Capture d’écran 2017-06-20 à 00.15.45« Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Bendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace. Macondo était alors un village d’une vingtaine de maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d’une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des oeufs préhistoriques. » Ainsi démarre le roman. Ainsi écrivait Gabriel Garcia Marquez. Tout « imprégné de «réalisme magique» » est-il dit.

Confidence : il m’a gentiment été adressé une carte postale dont l’enveloppe était dotée d’un très beau timbre – voir ci-dessus- que m’ont adressé de Bogota (Colombie) des amis voyageurs. Mille merci à vous quatre. Parce qu’avec bonheur cette enveloppe timbrée m’a rappelé cette lointaine lecture de ce « Cent Ans de solitude« , cette œuvre totale, hors-norme. Du génie de génie.

4403653_6_d9b4_a-worker-reads-a-local-newspaper-announcing-the_61e93f8285a1e5271ed824d1782249e1« Cent Ans de solitude« , épais roman lu en vitesse et que je relirai comme je me l’étais promis à l’époque, qui constitue parmi quelques autres livres une ressource passée ou à venir, où je suis confiant de puiser, de revenir… Bref, ce qui demeure vivant. En ayant laissé des traces plus ou moins durables quelque part en moi. Bon, en vérité, cette promesse personnelle de relecture se voit maintes fois reportée. Vivement que je me rattrape. Mais alors faudra faire attention, un poème, y aller doucement.

« Cent Ans de solitude » c’est se plonger dans une nature aussi exubérante qu’extravagante, une chaleur forcément torride, des marigots et de drôles d’animaux, des enfants qui naissent avec une queue de cochon, des Indiens silencieux quand ils ne sont pas aveugles… Le réalisme chez lui n’étant qu’une des multiples facettes d’une réalité profuse et poétique.

gmarquezBien des années plus tard… cette enveloppe elle-même poétique à mes yeux par ses timbres postaux et sa provenance me fait prendre conscience d’un des ratages de cette Chronique, celui de ne pas avoir évoqué la mort de Garcia Marquez à temps, en avril 2014. Pour laquelle trois jours de deuil national avaient été décrétés en Colombie, son pays. Il était l’écrivain qui « a brisé le mur entre la réalité et la fantaisie, ouvrant la voie à toute une génération d’écrivains sud-américains », selon l’auteur brésilien Paulo Coelho.

L’écrivain universel qu’il était se revendiquait comme « journaliste de l’écriture ». Le journalisme, qu’il considéra jusqu’au bout « comme un genre littéraire à part entière ». Lu par des millions de lecteurs à travers le monde, ce journaliste-là, d’un journalisme vivant, n’aura lui jamais renié ses engagements aux côtés des plus humbles et a toujours dénoncé l’impérialisme américain.

Bien des années plus tard… j’aurais voulu relire, comme l’usage l’exige avant d’en parler, mais c’est un livre qui n’en finit pas… Faudra donc ce jour se contenter, doucement, sûrement, de la reprise de sa très belle phrase prononcée pendant son discours de réception du prix Nobel en 1982, qui, tel un voyage à la source, nous est adressé à tous comme sous belle enveloppe timbrée envoyée à chacun : « la poésie est la plus flagrante preuve de l’existence de l’homme ».

D.D