« Soulèvements » sur fond du « gros nuage noir » N°1241
Écrit par admin sur 4 mars 2026
La violence et le trivial des images ou des phrases, ce bruit d’orchestre erroné qui envahit le monde et qui vient des faits de guerre (argent, pétrole, domination…), ou des médias (on ne sait plus), c’est ce qui pourrait donner à La Chronique d’ici-même d’ici-même de ce jour une forme de niaiserie. Pourtant, ça ne l’est pas, loin de là. Car elle parle de sentiment, d’action et de vie. Vu ce dimanche soir au cinéma de Saint-Georges-de-Reintembault dans le cadre du festival Cinécure, le film-documentaire Soulèvements.
Lequel nous renvoie aux déclarations de Gérard Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, qui avait affirmé que « des modes opératoires qui relèvent de l’écoterrorisme » – donc comparables, selon lui, aux actes du djihadisme-, avaient été mise en oeuvre lors des heurts de Saint-Soline entre forces de l’ordre et manifestants opposés aux mégabassines des Deux-Sèvres, les 29 et 30 octobre 2022, ces réserves de substitution destinées à l’irrigation agricole – à relire ici.
Le mot « écoterrorisme » s’est alors banalisé devenant un élément de langage parmi d’autres. Mais pas seulement. Car l’enjeu n’est pas que sémantique, il est aussi juridique. Qualifier des actes de terrorisme revient à mettre en œuvre une procédure pénale d’exception, la plus dérogatoire et répressive de l’arsenal judiciaire : gardes à vue prolongées, perquisitions facilitées, techniques spéciales d’investigations autorisées… Les libertés individuelles sont fortement atteintes, ce qui se justifie par la gravité des infractions en cause.
De facto, en bafouant la qualification juridique de manifestation – à lire ici– définie comme étant une réunion organisée sur la voie publique dans le but d’exprimer une conviction collective, c’est donc tout engagement citoyen à conviction écologique qui est criminalisé pour minimiser les crimes climatiques. Certes, retenons de l’affaire comment ce ministre a été sèchement taclé par le Conseil d’Etat – lire ici. Néanmoins, n’y allons pas par quatre chemins : la menace est là et sera à coup sûr immédiatement réactivée si, par malheur et dont la probabilité est forte, un vent mauvais accède au pouvoir.
Eh bien, qu’un film comme celui-ci saisisse à bras-le-corps cette question citoyenne hyper-importante simplement en rétablissant le réel, fait un bien fou. On respire.
Précision introductive à Soulèvements – qui tire son nom de ce collectif écologiste Les Soulèvements de la terre, dont le lieu de naissance en 2021 est à Notre-Dame-des-Landes, et dont 200 000 personnes s’en sont réclamées en 2023- : « Je voulais défaire la figure de l’écoterroriste » dit son réalisateur Thomas Lacoste.
A cette fin, faire parler ces personnes et qu’elles montrent leur visage afin de documenter le présent pour, en déduit-on, mieux considérer l’avenir. Ainsi durant 106 minutes se révèle cette mosaïque de jeunes visages, d’intonations régionales, de récits d’élans sincères et d’intelligence collective, pleine d’humanité qui forme un échantillon de seize portraits sensibles de ce mouvement de désobéissance civile qui vise à « protéger les communs », les terres, l’eau et les écosystèmes de faune et flore menacés.
Dans ce petit cinéma de pleine campagne, un tonnerre d’applaudissements est venu saluer ce film qui, en tentant de remettre les pendules à l’heure, redonne espoir face à ce rouleau compresseur médiatico-fascisant au service d’un ultra-capitalisme dévastateur. Mais, car la violence en face est telle en ce monde, ce salut ne peut se penser lui-même que sur le fond du « gros nuage noir », comme en parle Jacques Rancière dans son livre « En quel temps vivons-nous ? »
Bande annonce ici
D.D
Ce qui a été dit et écrit ici-même autour des Soulèvements de la terre, de Notre-Dame-Des-Landes, du Chaos climatique et du Versant animal & végétal. Ainsi qu’autour de Saint Georges de Reintembault et de Jacques Rancière.