sommeilBon, disons, c’est peut être sous l’effet des fortes chaleurs ou de la Coupe du Monde, mais par rapport à ce qu’il se décide l’on a trop tendance ces temps-ci à la somnolence. Ou bien encore à un comportement de résignation grave, voir même d’abandon.

Ce qui est, par exemple, le cas au regard de ce qui s’est passé avec la privatisation de la SNCF et son prochain démantèlement. Rappelons que ce projet de réforme si important ne figurait pas au programme présidentiel du candidat Macron. Qui n’a donc pas été validé a minima par l’élection mais qui, compte tenu d’une très confortable majorité absolue à l’Assemblée nationale, a été voté sans débat (ou quasiment). Où l’on est en droit de parler aujourd’hui de dérive autoritaire.

Pour celles et ceux qui ne dorment que d’un oeil, rappelons l’alerte du très lucide Emmanuel Todd: « Si on brise la SNCF on va nettoyer le terrain pour le FN ». Il s’en expliquait ici. Selon lui, on ne comprend rien à la montée du fascisme si on ne la met pas en lien avec l’installation du chômage de masse, la flexibilité donc la précarité grandissante, l’augmentation des inégalités, la dégradation des services publics, la destruction des solidarités collectives, etc.

Et du détricotage en catimini de ces solidarités collectives, la Macronie s’y emploie, et comment! Elle a décidé de supprimer toute référence à la Sécurité sociale dans la Constitution. Comme si de rien n’était, la commission des Lois a profité du chantier de la réforme constitutionnelle pour faire disparaître l’un des piliers de notre République et de notre modèle social de la loi fondamentale. L’amendement 694 en question a été adopté dans la nuit de jeudi à vendredi.

Quant à la nuit dernière, c’est de l’adoption de cette loi dite des Fake news (Fausses nouvelles) qu’Emmanuel Todd qualifie ainsi:  » La menace que je vois se dessiner ce n’est donc pas celle des Fake news, mais celle de l’autoritarisme de l’État et son autonomisation en tant qu’agent de contrôle de l’opinion. » Ni plus ni moins une reconstitution de la censure.

Pour celles et ceux qui ne dorment que d’un oeil, se discerne assez nettement la marche des pas pressés d’un néolibéralisme autoritaire. Un diagnostic que partage assurément Ugo Palheta, sociologue, maître de conférence à Lille 3 et directeur de publication de la revue en ligne Contretemps:

« Si le 20e siècle nous a appris quelque chose, c’est que, malheureusement, tout est possible en politique, non seulement les phénomènes les plus inattendus, mais les plus abjects et les plus morbides. Si, par exemple la crise économique redevient extrêmement aiguë en Europe et ailleurs, si la finance s’écroule – des tas de bulles financières menacent déjà d’exploser du fait des logiques spéculatives qui n’ont nullement été remises en cause par les gouvernements, au contraire -, si les conditions d’existence des populations continuent de se détériorer, que va-t-il se passer ? On ne sait pas, mais le fait qu’une organisation d’extrême droite ait pu s’implanter durablement en France, s’enraciner très profondément jusqu’à obtenir près d’un tiers des voix exprimées au second tour des élections présidentielles, crée une base politiquement extrêmement dangereuse, disponible pour une radicalisation autoritaire, nationaliste et raciste. » Lire ici sa très bonne analyse qui date toutefois de septembre 2017, alors que l’on sait, pour celles et ceux qui ne dorment que d’un oeil, combien la situation européenne évolue de jour en jour à en devenir fort préoccupante.

D.D

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ruCe qui a été écrit et dit ici-même autour d’Emmanuel Todd, et de la SNCF.