de trois tonnes, et un officier anglais. A Saint-Aubin-du-Cormier, deux tonnes d’armes furent découvertes. Au total 16 personnes furent déportées à la suite de cette affaire. 4 seulements sont revenues.
  • A Ploërmel, en  janvier 1944, l’abbé Kercret, qui donnait asile à des parachutistes, fut arrêté avec plusieurs autres patriotes. Aucun  n’ayant parlé, ils furent remis en liberté.
  • Le 21 janvier 1944, le gendarme Piquet, de la brigade de Bubry, fut arrêté à Rennes sur les indications de Le RUYET. Il est mort déporté en Allemagne.
  • A Bubry, en janvier 1944, il se présente à un nommé Mauvais et lui propose de cacher des parachutistes américains. Il essaye, en vain, de se faire présenter au chef de la résistance, mais réussit quand même quatre arrestations.
  • A Quistinic, il arrête un amputé de guerre et un autre patriote. Tous deux deux sont morts déportés.
  • En avril 1944, revenu à Bubry, il apprend que sa soeur a été exécutée par les patriotes. Sa férocité ne devait alors plus connaître de bornes.
  • A Melleran, une dame Lamuzal est frappée.
  • Deux personnes sont arrêtées et fusillées, à Pontivy, le 14 avril.
Affaire du Café de Paris et du Cheval d’Or à Rennes
  • Le 20 avril 1944, vers 12 heures, à la sortie du Café de Paris à rennes, M.Meingan, chef en Bretagne pour le parachutage fut arrêté en même temps qu’un nommé Monge, par Le Neveu et Le Ruyet. Il furent frappés sauvagement à la Kommandantur et Monge parla. Ce qui permit à la gestapo (Le Ruyet en tête) d’opérer une rafle au Glacier et au Cheval d’OR. Quatorze personnes furent déportées dont voici les noms: Mme et Mlle Tanguy; Maurice Monge, décédé; Maurice Groult, décédé; Ginette Goursaud; Emile Letellier, décédé; gendarme Le Crash, décédé; Jean Ligouday; Joseph Meingan; Bernard Lesage; Agnès Labbé, décédée; M.Lesage, décédé; les deux frères Dupouy, décédés.
  • Cinq autres personnes arrêtées furent ensuite libérées. Ce jour-là également fut saisi le code secret des parachutages d’armes qui permit à la Gestapo de se faire parachuter 80 tonnes d’armes alliées.
  • En mars 1944 Le Ruyet fit arrêter à Carhaix François Michel, en lui proposant un poste émetteur.
  • Là s’arrête la liste de ses principaux forfaits. Elle est suffisante pour qu’on n’insiste pas bien qu’on reproche encore pascal de vols à Le Ruyet et aussi la mort de son collègue en crime : Le Neveu.
Ceux qui reviennent accuser
L’audition des témoins fut extrêmement émouvante et la salle était bouleversée. tous les déportés qui sont revenus des camps de la mort apportent un témoignage accablant pour leur bourreau. Il convient ici de s’incliner devant leur magnifique dignité. Ces hommes, ces femmes, cet enfant (car nous allons voir qu’un enfant de 16 ans fut ainsi déporté !), qui ont enduré des tortures que nous ne pouvons même pas imaginer et dont quelques-uns sont infirmes, témoignent sans haine aucune, avec un calme magnifique, ne daignant même pas faire étalage de leurs souffrances. Cette noblesse est plus accablante pour Le Ruyet que tous les cris de vengeance. Citons entre autres, M.Meingan, infirme à la suite des brutalités endurées et que Le Ruyet a frappé un jour si violemment qu’il n’en a pu rédiger son rapport, le jeune Nobilet, 18 ans, de la ferme de lLa Talmachère, qui a été déporté à 18 ans avec 7 autres personnes de la ferme, au camp de Monthausen, et qui est revenu seul, laissant là bas son père et son oncle. Il dit avec un sourire triste et tranquille : « Il faudrait que celui-là paie ».
J’ai vu les deux petits Dupouy cracher leur langue dans un verre.
C’est Mme Tanguy qui nous a fait cette déclaration. La mère des deux frères Dupouy, en grand deuil est dans la salle, Mme Tanguy et sa fille nous font l’exposé déjà connu de leur martyre et comment elles échappèrent par miracle à la chambre à gaz.
Le défilé des témoins continua, Le Ruyet reste impassible et l’on frémit en songeant qu’il a pu déclaré au juge d’instruction : « Je ne rougis pas de mon passé, comme juste ma conscience me suffit et cette conscience ne me reproche rien ! »
M. le Commissaire du Gouvernement Pascaud remet au lendemain son réquisitoire et l’audience est levée.
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Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de « il y a des choses que NON. »


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