Aujourd’hui il est évident que les impératifs du marché feront désormais prospérer le capital au prix de la détérioration des conditions de vie d’une multitude de gens et à celui d’une dégradation de l’environnement partout dans le monde. Nous avons atteint le stade où les effets désastreux du capitalisme dépassent de loin les gains matériels qu’on peut en tirer. […] A une vaste majorité de gens, ces conséquences négatives feront plus de mal que les aspects positifs du système ne leur apporteront d’avantages matériels.

Car il y a une disparité de plus en plus grande entre les gains matériels que le capitalisme permet d’acquérir et la qualité de vie que ce système apporte aux gens. Cela est visible, non seulement dans l’écart croissant entre riches et pauvres, mais aussi, par exemple, dans la dégradation des services publics […]

Le capitalisme est incapable de favoriser un développement durable, non parce qu’il encourage des avancées technologiques susceptibles d’épuiser les ressources de la planète, mais parce que l’objectif de la production capitaliste est la valeur d’échange, et non pas la valeur d’usage, parce que son but est le profit et non le bien-être de l’humanité.

En conséquence, on se retrouve d’une part avec un gaspillage immense et, d’autre part, avec une réserve insuffisante de biens essentiels, comme des logements à prix modiques. Le capitalisme peut certainement créer des technologies efficaces sur le plan énergétique, il peut même en tirer profit, mais sa logique intrinsèque interdit systématiquement que nous recourions à ces technologies plus durables. […] Tout ce que le capitalisme pourrait faire pour favoriser un usage plus efficace des ressources, ses impératifs l’en empêchent en quelque sorte, car ils le poussent sans cesse à accélérer la cadence. Si on conservait ces biens plus longtemps, si on gaspillait moins et si on détruisait moins, on ne pourrait plus accumuler de capital.

A mesure que le capitalisme gagne du terrain et pénètre plus profondément dans chaque recoin de la vie sociale et de l’environnement naturel, les contradictions qui lui sont propres échappent de plus en plus à nos efforts visant à le contrôler. L’espoir d’en arriver un jour à mettre sur pied un capitalisme humain, vraiment démocratique, écologiquement durable, devient de plus en plus une vue de l’esprit parfaitement irréalisable. Tout phénomène historique étant appelé à une fin une autre voie s’offre à nous, celle du socialisme.

Ellen Meiksins Wood. L’origine du capitalisme.