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Et nul ne l’oblige à se taire. Elle chante la terre. N°570

Written by on 6 mars 2013


Tout stopper, éteindre son émetteur, internet, s’isoler un moment, attendre sagement replier au loin ? Après 30 ans de « bons et loyaux services », Radio Univers a décidé… de continuer ! D’abord sur le terrain de notre site de diffusion de Rochefort à Tréméheuc, il a fallu s’occuper du vieux merisier de 120 ans ou plus, qui n’a pas résisté aux derniers assauts des grands vents d’ouest de janvier. Le débiter en bûches, son tronc étant creux, il était arrivé en bout de vie. Aspect après coupe: teinte merisier doré. La chouette qui y résidait parfois va se sentir perdue. Pour couvrir l’événement, l’on aurait pu capter le son du sciage à la tronçonneuse et ainsi aurait-il pu finir en bande-son diffusé en FM. Le genre d’idée géniale dont il convient de se méfier.

Le premier titre. Qui fut diffusé à cette antenne, le 28 février 83: « Le Voyage en solitaire » de Gérard Manset. Pour ceux qui ne connaissent pas: « Il voyage en solitaire. Et nul ne l’oblige à se taire. Il chante la terre. « Le premier disque 33 tours en fait tombé sous la main. Parmi la poignée amenée pour l’occasion. L’on ne pouvait diffuser que ce que l’on apportait. Vu trente ans après, on pourrait y trouver dans ce titre de Manset ainsi à peu près tout ce qui a été et en est. Choisi sans trop faire gaffe. Trop occupé alors à ajuster l’aiguille sur le sillon sans faire trembler la platine disque d’émotion.

Dans la poignée, je me souviens, de l’album de jazz de Michel Portal ¡Dejarme solo! (Qui veut dire laisse-moi seul ! en espagnol), de l’album de Jacques Higelin avec ces titres magnifiques : Champagne, Cayenne c’est fini, Tête en l’Air, Dans mon aéroplane blindé, Ah la la quelle vie qu’cette vie. Suivaient Claude Nougaro, Bernard Lavilliers, etc. En jazz encore : Miles Davis, Charlie Parker, Memphis Slim, Nina Simone, etc. Je me souviens qu’Odile d’Epiniac fut notre première auditrice à nous appeler. Et bien sûr en râlant parce qu’elle avait eu du mal à choper la station sur son transistor. Je me souviens aussi de l’émetteur qui était dans la pièce d’à-côté, pour lequel fallait pas se tromper à l’allumage. D’abord mettre en route le pilote, attendre 10 secondes puis allumer l’amplificateur. Respecter l’ordre de marche, sans quoi l’on flinguait tout. Et depuis ce jour, jamais cela n’a cessé de tourner une seule journée. Hormis les quelques semaines qui ont suivi la chute de notre pylône de diffusion cisaillé par un arbre riverain, qui s’est abattu sur les haubans lors de la grande tempête de la fin décembre 1999. Foutue nature.

Le sillon. A cette époque, écouter un titre ou un album ne se limitait pas à cliquer sur play et laisser tourner la playlist de milliers de MP3 pendant des heures, voir des jours… Mais de moments où l’on parcourait ces pochettes cartonnées pour trouver l’album à écouter. De ces pochettes, l’on en sortait délicatement un disque noir et brillant, que l’on saisissait par les bords, jamais à pleine main pour ne pas laisser les traces de doigts. Puis en utilisant une petite brosse recouverte de feutre pour ne pas le griffer, l’on dépoussiérait le disque avant de le poser sur la platine. Ou bien encore en soufflant dessus pour chasser la poussière. Pour ensuite lever son bras et poser l’aiguille sur le sillon. Bien viser. Poser délicatement. S’entendait alors un crépitement pendant quelques instants… Crépitement qui annonçait l’arrivée du son…

S’ajoutait à ça toute la partition. Puisque, dans le même temps, il fallait parler dans le micro sans émotion. Et enchaîner d’un disque à l’autre. Sans tremblement de la voix. Ni blanc (silence). Qui provenait lui de l’oubli de pousser les curseurs de la table de mixage pour que ça puisse s’écouter dans le poste. Gestes auxquels, en direct, on ne pense pas. Du premier coup. Par émotion. Et tremblement du corps. Donc, ce fut un très grand jour. Où le corps s’ébroue en tremblotant pour prendre peu à peu de la confiance et, finalement, disperser sa voix en touches tendres. Un ton à l’opposé de ce qui se fricotait en FM dans la décennie 80. Dans une ambiance de course à l’échalote. Qui dure.

Rétrospectivement il semble bien que l’on se soit tenu à cette affirmation véhémente de Manset, et peut être folle, folle assurément, sans le savoir, sans y prêter attention.

Maintenant que tout est traçable pas à pas (internet), permettez de ne pas m’étendre sur les coups durs, les coups de Trafalgar, les coups d’orage, les coups tordus, les coups de tempête, ou les coups du lapin (le dernier en date: wikipedia). Ni sur nos joies, la passion, les rencontres, etc. Ni sur les manques, ni sur l’évolution technologique, ni sur la courte description des matériels de studio ou d’émission utilisés depuis l’origine. Ni sur telle ou telle émission, ni sur tel ou tel animateur ou animatrice. Ni sur tel moment plus spectaculaire qu’un autre. Non, je ne vous raconterai pas 30 ans de radio libre en trois leçons. D’autant que dénué de toute nostalgie, piocher dans le passé me fatigue. Mais quelques petites choses, comme il se doit.

Du cousu-main. En ces débuts, nos disques se comptaient donc sans mal. Partions de peu. Bien loin du marché de la musique. Côté finance, de rien. Côté expérience, pas mieux. Pour seul bagage, un emprunt de trente mille francs. Qui était peu. Qui était lourd. Qui était tout. Peu pour naviguer longtemps. Lourd en remboursement. Tout pour croire en quelque chose.

Peu pour naviguer longtemps. Avec pour tout outils (payés par l’emprunt et venant d’Italie): pour la haute fréquence (HF), un pilote de 10 watts, un amplificateur de 200 watts, deux dipôles pour antennes et un tube de plomberie fixé à la cheminée pour mât, installé par nos soins. Pour la basse fréquence (BF), deux platines disques bas de gamme, une petite table de mixage qui marche toujours, un lecteur cassettes et quatre bons micros « Beyer » encore en service. Rares furent les animateurs suffisamment motivés pour tenir trente ans. Et pourtant il en reste. Qui gardent leur jeunesse intacte. J’en sais quelque chose.

Lourd en remboursement. En ville, tout aurait été plus facile. Beaucoup plus facile. Bon, parce que nous vivions à la campagne, la radio s’est faite à Cuguen. Et vice-versa. A la campagne « de par là » c’est pas compliqué: pas de soutien ni appui d’aucune sorte. Sous le regard bienveillant de personne. Mais la radio disposait d’un atout solide : l’esprit têtu ! Bref, du solide.

Tout pour croire en quelque chose. Sommes restés fidèles à l’esprit des origines. Alors voir comment après ce long, long chemin, les moyens technologiques de diffusion se sont incroyablement étoffés en nous permettant d’élargir le spectre sonore et l’écoute, nous enchante. Et grâce à internet qui fête aussi ses trente ans, désormais voici une « live radio station in France and all over the world » dans la campagne haute-bretonne « de par là ». Situation nouvelle qui pousse vers l’ici et l’ailleurs.

C’est vers l’ici et l’ailleurs que nos regards d’ailleurs se sont toujours portés. Du coup, pas à s’étonner qu’on disperse des sons venant d’ailleurs. Un peu comme une belle carte postale sonore dont on peut faire usage 24h/24. Qui reste en éveil sur le monde. Et c’est très difficile.

Car, pour ce truc radiophonique, bien que pris par l’aiguille sur le sillon, ou par la bande Revox qui s’entortille ou cède, ou le disque dur en surchauffe – témoignage de plusieurs époques technologiques qui changent vite, virent, tournent-, nous revendiquons l’égalité. Pas la singularité, pas la différence (gallo). Pas l’entre-deux chaises. L’Egalité. A pas chère. faut ce qui faut. Celle-ci signifiant de proposer pour tous de la musique classique, la « grande » musique. Ou d’ouvrir pour tous le monde des idées qui dévoile les enjeux du temps, l’idéologie en place, les institutions, etc, à un public qui n’aura pas ou peu la chance de se déplacer pour écouter tel ou tel conférencier reconnu. Ou de rendre accessible pour tous des genres musicaux comme le jazz et des musiques d’ailleurs. Le tout mêlé aux résultats sportifs des petits clubs d’amateurs non-payés (particularité qui tend à disparaître). Voilà oui, la couleur revendiquée de la station : libre, populaire et conviviale. Un espace de liberté à préserver. Comme ces vieux chênes de la Liberté. Où l’ombre est poétiquement porté.

Le CD. Il est arrivé. Mignon comme tout ! Ainsi pour marquer le coup de ces trente ans d’émission, nous avons déserté un peu la bande FM. Sommes passés à l’édition. Question de respiration, on peut dire. Pour un CD édité selon une co-production Maison de la poésie de Rennes/Radio Univers. C’est un CD des différentes lectures des poètes intervenus dans le cadre des Polyphonies de mars- édition 2012. Radio Univers ayant eu en charge leur enregistrement. Et la Maison de la poésie le reste, soit tout. Eh bien, sommes particulièrement fiers de ce travail commun. En ce qui nous concerne du moins. Ce sont des extraits des lectures. La taille d’un CD ne suffisait pas. Alors l’on y invite à écouter aussi la suite. Accessible sur le site de la Maison de la Poésie de Rennes, rayon sonothèque. Et sur le nôtre en rayon podcasts. L’ensemble est à agrémenter évidemment des interviews de grands poètes Bernard Noël et Abdellatif Laabi.

Pourquoi enregistrer la poésie ? Pour mieux la faire circuler. Simple comme choux. Parce qu’elle présente une grande qualité. Pas des moindres. La poésie nous transporte au-delà du discours officiel, discours du Maître. « Je crois qu’en ce moment, pariait Jean-Paul Dollé, la seule chose importante à faire, c’est un immense mouvement philosophique de masse, un immense mouvement poétique de masse. » Dollé en 1976. Point de vue qui vient d’un peu de loin je l’accorde. Cependant, qui n’a jamais semblé aussi juste. Selon lui, seule la poésie est capable d’embrasser la totalité de l’univers dans un hymne lyrique. D’ici à y voir la seule solution pour un réenchantement du monde, paraît justifier pareille initiative co-produite. Bien compréhensible.

Car… Car la poésie malgré le langage, est en effet tout sauf abstraite. Suffit d’écouter Bernard Noël pour s’en convaincre. Quand il invite chacun à résister à la colonisation mentale du « temps de cerveau disponible » vendu à Coca-Cola comme l’avait avoué l’ancien patron de TF1 Patrick Le Lay.

Pour l’heure ce CD se présente déjà comme une belle invitation à ces Polyphonies de Mars -Edition 2013. Que nous enregistrerons. Pour de nouveaux voyages…

D.D


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