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D’An 20 à page 200 de « La Voleuse de fruits ». N°974

Écrit par sur 6 janvier 2021

 

An 20 ! Aïe! ça se prononçait… en vain – du lat. vanus « vide, où il n’y a rien », fig. « creux, sans fondement, sans consistance, mensonger; trompeur, fourbe ».

L’on comprend mieux qu’il était temps qu’on le laisse à son triste sort, cet An 20 ! Et pour se sauver comme on peut à tout ce que l’on nous a asséné – et ça continue!- comme informations désastreuses, chacun s’échappe avec ses petites recettes – quand dans le même temps les fourbes fraudent sans crainte – dans un discret espoir qu’elles ne soient pas… vaines. Eh bien pour ma part, comme échappatoire, j’ai opté pour un voyage de 400 pages à l’intérieur du pays de la pleine Picardie.

Tentant de m’échapper ainsi du « vide, où il n’y a rien » de l’An 20, je me suis réfugié dans l’histoire de vagabondage de « La voleuse de fruits » avec comme sous-titre « Aller simple à l’intérieur du pays « . Il s’agit d’un récit, où l’écriture bat au rythme de l’accord discordant entre l’hyper-dense et l’hyper-fluide, situé sur le chemin qui va de la banlieue parisienne pour la Picardie – régions dont j’ignore tout et qui m’apparaissait jusqu’alors « vide, où il n’y a rien ». Du moins, rien d’autre qu’être mitées de villes nouvelles, Cergy-Pontoise et ribambelle.

 


Mais
 à clairement les expliquer avec force détails et d’attention, le Prix Nobel de littérature 2019, Peter Handke, y dévoile ce qui est, avec sa manière de déplacer ou de creuser les enjeux. Car disait-il dans un entretien en novembre dernier  » Tout ce que j’aime bien c’est l’ouverture entre les êtres, les individus, aussi des isolés. Je crois aux êtres isolés, surtout aujourd’hui. Et il y en a beaucoup. Parfois ils disparaissent, parfois ils donnent. C’est eux qui donnent. Qui donnent. Pas les politiques, ils donnent rien « .

Et il nous rappelle là une nouvelle fois par-delà des points d’arrêt qu’il décrit abondamment, que la beauté se cache dans des détails simples; si on daigne les observer – précisons: du latin dignari (« juger digne »). En regardant la chose comme digne de soi ou comme n’étant pas indigne.

L’indomptable vagabondage en question est la quête existentielle d’une jeune bourlingueuse native des Balkans, passée par Détroit (US) et la Sibérie, qui, à la façon d’un petit animal sauvage, capte dans ces paysages, villages, routes et bois, des forces de vie. D’où une traversée en solitaire, poussée par une puissance qui lui échappe. Cette quête questionnée, cette ouverture, ce langage, voilà ce qui constitue mon échappatoire de confiné vivant sous couvre-feu et sur fond d’annonces de reprises de contamination.

Cheminer au fil des pages pour se sauver de ce climat de distanciation/dévastation sociale. Pour se rappeler d’une presque « époque où, tous les jours, presque tout le monde embrassait tout le monde et où les embrassades faisaient partie de l’automatisme rituel ». Pour se rassurer un certain temps à l’écart des opinions de la société – le Conseil d’État vient de confirmer que « la police et la gendarmerie pourront ficher les opinions politiques, appartenances syndicales et données de santé au nom de la sûreté de l’État » !

Mais pile Page 200 ! à la moitié du livre, la lecture du paragraphe qui suit, me plonge dans un doute et me ramène à un questionnement inquiétant sur toutes nos tentatives perso d’échappatoires à l’origine et au dénouement incertains.

« De nouveau ce « Il est temps »; « maintenant il est temps de… ». Il était temps maintenant de prendre congé de Courdimanche; de laisser derrière elle la ville nouvelle qui entourait ce qui restait du village et de partir à la campagne, dans la campagne, dans l’intérieur du pays. (…)

Que la route, à mesure qu’elle s’approchait des dernières habitations, se torde de plus en plus, c’était pour la voleuse de fruits le signe qu’elle allait d’un moment à l’autre enfin pouvoir quitter cette ville nouvelle où ne soufflait aucun vent, écrasée par la chaleur entre les maisons et les tours d’habitation. Mais au lieu de devenir rectiligne ou de mener par une large courbe vers la campagne, la route se tordait extrêmement, en spirales toujours plus serrées. Et même les embranchements qu’elle prenait pour échapper à la spirale ne tardaient pas à se tordre eux aussi en d’autres spirales, même ceux qui semblaient d’abord prometteurs, et ensuite? plus de suite ensuite, pas d’échappatoire hors de la dernière et plus étroite spirale qui, comme tous les embranchements de la spirale principale, se terminait en cul-de-sac, s’élargissait à la fin en place ronde, mais permettait-elle de partir, de poursuivre ? non, la place était verrouillée par des maisons disposées en demi-cercle, espace servant à la fois de parking et d’accès aux petites maisons, et dans la verdure en quelque sorte, sauf qu’aucun chemin et aucun sentier ne permettaient de sortir de cette verdure, sauf à remonter vers la spirale principale. La verdure des haies était si dense, si dure et si coriace, treillis impossible à trancher au couteau, rempli d’épines, que même elle, la voleuse de fruits qui s’y connaissait pourtant en franchissements d’obstacles, ne trouva pas le moindre passage par où se glisser.

Elle essaya quand même, de spirale en spirale. Qu’elle soit observée depuis les maisons ne la gênait pas. Mais finalement ses forces l’abandonnèrent. Elle s’effondra sur un bout de pelouse au milieu d’une de ces cours en cul-de-sac, devant les maisons dressées autour d’elle en demi-cercle, s’effondra en se figurant que les façades se bombaient vers elle tels les boucliers d’une armée hostile. Comme sa gaieté quotidienne pouvait soudain devenir découragement. »

Voici-là l’image de spirales qui neutralisent tout. Avec un « plus de suite ensuite, pas d’échappatoire » qui révèle toute virée inopérante. Qui m’a renvoyé comme l’éclair à mon point de départ: la catastrophe viralo-liberticide de l’An 20 telle une spirale sans fin. Ainsi au moins m’a-t-il semblé.

Mais dans le livre, Page 209 : « Elle se reprit. (…) Elle ne s’était pas levée d’un bond. Elle se voyait d’abord debout, et ensuite: « Ah, je suis debout. » Elle était en train d’avancer. Elle avançait. »

Sur ce, l’équipe de Radio Univers vous adresse ses meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2021 !

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de Peter Handke.

 

 

 


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