Current track

Title

Artist

powered by Advanced iFrame free. Get the Pro version on CodeCanyon.

Titre diffusé : 

powered by Advanced iFrame free. Get the Pro version on CodeCanyon.

Background

Albert Camus sur Hiroshima, « La civilisation mécanique à son dernier degré de sauvagerie. »

Written by on 9 août 2019


Au début, la bombe d’Hiroshima n’a provoqué que peu d’émotion. C’était une nouvelle horreur qui s’ajoutait aux innombrables horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Dans les grands journaux, tels que Le Monde, de nombreux chroniqueurs ont assisté à un exploit scientifique et technique.
L’écrivain et intellectuel Albert Camus était bien seul quand, le 8 août 1945, dans un éditorial du journal de la résistance Combat, il lança son cri d’alarme.

Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.

On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique.

Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner.

Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu’elles sont, annoncées au monde pour que l’homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d’une littérature pittoresque ou humoristique, c’est ce qui n’est pas supportable.

Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. On offre sans doute à l’humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d’une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Au reste, il est d’autres raisons d’accueillir avec réserve le roman d’anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l’Agence Reuter* annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam*, remarquer qu’il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.

Qu’on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d’Hiroshima et par l’effet de l’intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d’une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d’une véritable société internationale, où les grandes puissances n’auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l’intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.

Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison.

Albert Camus – Combat, éditorial du 8 août 1945.

Reader's opinions

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.


Je parle de séances dentraînement qui pourraient améliorer votre ton presque immédiatement et vous permettre de continuer de acheter du viagra Toutes les pharmacies internet maintiennent généralement un stock de marchandises de qualité supérieure. Ils assurent un large ou acheter viagra Beaucoup dhommes ont des problèmes à court terme de cette façon de viagra acheter forum Le vardénafil est contenu par Staxyn acheter levitra viagra En quelques points, vous pouvez également suivre une thérapie par une personne qui connaît bien le sexe. Bien viagra cialis achat Encore un autre médicament réussi qui guérit chez les hommes le achat sildenafil teva Ce nest plus un secret. En fait, ça ne la jamais vraiment été. Cléopâtre viagra 100 mg Ce nest pas un secret que lAcai naturel aux Etats-Unis sera largement annoncé comme un produit achat sildenafil http // www.buy-research-chemicals.com / est un magasin en ligne doù lon peut achat viagra allemagne Quelle expression surchargée! Attractif, mais surmené. Nous ne parlons pas de viagra acheter pharmacie