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Pour l’ONU, la traite des esclaves est « le crime le plus grave contre l’humanité ». Saint Malo, toujours dans le déni. N°1246

Écrit par sur 1 avril 2026

Bien qu’elle n’associe nullement cette particularité à l’iconique Cité corsaire, et si elle en jouit richement de ce qui, en elle-même, porte dans la tête de tous l’imaginaire du Grand large, Saint-Malo fut aussi un port négrier.

Pourtant en cette cité aux Etonnants voyageurs, contrairement à ces autres grandes villes (Nantes, Bordeaux, La Rochelle,…) y persiste le déni de cette période, de 1713 à 1830, qui, en « profitant » de la traite négrière, a contribué solidement à sa richesse (bourgeoisie et noblesse). Un livre de référence à ce sujet : Alain Roman, Saint-Malo au temps des négriers -à lire ici.

Environ 80 000 hommes et femmes y ont transité à partir de 1720. Placée en 5e position dans la quinzaine de ports négriers en France avec un ratio de 6,5 % du total d’esclaves transportés lors de 250 expéditions. Une soixantaine d’armateurs malouins furent de la partie, dont une dizaine d’entre eux avec des chiffres importants. Avec ses 36 bateaux, Meslé de Grand Clos en était le plus important. Robert Surcouf, le grand-père du corsaire, le suivait. Ainsi que le père de Chateaubriand, propriétaire du château de Combourg.

Ainsi, plus de 12 millions d’Africains ont été déportés depuis l’Afrique Subsaharienne vers les Amériques, dans le cadre du commerce de « marchandise » humaine, organisé par des pays de l’Europe occidentale.

Mais ce que l’on tait et cache vient de refaire surface, le 25 mars (journée de commémoration des victimes de l’esclavage) lors de l’Assemblée générale des Nations unies (ONU). Avec une décision qualifiée d’historique mais qui, en ces mêmes pays européens, passera médiatiquement sous silence, soyons-en certains. Car de cette époque, rien n’est fait quand il reste à faire.

Puisque ces pays de l’Europe, c’en est étrange, ont opté pour l’abstention lors du vote à cette Assemblée générale d’une résolution reconnaissant l’esclavage et la traite transatlantique comme « le plus grave crime contre l’humanité ». Par la même, la France a voté contrairement au gouvernement Jospin qui, en 2001 avec la loi Taubira, a officiellement reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité – lire ici. En s’abstenant elle a envoyé « un signal profondément incompréhensible » commente Béatrice Bellay, députée de Martinique,- lire ici. 

Ce « recul » jugé « indigne » par les élus d’outre-mer, qui ne peut que réjouir l’extrême droite et ses médias, semble faire peu de cas des victimes de l’esclavage, du contexte, le dehors, le grand bain géopolitique dans lequel se situe cette décision onusienne. Le message paraît clair : il confirme la fracture culturelle et politique entre l’Occident et le Sud global.

Cinquante-deux pays se sont abstenus, trois s’y sont opposés : États-Unis, Israël et Argentine. Logique : « Les États-Unis ont été, dès le début, une république de type apartheid basée sur le génocide, la dépossession et l’esclavage  » nous en informait l’historien Jason W.Moore – à relire ici. Avec cent-vingt-trois voix pour, ce vote dépasse le seul cadre juridique pour s’inscrire dans une mémoire morale globale. Alors que les extrêmes droites européennes réécrivent le passé, jouant avec un racisme crasse et décomplexé la partition révisionniste, cette résolution de l’ONU rappelle, il était temps, que l’histoire de l’esclavage est un fait structurant de l’ordre mondial moderne, dont les conséquences sociales, économiques et raciales se prolongent jusqu’à nos jours.

Ce vote est donc plus qu’une résolution. En prise directe avec la mémoire, au point que l’histoire se fait en direct, la résolution exhorte les États à agir en faveur de la justice, notamment par des excuses officielles, des réparations pour les descendants, la lutte contre le racisme et la restitution des biens culturels.

Quitte à rompre avec son imaginaire flamboyant, Saint-Malo a une dette, une dette qui ne lui permet plus de rester silencieuse. « La ville a tenté de masquer cette activité peu glorieuse [de traite négrière] derrière le cliché de la « course », qui correspondait cependant à une réalité. […] La traite n’a pas été mise en évidence. Il y a un peu un manque dans la mémoire locale », en parlait ainsi en 2020 l’historien André Lespagnol.

Du bon droit et de la bonne cause, comment rendre justice sans vérité historique ? Comment parler de ce que l’on a laissé dans le silence, y compris des raisons de l’avoir maintenu sous cette chape d’ombre ? Héritage oblige : par exemple, comment la statue de Mahé de La Bourdonnais, fort bien placée à l’entrée, pourrait-elle incarner plus longtemps encore l’esprit de la Cité malouine – voir ici, lui qui systématisa l’esclavage à l’île Maurice et La Réunion ?

Rappel du contexte national : le Code noir – le code de l’esclavage- l’horreur juridique absolue rédigé par Colbert – commence en 1685 et se termine en 1848- qui avait fait des esclaves des « biens meubles » dans « les îles de l’Amérique française. » – l’image tout là-haut est le tableau de Biard « L’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848 «  – voir ici.

.Ci-dessous, le discours d’Annalena Baerbock, présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, à voir ici.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de lesclavage et du Code noir.

 

 


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