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« Tous des sauvages ! » N°608

Écrit par sur 4 décembre 2013

Cette affiche de l’exposition, où l’on voit notamment le visage d’une poupée Barbie sur un fond jaune vif, allait droit au but. Bon, j’en parle un peu tard puisque cette expo a fermé ses portes. Quand bien même serait-elle devenue invisible, « Tous des sauvages! Regards sur la différence » qui fut présentée cet été à l’Abbaye de Daoulas, à l’initiative de l’EPCC Chemins du patrimoine en Finistère, mérite bien qu’on y revienne.

Mais d’abord remarquons le beau travail des Chemins du patrimoine en Finistère : Abbaye de Daoulas, Abbaye du Relec, Manoir de Kernault, Château de Kerjean, Domaine de Trévarez. Qui présentent en ces lieux remarquables des expositions à la fois savantes et accessibles à tous. Et c’est en connaissance de cause que je le juge ainsi. En étant cependant un brin partie prenante. Compte tenu de la contribution de Radio Univers à la mise en scène sonore de l’étonnante exposition intitulée « La Bourse ou la vie ». Qui s’est tenue au Château de Kerjean à Saint-Vougay. Où l’on y découvrait les aventures de trois célèbres brigands bretons, qui défrayèrent la chronique sous l’ancien régime : Marion du Faouët, le Marquis de Pontcallec ou encore La Fontenelle.

Donc j’en reviens à cette expo de Daoulas. La scénographie comme les collections ethnographiques, bien sûr tout était réussi. C’est l’ouvrage « Race et Histoire », de Claude Levi Strauss, qui aura servi de support à ce projet. L’anthropologue se propose d’aborder la question de « notre manière contemporaine de penser l’humanité ».

Pour cette chronique-ci pas facile, je l’avoue, de régler tout de suite la question qui suit: faut-il parler du racisme ou ne pas en parler? En parler à froid n’est pas chose aisée. Car en parler n’est-ce pas au risque de contribuer à aider à la diffusion des idées racistes? A l’inverse de la réaction à chaud qui, comme dans le cas Taubira, relève de la dignité humaine. Quand l’événement abject advient réagir est bien la meilleure façon pour en parler. Face à l’insupportable, à l’inhumain, la colère!

Ainsi commenter cette expo, aussi réussie soit-elle, revêt alors à mes yeux quelque chose de particulier. D’autant qu’en parcourant les différents espaces aux mises en noms évocateurs (« Nous et les autres », « Le scandale de la diversité », « Nous seuls humains, « L’autre, un monstre ? », « L’autre, un impie? » «L’autre, un animal ? », « L’autre, un primitif ? », « Commun humain »), le sentiment d’un manque m’a saisi. Ce qui me pousse à dire que, dans le cas bien sûr où cette expo serait toujours visible, sa visite m’amènerait aujourd’hui à suggérer sur le livre blanc un ajout, un espace complémentaire.

A cet endroit, je proposerais d’y placer ainsi ce qu’énonce l’historien américain Markus Rediker dans son livre « A bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite. » Tel que nous le signale notre amie Françoise sur son site « lieux-dits.eu ». C’est à partir de cette époque que peut être daté le grand développement du capitalisme. Puisqu’on retrouve encore aujourd’hui comme propriétaires de banques -auprès desquels les pays en s’endettant lourdement se ruinent-, les patronymes de ces mêmes grandes familles de capitaines d’industrie négrière ! Leur dette à l’égard de l’humanité n’a pourtant jamais été évaluée. Le calcul de la dette marche que dans un sens.

Enfin, je proposerais d’y écouter Odile Todner qui expliquait ainsi en 2011 au micro de Matthieu comment l’idéologie raciste fut construite au plus haut niveau du pouvoir. Ainsi que le philosophe Jacques Rancière, peu présent dans l’espace médiatique, qui pointait du doigt en 2010 le « racisme d’Etat ». Voir aussi Le « Code noir« .

Sans oublier d’y ajouter, sous réserve qu’il y ait juste assez de place pour les loger, ces règles édictées par Rancière encore, sur l’effet contre-productif d’en parler « sans claire conscience de leur portée ».

D.D


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