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Ressorts de la dette. N°3.

Écrit par sur 4 décembre 2009

Avec la crise financière et économique qui s’est déclenchée il y a un an s’est révélée une réalité qui, jusque là était restée cachée, ou du moins silencieuse : le surendettement. En effet le ressort sur lequel s’est fondé le capitalisme financier des trente dernières années est celui du crédit, en particulier à la consommation. Il a eu pour rôle de compenser l’écart toujours plus grand entre la baisse des revenus des travailleurs et la croissance de la consommation, « pilier » dit-on de la croissance économique. Or ce phénomène n’est pas un hasard mais le résultat des politiques néolibérales menées jusqu’ici. La stratégie était évidemment d’inciter les travailleurs à s’endetter et, dans le même temps, que les dispositifs de redistribution des richesses soient peu à peu démantelés. Ce qui signifiait moins de revenus directs : baisse des salaires, précarisation du travail et indirects : démantèlement des services publics pour les travailleurs.

Cette transformation silencieuse, celle de l’endettement n’étaient pas seulement un processus de spoliation des individus. Reprenons Maurizio Lazzarato qui dit dans « Le gouvernement des inégalités »:  » Il s’agit d’installer les gouvernés dans un système de « dette infinie ». Or qu’est ce qu’une dette ? Le mot vient du latin debitum qui signifie « ce qui est dû », donc renvoie au « devoir »…En permettant aux banques d’accorder à outrance des prêts pour tout et n’importe quoi, la stratégie résidait précisément dans la diffusion massive du « devoir ». On passait d’une perspective où le capitaliste devait redistribuer une part des richesses au profit de ceux qui les créaient effectivement, les travailleurs, à celle où c’était désormais le travailleur qui se faisait redevable vis à vis du capitaliste. Le système de la dette n’est pas simplement un montage économique mais un dispositif de contrôle. Un dispositif stratégique essentiel dans « la gouvernementalité » néolibérale.

La gouvernementalité, c’est ce que Michel Foucault, en parlant du pouvoir, définissait comme un art du guidage, un art de conduire les conduites individuelles. Le pouvoir n’est pas simplement soit un consensus soit la possibilité de recourir à la violence mais quelque chose de plus subtile. Il s’agit d’agir, pour le gouvernement, sur le contexte, le champ d’action des individus; ce qui va déterminer leurs actes sans qu’eux-mêmes n’en aient forcément conscience. Ils détermineront leurs intérêts en fonction de la situation et c’est précisément sur la situation que le gouvernant agit. » Tout le secret de l’art du pouvoir, disait Bentham, est de faire en sorte que l’individu poursuive son intérêt comme si c’était son devoir et inversement ». Le gouvernement doit faire en sorte que devoir et intérêt soit la même chose aux yeux du gouvernés.

Ainsi baissez les revenus des travailleurs et ils verront leur intérêt (c’est à dire la possibilité de se loger, de consommer, de s’éduquer etc.) dans l’endettement. Et installer les individus dans l’endettement, c’est les obliger à rembourser, donc à travailler. A travers ce dispositif, à travers l’endettement des travailleurs, le capitalisme réalise quelque chose qui ne lui est jamais assuré: la mise au travail et l’implantation des « dispositions subjectives pour la production en vue du profit ». L’endettement c’est un dispositif qui oblige ceux qui n’ont que leur force de travail à se mettre au travail. L’endettement engendre sur l’individu un souci permanent, une préoccupation de tous les instants, la mauvaise conscience n’est jamais loin lorsqu’il s’octroie des temps libres, des moments d’oisiveté. Parce qu’il sait qu’il est redevable, parce qu’il sait qu’il a intérêt à ne pas faire défaut. Il n’investit plus son temps dans autre chose que son travail, par exemple des activités politiques. Il est amené à s’autodiscipliner, à être docile, enclin à accepter ce que le patron lui impose. Il sait que la perte de son emploi serait une catastrophe, qu’il risquerait de tout perdre…donc pas de vagues…

Les capitalistes ont toujours eu un problème, celui de savoir comment « moraliser l’ouvrier », du travailleur dirions-nous. Car ce qui leur est intolérable, c’est le travailleur qui paresse, qui brûle son énergie en faisant la fête, ou encore qui vit à son rythme propre quand bien même il serait au chômage. Ce qu’exècrent les patrons, ce qu’ils veulent rendre illégal ( il suffit de lire le Programme de Refondation sociale du MEDEF pour le comprendre ), c’est l’oisiveté, le fait que le travailleur n’use pas son temps, sa vie, à créer des richesses à leur profit et ce, quand bien même il serait chômeur. (Sur ce point, il ne faut pas croîre que le chômeur n’est pas source de profit, son utilité est d’aiguillonner, de rendre dociles de mettre sous pression ceux qui travaillent. C’est tout le sens des réformes qui conditionnent l’octroi des allocations chômage à une recherche active d’emploi : ceux qui travaillent ont la pression de ceux qui ne travaillent pas et qui sont prêts à les remplacer ). Et l’endettement voulu par les politiques menées ces trente dernières années, au profit du capitalisme débridé, a été évidemment un élément essentiel et stratégique du contrôle des travailleurs, une manière de transformer le travailleur en capitaliste de sa propre vie…

M.D

M.D

Et ce que tu expliques là, est vrai pour des continents entiers …

La dette est une catastrophe pour l’humanité maintenue volontairement dans la plus extrême pauvreté… Elle est un puissant mécanisme de subordination des pays du Sud, un nouvel esclavage, un nouveau colonialisme…

(Le revenu des 500 individus les plus riches de la planète dépasse les revenus cumulés des 416 millions de personnes les plus pauvres.)

Françoise

05/12/2009-15:52


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