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Bousiller. N°598

Written by on 25 septembre 2013


C’est drôle dans un roman russe du début du siècle, enfin…1900 quoi…je lis ceci : « A l’extrémité du faubourg, devant une masure bousillée de glaise…. »
« 1. Bousiller : Construire en torchis. »
J’savais pas ! Intéressant de s’interroger sur l’autre sens, le Familier, qui fut donné à ce mot, à savoir Bousiller qui signifie détruire, ravager, comme chacun sait.

Ainsi dans la rudesse du verbe se trimballent deux sens radicalement opposés : construire et détruire. Comment faudra-t-il l’entendre maintenant que l’on en connaît mieux la définition? D’autant que bousiller ne signifie pas non plus avoir usage de bouse de vache. Ce qui le débarrasse de son « impureté ». En fait bousiller ne vient pas du tout de bouse mais de boue, de boue mouillée, de la terre détrempée… Les maçons au temps de Rabelais s’appelaient des bousins.

La surprise et l’étonnement motivent à en savoir davandage. Bon, je ne sais pas si c’est sous l’effet du mode constructif ou du sens très négatif qui en fut donné, mais ça me renvoie aux chantiers de ces ouvriers… spéciaux. Puisqu’ils bousillent…

Bousiller c’était donc -et c’est encore-, une technique de construction qui allie l’argile à la paille. Du coup, relevons le défi. Revenons au tas de sable pour aboutir à la construction de quelque chose. Observons.

A savoir d’abord à ces expériences très terre-à-terre qui, elles aussi, produisent des résultats inverses ou très différents de ceux auxquels on s’attend intuitivement ou dont l’interprétation va à l’encontre de l’évidence ou du sens commun.

Par exemple : mélangeons des sables différents, ils se séparent. Vibrons du sable, il se structure en de magnifiques paysages miniatures. Faisons couler du sable dans l’eau, au lieu de se déliter, il forme une colonne.

1 Un mélange constitué de grains de 3 tailles différentes est placé dans un disque que l’on peut faire tourner sur son axe comme une roue de vélo : il se sépare par catégorie de taille. Les plus fins restent au centre et dessinent une figure en forme d’étoile à branches multiples, alors qu’on s’attend à ce que la mise en mouvement du mélange augmente le désordre du système.

2 Du sable sec s’écoulant dans une nappe d’eau forme une petite colonne semblable à une stalagmite, au lieu de se disperser.

3 Du sable fin étalé sur une plaque vibrante se réorganise de manière spectaculaire pour dessiner des reliefs semblables à des paysages. Les vibrations, au lieu d’augmenter le désordre du système, réorganisent et structurent les grains selon leur angle de repos.

N’est-ce pas merveilleux ? Que toutes ces expériences contre-intuitives qui perturbent les conceptions habituelles ? Ainsi on le voit bien, la matière en grains de sable est extrêmement commune et pourtant elle recèle de nombreux phénomènes techniques inconnus. Eh bien, dans le langage c’est pareil. Souvent. Les mots et leurs racines populaires c’est comme le sable ou « la glaise » (façon Philippe Beck), ça s’travaille.

Observons ou amusons-nous encore un peu. L’argile lorsqu’il est mélangé à l’eau forme une pâte molle capable de se solidifier en un laps de temps pouvant varier de quelques minutes à quelques jours. Si l’on prolonge l’expérience et que l’on laisse sécher à l’air libre l’argile, puis que l’on replonge les blocs solidifiés dans l’eau, l’argile se transforme en boue lorsqu’elle est à nouveau immergée dans l’eau. L’argile durcit par simple séchage, grâce à la pénétration d’air dans la porosité et la formation de ponts capillaires entre les particules : dès lors que l’eau remplace à nouveau l’air dans la porosité, la tension superficielle disparaît et le matériau perd sa cohésion.

Ce qui signifie que finalement le terme bousiller qui caractérise de multiples gestes, peut recouvrir ses deux sens opposés. Une construction à partir d’une désintégration. Et vice-versa. Soit l’excellence au regard du nouveau vocable gouvernemental de l’Economie circulaire (en lieu et place du fameux Développement durable au concept périssable). Et le top du top au regard du déploiement de sens. Le tout se jouant de son détournement péjoratif, une négativité arrogante, par un retournement symétrique propre à l’oeuvre en construction. Première bonne nouvelle !

Et quand on associe la matière liante, l’argile en pâte molle, aux grains de sable et qu’après avoir mélangé, projeté, étalé et damé le tout, et laisser séché à l’air libre l’ensemble, eh bien l’on récolte en l’ayant bien bousillée une belle maison avec ses textures et ses couleurs. Soit l’alliage forme et technique, la forme découlant de la technique. Seconde bonne nouvelle !

En parodiant Beck, les « esprits ouvriers » diraient: « Graine est tombée en chemin. Elle donne l’arbre qui monte. Jusqu’au plafond de ciel imaginé. » Car partout sur la planète, les hommes construisent avec les matériaux qu’ils ont sous les pieds et à portée de main. Dans le concret des choses et de leur maîtrise l’architecture vernaculaire , comme la langue du même nom, est le reflet de cette poésie.

Voilà donc pour nous enseigner un peu ce que « Bousiller » veut dire.

D.D


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