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« Rien d’autre ». N°457.

Écrit par sur 23 décembre 2010

Voici un point de fin d’année au sujet de ce site et de ce que nous en faisons. Bon! ça dure déjà depuis neuf ans pour cette chronique, et depuis dix ans pour le site! Et la question: pourquoi tout cela? dans quel but? Pour quel résultat final ? Qu’a-t-on à y vendre?

Alors je réponds dare-dare et vais blablater là-dessus. Bien sûr j’aimerai une nouvelle fois citer Jacques Rancière: « L’ordre est menacé partout où un cordonnier fait autrechose que des chaussures. » Par exemple de la politique, ou pis, de la philosophie. Qui a distribué les rôles, ou plutôt n’a cessé de justifier la répartition des étiquettes et des emplois du temps? Platon dit Rancière. Il s’ensuit que la compétence réelle du technicien a moins d’importance que son respect de la frontière: un vrai cordonnier n’est pas celui qui fait de bonnes chaussures, mais celui « qui ne se donne pas pour autre chose que coordonnier ». Voilà, eh! bien, à l’image des cordonniers du XIXème, nous nous mêlons de ce qui ne serait donc pas de notre ressort. A lire à ce sujet ces anciennes chroniques : 29.07.10 – 13.08.09. Quand on sait cela, on en sait plus. Mais ce n’est pas tout.

Car j’ai toujours en tête la voix apaisante de Jean-Toussaint Desanti et ses mots: « c’est localement qu’on s’installe dans le fait de son histoire, c’est toujours localement qu’on parle ». A lire à ce sujet ces autres chroniques : 11.02.10 – 08.10.09. Alors d’où ça sort tout ça? A l’heure où j’écris on patauge dans la neige. Et la boue. Voilà. La question concentre en elle la difficulté du lieu dans lequel elle s’inscrit: l’échelon local. D’où cette précision: nous parlons d’une zone éloignée de tout réseau, reculée entre granit, bocage haut-breton et résidu de mégalithes, micro-coupée, en ces temps de neige par exemple, du flux général de l’activité mondialisée. Encore que depuis nos studios en lieu et place d’une ancienne salle de classe d’école laïque de filles désaffectée d’avant-guerre, comment se défaire ou se soustraire aujourd’hui des circuits productifs du collectif global?

Et si l’on veut clarifier la question, et éclairer ma lanterne parce que je la connais bien, il faut savoir que l’action de toute chose se conjugue à l’action des autres choses. Le « se conjugue » que l’on peut nommer aussi en « se combine » exprime le fait que le comportement de chacune de ces actions est modifié par ses connexions avec les autres. Les autres…

C’est comme un mode de vie, un peu. Une partie complémentaire de réponse serait donc à trouver ici: de fil en aiguille ça forme tout un processus qui transforme ces interactions en une communauté d’expériences, d’idées et de valeurs. Suis-je clair dans la réponse? Dit autrement, ça participe d’un tissu. Ou plutôt en suivant Deleuze qui était hostile à l’entrecroisement des fils de trame tel que l’énonce Platon (encore lui), lui Deleuze parlait d’un « feutre ». Parce que pour le feutre, c’est en les foulant que les fibres se nouent les unes aux autres et forment le feutre. Et peut être bien qu’ici nous foulons plutôt que nous cousons! L’idée est bonne, surtout en hiver. Gardons là! puisqu’il y est toujours question de l’envers et de l’endroit. Il se tisse, il se trame, ou il se foule. A lire à ce sujet cette chronique du 25.11.10.

Quand on sait cela, on en sait plus. Mais ce n’est pas tout. Il se pourrait qu’une autre partie de réponse suive immédiatement en se rapportant à ceci: quand autrefois s’inventaient dans la pratique les vieux métiers, savaient-ils ce qu’ils faisaient vraiment? Ils avançaient c’est tout, menés par une vague idée d’objectif qui d’ailleurs à l’origine était probablement, parfois ou souvent, tout autre, ça s’inventait en faisant. Pas à la façon d’un conte enchanté mais en étant installé dans la réalité, j’en mets ma main au feu que dans les villages ils se disaient ça: « Ah! pourquoi j’ai fait ça? Va-t-en voir! » Mais il n’empêche que dans le monde très commun où se conjuguent usages courants et créations nouvelles, c’est au gré d’astuces, d’observations et de rectifications que par nécessité ils se vêtirent, ou qu’ils conservèrent leurs aliments, et qu’ils dénichèrent maintes trouvailles précieuses quand dans la rareté rien n’allait de soi. A lire à ce sujet ou pas loin cette chronique du 02.12.10.

Quand on sait cela, bon s’esquisse un peu mieux un début attendu de réponse. Cependant pareille réponse ne peut satisfaire ces convictions bienfaisantes auxquelles on est conduit de s’en remettre le plus souvent. Je parle ici de ce qui rassure parce que ça permet de cerner une action, de ce qui donne une forme provisoire, de ce qui conceptualise. L’ordinaire penche toujours du côté du cloisonnement et de la mise en cage, du compartiment et du logement. Avec à chaque cage étroite, son bornage, sa casquette et son étiquette.

Et s’il faut se ranger sous une bannière alors j’opte pour celle d’Edwy Plenel de Mediapart quand il déclare dans son édito de ce soir:  » Nous sommes tous des WikiLeaks ! » « Le feuilleton WikiLeaks inaugure une bataille mondiale des opinions, des peuples et des Etats dont l’enjeu est notre liberté d’information. Il s’agit de son extension grâce au renforcement des promesses démocratiques de la révolution numérique ou, au contraire, de sa régression à cause d’une sainte alliance des intérêts économiques et des pouvoirs nationaux, des appétits d’argent et des folies de puissance.  »

C’est ici, à ce stade, que s’impose le coeur de la réponse. Ici, s’il n’a rien en stock, rien à promettre ni à vendre, ce site -permettez-moi de me raidir- a cependant beaucoup à voir, ou à entrevoir, avec l’éthique et la démocratie. En y pointant la racine de l’étroite solidarité que nous concevons entre elles. Ceci évidemment à notre mesure, celle qui nous colle à la peau.

Et celle-ci qui nous colle à la peau, quelle est-elle? Eh bien, l’année qui vient, 2011, marquera ses trente ans , du moins les trente ans de son projet puisque la radio n’émettra officiellement que le 28 février 83. « Ah! oui, les radios libres! » Voilà. Les premières réunions pour sa formation eurent lieu dès mai 81, et les statuts furent déposés en fin juillet 81. Chose rare loin d’être de durée périssable, encore de nos jours elle demeure fidèle à ses positions affichées qui laisseront une trace, écrite ou enregistrée, d’un son paisible ouvert sur l’espace public. Bien sûr, quitte à en redéfinir le cadre, en y allant à petits pas, comme cela fut fait assez régulièrement en dénichant maintes trouvailles précieuses quand dans la rareté rien n’allait de soi.

A la question posée sur notre activité il me semble ainsi avoir donné des éléments de réponse. Voyez vous même: 1-face à l’interdit du « rien d’autre » être là où l’on nous y attend pas; 2- contribuer au tissu, à la trame, au feutre social compte tenu que « c’est toujours localement qu’on parle »; 3-oeuvrer à la création sociale pratico-empirique et donc dans le même temps à la construction de soi. Et le tout, d’une certaine manière, avec des bouffées denses et quelques ruades.

Ou plutôt. Je consens encore à un effort, un geste ultime. En glissant ma main dans mon cabas à réponses j’en saisis une dernière, pas la plus petite: et avec tout ça, la liberté comme le plaisir en actes! En radio, nous donnons à entendre; sur internet, nous donnons à comprendre. Le reste est ce que l’on veut que ce soit…

Un mot encore. Ou presque. J’adresse mes vifs remerciements à celles et ceux qui lisent ces pages au langage numérique et nous écoutent en ligne ou en onde. Bref, merci. Et joyeuses fêtes!

D.D

Chronique:

1) Juste histoire…d’en découdre… : « résidu de mégalithes »…et celui-ci alors à quelques encablures de la radio ? L’a rien d’un résidu !

2) Alors, la Chronique ? ça me fait penser aux ricochets…Un simple caillou tout simple mais léger, plat et lisse nous permettait, en cherchant un angle efficace, d’obtenir le plus grand nombre de rebonds sur la surface de l’eau. Avec la chronique, c’est un peu ça : On descend le mercredi soir, mine de rien vers un ruisseau, on y trouve un p’tit caillou et bzzzzz… il file, faisant naître des ondes circulaires, bonds rapides et successifs qui nous entraînent on ne sait jamais où à l’avance mais le plus loin possible…

Françoise..

23/12/2010 16:18