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Günther Anders, « Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse? » N°906

Written by on 18 septembre 2019


J’en étais à entreprendre une habituelle recension, cette fois du petit ouvrage « Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse ? « , paru l’an dernier, qui reproduit un entretien du philosophe allemand Günther Anders. Mais à la fin des fins, du strict point de vue d’une honteuse résonance avec de fertiles paroles tenues, ces temps derniers, par la ploutocratie (du grec ploutos : dieu de la richesse et kratos : pouvoir) afin d’être massivement entendues, j’ai considéré – mais sans désespoir aucun, quoique…-, comme digne de figurer cette partie extraite des deux premières pages du livre en question. Y a-t-il lieu de s’en étonner ?

« L’un des principes de la politique du Führer national-socialiste était de faire disparaître toute trace de conscience de classe. Ils y sont arrivés, avec un succès effrayant, parce qu’aux millions de malheureux, victimes du « système », prolétaires au chômage et petits-bourgeois prolétarisés, ils ont offert un groupe d’hommes par rapport auxquels ils – je veux dire les prolétaires – pouvaient, non, devaient se sentir supérieurs, un groupe que, pour se défouler de la haine accumulée, ils pouvaient, non: devaient détester, un groupe qu’à leur tour, ils pouvaient, non: devaient traiter comme des victimes. Dans la langue de la politique, « pouvoir » signifie toujours « devoir » ou « être obligé de ». Dans mon livre Die molussische Katakombe (La Catacombe de Mollussie), le principe de la dictature s’énonce ainsi: « si tu veux un esclave fidèle, offre lui un sous-esclave! » Plus encore: du fait que l’on accordait aux malheureux l’étiquette d' »aryens » refusée aux Juifs, ils s’en trouvaient carrément anoblis. Comme leur prétendue appartenance à la « race des seigneurs » leur donnait l’air d’être des seigneurs, ils oubliaient qu’ils n’étaient toujours que des esclaves. Pour leur procurer le sentiment d’être nobles, on avait besoin d’un repoussoir, de sous-hommes, c’est-à-dire de nous. Si nous n’avions pas existé, Hitler nous aurait inventés. C’est pourquoi son anti-sémitisme n’était pas un attribut du national-socialisme parmi d’autres, mais le moyen de gagner le combat contre la conscience de classe et la lutte des classes. C’est devant cette instrumentalisation qui a finalement culminé dans la liquidation que nous autres Juifs avons dû fuir. Voilà pourquoi nous avons tous été des réfugiés politiques. »

Günther Anders – « Et si je suis désespérée que voulez-vous que j’y fasse? »

Extrait tiré d’un entretien réalisé en 1977, avec Günther Anders qui fut le premier mari de la philosophe Hannah Arendt, l’ami de Bertolt Brecht, de Walter Benjamin, de Theodor Adorno. Pas moins. Ce philosophe qui récusait le terme de philosophe, se voulait « semeur de panique ». D’une pensée toujours impérativement proche de la réalité du temps, il a gagné sa vie, aux Etats-Unis, puis en Autriche, comme écrivain et journaliste. Il a milité activement contre l’industrie nucléaire, et la guerre du Vietnam. Et fut membre du jury du tribunal Russell sur les crimes contre l’humanité.

D.D


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