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Cent quatre vingt ans après. N°437.

Écrit par sur 29 juillet 2010

Quand j’étais écolier, pour me faire apprendre l’Histoire de France, du moins pour mieux me la faire comprendre, mon père me proposait de compter combien il fallait de grands-pères de l’âge du mien à l’époque pour remonter jusqu’à Napoléon ou à la Révolution, ou à Vercingétorix. Mon grand-père Léon étant né en 1894, tout compte fait il en fallait peu pour me faire remonter l’Histoire ainsi en chair et en os. Si pour moi l’Histoire de France devenait plus humaine, imagée même, ça ne me m’aidait guère à ingurgiter la série habituelle de dates à retenir disqualifiant du même coup tout enthousiasme pour l’Histoire. Mon grand-père appartenait à « l’autre siècle », c’est pourquoi sans doute m’est-il resté un attachement particulier pour le XIXème siècle et ses événements sociaux.

Or me tombe entre les mains ce jour un calendrier indiquant: les 27, 28 et 29 juillet 1830, à Paris trois journées d’insurrection populaire appelées les « Trois Glorieuses ». Celles-ci vont faire souffler sur la France et l’Europe un parfum républicain de liberté et d’égalité. J’en conclus: en tant que radio investie ici-même dans les débats d’idées contemporains, fêtons-ça cent quatre vingt ans après!

Car si ces journées insurrectionnelles furent nommées aussi la « Révolution de 1830 » puis la « Révolution de la liberté » comme l’indique le site « L’Echo de la Fabrique », la raison est celle avant tout de la presse, uniquement du droit d’expression pour lequel les «écrivains des journaux» sont descendus dans la rue et ont entraîné le peuple. Museler la presse a été de tout temps la tentation des pouvoirs liberticides quand ils furent aux abois.

Mais ce n’est pas tout. Il existait une autre raison. Un mouvement vaste et profond travaillait intérieurement la société d’alors. Dans Le Philosophe et ses pauvres, Jacques Rancière parle des ouvriers de 1830 : « Ces ouvriers qui, dans les années 1830, créaient journaux, associations, écrivaient des poèmes, rejoignaient les groupes utopiques, revendiquaient la qualité d’être parlant et pensant à part entière, ils voulaient d’abord s’approprier la langue et la culture de l’autre, la nuit des poètes et des penseurs. Ils étaient eux-mêmes cette population d’êtres amphibies dénoncés par Platon et par Marx, une population de voyageurs entre les mondes et les cultures brouillant le partage des identités, les frontières des classes et des savoirs. »

Car dans le même temps ou presque, dans cette poussée de l’histoire apparut également entre autres le « concert public ». « En effet, l’idée qu’une représentation musicale, et strictement musicale, fasse l’objet d’un accès public, c’est-à-dire soit en principe ouverte à tous moyennant finance, remonte au XVIIIe siècle et s’institutionnalise progressivement sous la forme de concerts publics. La date clé est celle de 1725 lorsque Philidor crée le Concert spirituel, institution qui expérimente de nouvelles modalités de diffusion des œuvres musicales. Au cœur de cette institution se trouve plusieurs principes : un accès aux concerts qui n’est plus exclusivement réservé à l’aristocratie, un usage des œuvres en dehors des cadres politiques et religieux de la cour et de l’Église, une musique qui devient théoriquement l’objet central du spectacle. Le Concert spirituel fait apparaître de manière significative ces principes qu’il faut penser à l’aune des idéaux des Lumières, la conquête de l’espace public dans le domaine de la représentation des œuvres musicales faisant époque avec les changements politiques et sociaux qui affectent alors la société française. À un basculement du régime politique répond celui du régime esthétique qui invente de nouvelles institutions et de nouvelles figures. » Voir ce site qui développe le sujet.

« Le Concert spirituel diffusait de la musique aussi bien vocale qu’instrumentale, française qu’italienne, en dépit des restrictions imposées par l’Académie royale de musique. Le Concert spirituel est une « tribune libre » qui dépasse les querelles partisanes et idéologiques. Il reflète fondamentalement l’autonomisation des spectacles musicaux indépendamment de toute représentation religieuse ou politique. Il constitue un spectacle en soi où l’on expérimente pour la première fois le goût musical. (…) le Concert spirituel « apparaît comme un lieu d’expression libre » qui abolit – ou plus précisément neutralise dans l’imaginaire – les barrières sociales. Cette institution met alors en scène, de manière radicalement nouvelle, la confrontation entre un objet de contemplation esthétique, l’orchestre, et un sujet réflexif, l’auditeur « moderne ».

Vivant pauvres à la campagne je pense que mes aïeux ne furent pas gâtés en concerts, mais l’élan pour l’égalité s’était fait sentir. D’ailleurs mon grand-père Léon, cordonnier de son état, se revendiquait Républicain, terme désuet dans les années soixante.

Eh bien qu’en est-il aujourd’hui ? À ne considérer que certains courants dominants comme l’apparition d’une nouvelle forme de presse libre comme l’écrit Médiapart, et la liste impressionnante de concerts et festivals dont le public dispose de nos jours et dont il est frillant, cent quatre vingt ans après les « Trois Glorieuses » on pourrait conclure que les choses paraissent désormais aller de soi. Et qu’il n’y a rien de désespérant, finalement c’est déjà çà! Un regard élargi dément pourtant cette impression initiale.

Jacques Rancière cité plus haut dirait que ce qui importe, c’est de voir qu’il y a de la politique ou ce qui apparaît de politique dès qu’il y a un mouvement social qui remet en cause un certain nombre de partages fondamentaux, à commencer par le partage entre ceux qui savent et qui donc peuvent gouverner, et ceux qui ne savent pas et qui doivent donc être gouvernés. Il écrit ainsi que « la politique est précisément la remise en question permanente des partages établis qui disent que ceci est politique et que cela est social, ceci public, cela privé ». (Moments politiques) « La tâche de la pensée politique, poursuit-il, est de briser ces barrières, de dégager à l’inverse ce qu’il y a de politique dans tout mouvement dit social, c’est-à-dire la puissance d’affirmation égalitaire ». Pas une revendication d’égalité, non, une affirmation d’égalité souligne Rancière.

Finalement, cent quatre vingt ans ce n’est pas si loin! Les valeurs démocratiques de liberté, d’égalité et de justice ne sont pas des mythes… Allez! que La Liberté guide le peuple et que le combat continue!

D.D

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