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Eloge de l’air. N°476.

Written by on 4 mai 2011


Lors d’un échange à table ce midi à la cantine (restaurant administratif) Gérard L. nous disait, à nos deux collègues et à moi « A voir les couches de poussière qui s’accumulent sur nos voitures, on doit en respirer une quantité. »

Il répondait alors à mes propos qui tentaient de faire le point sur ces trois semaines d’ »épaule gelée » qui m’a maintenu à la maison et dans mes jardins (lire chroniques précédentes). Avec cette épaule qui tarde à retrouver son jeu, je leur disais que ce que j’ai le plus apprécié, avec l’observation de la nature plus que vaillante d’avril, c’est d’avoir pris l’air. D’avoir ainsi pu profiter du grand air sachant qu’être dehors c’est aussi savoir que ce dehors est en soi-même. A savoir, l’air.

En étant le plus possible dehors, c’est-à-dire en habitant le plus possible Bel Air puisque c’est la dénomination de mon quartier. Voilà mon plaisir, ma revanche. Par bouffées denses pour y vivre le bonheur de respirer sainement. Considérant que j’ai passé une bonne part d’existence enfermé dans un bureau ou dans un milieu clos, il est bien temps de s’aérer. Et goûter respirer.

Il est dit que nous passons en moyenne 85% de notre temps dans des environnements clos, où l’air y est plus pollué qu’à l’extérieur. Un adulte inspire en moyenne 10 000 litres d’air par jour !

En plein air, j’ai l’impression depuis quelque temps déjà que mes poumons se déploient et que mon nez renaît. A peine risque-t-on d’en sentir le frisson. Ainsi, à mes collègues je leur avouais que je ne faisais malheureusement que de m’en apercevoir vraiment, bien que l’ayant pensé souvent. Il en serait temps!
L’air c’est matériel bien qu’invisible: « La forme de l’air est telle que, la plus égale à soi-même, on la voit invisible, et elle se manifeste dans ce qui est froid et chaud, ce qui est humide et en mouvement » (Hippolyte).

J’aime cet air, ce vent dans les arbres, sur les talus dans les grands châtaigniers et les chênes, dans les trois érables et les trois tilleuls alignés, entre le noyer qui démarre et les églantiers rouges ou bleus, parmi les vieux pommiers du grand-père et les autres arbres fruitiers que j’ai planté, entre deux brins d’herbe et les cerisiers sauvages, autour du frêne et des rosiers grimpants, de l’épicéa, du mélèze et des lilas en fleurs. Il se fraie un passage vers ma conscience. Tantôt le feuillage frémit, tantôt le linge claque. Et le parfum de la lessive se mêle aux fleurs et à nos gestes ordinaires qui coulent hors du temps quand le linge s’étend sur fil de fer entre pommier et châtaignier du champ.

Pas un grand vent mais un souffle qui donne de l’air. Tel un messager, le messager est libre. Qu’un lieu comme le mien se nomme Bel air c’est qu’il y a de bonnes raisons à cela. Bon air. Bel air. Grand air. A moi d’en tenir compte. J’ajoute que j’ai souvent eu le sentiment que je réfléchissais par le nez. Sans blague. Sentir les choses advenir ne passe-t-il pas par le nez ?

Qui peut ignorer l’importance cruciale que joue l’intuition, cette forme d’intelligence spéculative? L’ignorer c’est passer à côté de cette sagesse pratique qui nous fait choisir le bon chemin. Pour être capable de saisir le « moment opportun », ce que les Grecs nommaient kairos, la coïncidence de l’action humaine et du temps…

Pourtant du côté du flair, l’on minimise beaucoup la qualité de l’air que l’on respire. Pas seulement en terme de santé, ce qui est indéniable. Bon, en s’enrobant les bronches de pellicules de goudron l’on sait ce qu’on gagne au bout du mégot. Comme de l’inhalation des vapeurs toxiques d’échappement. Mais sans en avoir la claire conscience, je sens qu’un bon air a du bon. Je connais tant de nouveaux immeubles équipés de tout le dispositif de climatisation sophistiqué dicté par l’air du temps où j’y étouffe. Je ne connais pas la signification de l’expression « à vue de nez  » (pifomètre), mais sans trop calculer je sais que dans ces locaux climatisés, le kairos y est souvent absent.

Quand je regarde mes bêtes, chats, âne et chèvres, c’est le nez en l’air qu’ils avancent, la truffe en éveil qui flaire le vent, ainsi ils suivent à la trace, ou se re-mémorisent les personnes qui leur veulent du bien ou pas. A quatre pattes ou à deux, ne dit-on pas nous-mêmes que quand on ne sent pas quelqu’un, on l’a dans le pif ?

Le nez nous ancre dans la réalité. L’air et le nez, lorsqu’il sait fouiner. D’ailleurs l’on nomme cette qualité: avoir du nez ! Héraclite dit bien que si toutes choses devenaient fumée, nous connaîtrions par les narines…

On parle d’air vivifiant, pour l’oxygénation des cellules. L’air des montagnes ou des bords de mer. Avec parfois les gouttes du temps. Mais c’est de l’air pur à portée de soi, en tout lieu, que je revendique sans quoi le monde est inhabitable. Car respirer en plein air à plein poumon est un pur bonheur dont seuls celles et ceux qui connaissent le blocage ou la désintégration des voies aériennes en ont sans doute conscience quand l’air ne passe plus que difficilement.


Reader's opinions
  1. Françoise   On   4 mai 2011 at 19 h 43 min

    j’aurais l’air de quoi à étaler ma science et te dire que dans nos poumons, il y a environ 700 millions d’alvéoles pulmonaires et que leur surface d’échange avec notre milieu intérieur (le sang) représente la superficie d’un terrain de tennis (200m2). C’est d’ailleurs un coup à te geler l’autre épaule!

    Alors ceci:
    « les nuages
    fuient

    les mouettes planent crient
    on est loin dedans dehors mêlés
    dans un vide agité
    de l’intérieur du jardin

    un long brassage d’air
    comme si le vent passait
    entre les côtes
    Antoine Emaz. DE L’AIR. Editions Idée Bleue

  2. Patrick Leresteux   On   4 mai 2011 at 21 h 42 min

    Dis donc Daniel
    Gérard L, çà serait pasG.longuet par hasard, j’comprends que t’ais besoin d’un bouffée d’air avec ce ministre de la défense ancien d’occident musclé
    mais j’ai du mal à croire qu’il mange à la cantine
    P.Leresteux
    ancien habitant de Tréméheuc
    du petit bout du monde
    de là où je suis en Corrèze
    plein air sur le plateau tout près de la vallée de la Hte Dordogne
    aucune habitation sur les collines alentour que des oiseaux et des chevreuils à entendre

  3. M.D   On   7 mai 2011 at 14 h 24 min

    ça peut paraître tellement bête par temps normal de faire
    l’éloge de l’air. Et pourtant, quand on voit les dégâts que ça fait quand une centrale nuclaire pète…, là franchement on mesure à quel point on a tendance à oublier l’essentiel.

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