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Au Musée de Granville, « Gustave Courbet, Paysages de mer ». N°905

Written by on 11 septembre 2019


(Fleurier) 1er août 1873.

Cher Docteur,

Enfin, ils sont arrivés à leurs fins. Je suis définitivement expulsé de France. Nous avons su cela en sous-main de la préfecture. La tentative du 3ème conseil de guerre de Versailles était aussi un guet-apens.

Ecrivez-moi toujours au nom de M.O(rdinaire), poste restante à Fleurier. Je vous envoie l’assignation au juge de paix d’Ornans, remettez-là à l’avocat que vous aurez choisi.

Tout à vous.»

Lettre autographe de Gustave Courbet à Charles Blondon.

Peut être rappelez-vous de cette histoire dont, en temps et en heure, on s’était vite empressé de commenter ici-même, à relire ici & .

Celle d’un Gustave Courbet inconnu Vue du Lac Léman, une toile magnifique stockée à l’arrière-fond d’un racoin à l’abri de tout regard, et rendue à la lumière du jour par hasard, en mars 2016, lorsque la conservatrice adjointe des Musées de Granville, Alexandra Jalabert, prépare l’exposition «Côté coulisses, les tableaux retrouvent leurs couleurs ». Beau programme ! Elle se penche sur un coffre comportant trois tableaux, portant la signature de Courbet, mais n’étant pas identifiés comme tels. Aussitôt, le doute s’installe : et si parmi eux se cachait un véritable Gustave Courbet ? Voilà qui s’appelle avoir du flair ! Bravo ! Et quelle découverte que celle-là ! C’est au cœur des réserves du Musée d’Art et d’Histoire de Granville qu’une vue du lac Léman, huile sur toile à la touche reconnaissable du peintre réaliste, se tenait tout au fond, réduite à rien puisqu’expulsée des regards.

Et c’est ainsi que ce tableau retrouvera ses couleurs : la Vue du lac Léman est formellement authentifiée par le laboratoire du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF), après être restée en rade 141 ans dans la réserve du musée.

Une toile-événement accueillie avec enthousiasme dans le « monde de l’art » comme l’une des plus grandes révélations du moment. Qui présente autre chose encore : une certaine idée de la résistance et de ses suites communardes. Car la qualité de l’oeuvre rend pour le moins suspecte sa mise à l’ombre un siècle et demi . Même si un choix de tableaux régionalistes fut invoqué par le musée, rappelons qu’elle fut réalisée en exil, et que l’auteur de l’Origine du monde, qui fut un subversif et un visionnaire, rendu malade et ruiné par les versaillais, restera poursuivi après sa mort par l’ombre de la Commune de Paris et, surtout, la vindicte des cléricaux.

Et quel symbole ! Quoi de plus naturel et de plus logique, pour lui, le peintre des femmes, que ça soit une femme qui sorte du néant cette production réalisée l’année précédente de celle de sa mort en 1877 ? Qui le libère, lui ? Une femme évidemment ! Une femme de nos jours ! Pour qu’enfin sa toile regagne sa place à la belle lumière du jour ? C’est incroyable ! Un femme naturellement ! Pour la « dévoiler ».

Car, voici comme un prolongement, Courbet associait le corps de la femme à la nature. Avec quatre toiles principales : Les Demoiselles de village (1851) ; La Fileuse endormie (1853) ; Les Baigneuses (1853) et Les Cribleuses de blé (1854). Puis les œuvres suivantes : Les Demoiselles du bord de Seine (1856) ; La femme aux bas blancs (1861) ; Vénus poursuivant Psyché (1862-1864) ; Le Réveil (1864) ; Paresse et Luxure ou Le Sommeil (1866) et enfin L’Origine du monde (1866).

Il y a même contiguïté entre les deux mondes. Comme un émouvant aboutissement dans sa quête du féminin, lui pour qui la nature est le seul maître, que la femme, précisément, est « nature », que sa chair, sa chevelure et sa peau sont parmi les modalités les plus émouvantes de la nature.

Vraiment bienvenue dans l’année du bicentenaire de la naissance du Maître peintre d’Ornans (sa propre définition artisanale et provinciale), une exposition consacrée à ses paysages de mer se tient jusqu’au 22 septembre 2019, en ce même Musée d’art et d’histoire.

A prendre comme un hommage au peintre décédé en 1877 sur les rives du Léman. Dans celui-ci, sans conteste de toutes les toiles, Vue du lac Léman en est la plus somptueuse et lumineuse. Si bien que nous pourrions imaginer l’artiste en homme heureux de l’aboutissement et que, d’outre-tombe, il nous adresse là à l’humanité entière, une image radieuse de tendresse fraternelle.

A travers quatorze œuvres majeures, l’exposition Courbet, Paysages de mer met la Vue du lac Léman, revenue de loin, en perspective des paysages de mer créés par le peintre, à Palavas-les-Flots, aux plages d’Honfleur,de Saint-Aubin-sur-Mer, ou de Trouville.

Inspiré par ces « paysages de mer », ses marines qu’il préfère appeler « paysages marins », de la côte normande où le ciel, ici, est roi. Avec des variations multiples. Il en peindra une longue série, fasciné fut-il, lui dont l’enfance en Franche-Comté fut loin de la mer – mais si proche des femmes de sa vie d’alors, sa mère et ses quatre sœurs, d’où la raison possible de sa quête du féminin !-, par le spectacle de l’océan et par le mouvement insaisissable et continuellement renouvelé et puissant de la houle.

Dans la Vue du Lac Léman, Courbet reprend des effets de lumière comme autrefois dans ses marines à Trouville. Ainsi fait-il, lui pour qui la nature est le seul maître, le choix « de représenter les éléments frontalement, dans leur intemporalité et leur spontanéité, sans intervention humaine. » (cf expo)

Pour moi l’influence qu’exerce Courbet, c’est qu’il a su voir la réalité au plus profond et non superficiellement. Il a agi de la sorte dans son art et dans sa vie ».

Paul Rebeyrolle, peintre.

Avec ce qui était réel, ce qui existait effectivement au plus profond du plus caché du musée, et la tendresse de l’exploration, ce qui demeurera étonnant et admirable, c’est par une femme, Alexandra Jalabert, et la féminité que Courbet renaît éblouissant de santé !

D.D

Ce qui a été écrit et dit ici-même autour de Paul Rebeyrolle, ici. Et dans Lieux-dits, , ainsi quici autour de Gustave Courbet.


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