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La Breizh-Rivera ! N°506

Écrit par sur 29 novembre 2011

Salle du Ponant à Pacé, le 28 novembre, colloque régional « pour une gestion économe du foncier en Bretagne ». A l’invitation du Préfet de Région et du Président du Conseil Régional de Bretagne. Salle comble. Des élus communaux en quasi-totalité. Jean-Yves Le Drian : « La question du foncier est une question fondamentale sur le long terme. C’est la question qui domine toutes les autres. Si on ne réussit pas à accorder économie résidentielle et économie productive, si on  laisse faire les choses ce sera la Breizh-Rivera ! Ce choix, certains peuvent l’avoir. Ça ne sera pas le nôtre ! Si nous ne prenons pas l’option d’avoir une culture de la sobriété foncière, on aura perdu sur tous les tableaux. »

D’où ce colloque réunissant tous les acteurs intervenant en matière de planification, d’aménagement et de foncier, avec comme ambition une réflexion collective sur ce sujet. Mais celle-ci s’est contentée paisiblement d’un énoncé « d’outils » d’urbanisme réglementaire connus : SCOT, PLU, etc. Lors de ce colloque une intervenante (directrice d’études) posa le problème de la traçabilité des arbitrages politiques. C’est-à-dire du qui décide quoi? La confusion semble totale.

Bref, rien de neuf. Ah ! si. Une plate-forme internet nommée  « GéoBretagne ». Voilà l’avancée …virtuelle. Point final. Et bientôt à l’issue des prochaines échéances municipales, cette petite armée de gestionnaires du territoire fera place à une autre qui lui ressemblera. Y compris avec la sensation répandue que ça ne peut plus continuer « comme ça ».

Quant à l’essentiel, pas un mot. Surtout pas un mot ? Pas un mot quant aux effets de la décentralisation quasi-totale des pouvoirs d’urbanisme et d’aménagement de l’Etat vers les élus locaux qui se retrouvent bien seuls face à la pression foncière. Mais au préalable ne sont-ils pas eux-mêmes les représentants les plus habiles de mise à prix du territoire communal ? Dans leur majorité sans doute, sans quoi, l’on sait, ça ne plaît pas localement de refuser telle ou telle opération lucrative à un concitoyen influant cherchant à faire passer son terrain agricole en terrain constructible. Quelle est l’évolution depuis dix ans de disparition des services de l’Etat ? Pas dit. Sans aucun contrôle véritable de qui que ce soit sur les actes délivrés par les maires, l’on sait, ça délivre à la pelle des permis de construire en secteur agricole non-bâti, ou en zone inondable (ex: La Faute-sur-mer en Vendée). Arrangements. Petits ou gros. Sans aucun égard pour les conséquences écologiques, humaines, sociales etc.

La logique de base restant celle-ci : la valeur du terrain à bâtir dépend beaucoup de ses dessertes, donc de la collectivité. Sans quoi ce n’est pas grand chose. Est-ce suffisamment clair? Oui, les élus municipaux sont archi-partie prenante dans la gestion non-économe du foncier.

Pas un mot pour dire combien la démocratie se trouve vidée de toute substance face à la privatisation rampante du bien public. Quant à savoir combien de ces élus posent des limites sévères à la finance, défendent le travail salarié et fassent revenir le plein-emploi dans leur commune ? Pas un mot.

Pas un mot quant aux effets du crédit à taux réduit façon subprime* « système à haut risque des subprimes, habilement déguisé, pouvait permettre à ces populations pauvres d’accéder à la propriété » Comme le disait Jean-Paul Dollé qui dans « L’inhabitable capital (2010) » écrivait aussi ceci : « Le capitalisme, structurellement, produit l’inhabitable. Ce que révèle la crise des subprimes, c’est l’impossibilité pour le capitalisme de ménager pour les hommes le lieu de l’habiter. Fondé, au temps de l’accumulation primitive du capital, sur l’expropriation des paysans qui ménagent les sites et dessinent le paysage, le capitalisme, par et dans son développement même, exproprie la terre entière des lieux de l’habiter. À son terme, la logique de la globalisation – l’extension à la terre entière du marché de la marchandise qui se substitue au monde où les hommes séjournent auprès des choses – exproprie l’habitation même. Le capitalisme, arrivé à son stade présent de financiarisation généralisée, ne se contente pas d’exploiter le prolétariat mondial par l’extension de la plus-value, d’opprimer et de mettre en servitude des millions de nouveaux esclaves de la mondialisation, il s’attaque maintenant à l’existence même de l’humanité privée désormais de l’habitation, c’est-à-dire confrontée à la disparition du monde en proie à l’im-monde. » A écouter ici.

Pas un mot quant aux effets de la spéculation depuis que le logement est devenu une marchandise comme une autre dont la seule raison d’être est de produire de la plus-value. Les banques, les assurances et les fonds de placement n’investissent pas dans la production réelle, mais jettent presque tout l’argent disponible dans la spéculation, laquelle n’enrichit que les spéculateurs, tandis qu’elle détruit des emplois et crée la misère. Ecouter Anselm Jappe ici.

Pas un mot sur les effets des « non-lieux », c’est-à-dire ces aménagements de surfaces commerciales autour des ronds-points et bretelles de 4 voies, qui font crever les bourgs mais aussi les terres agricoles. Voies rapides, échangeurs, aéroports, chaînes hôtelières aux chambres interchangeables, grandes surfaces ou stations-service, camps de transit des réfugiés… tous ces « non-lieux » surpeuplés où se croisent en silence et s’ignorent des milliers d’individus, forment des parenthèses anonymes et sans jeu social. Ils constituent, selon Marc Augé, les espaces caractéristiques de ce qu’il nomme la « surmodernité ». A l’écouter ici.

Pas un mot pour dire combien sont corrélées cette gestion problématique du foncier en bordure du littoral et la surenchère des prix de l’immobilier dans les grandes villes. Pas un mot pour dire l’inaccessibilité généralisée des possibilités de se loger pour un nombre de plus en plus grand de familles et de travailleurs salariés. Pas un mot pour dire combien s’accentuent la précarisation et ce qu’entraînent des secteurs entiers de la vie sociale abandonnés à l’art de survivre au jour le jour. Anselm Jappe parle à ce propos de « la domination impersonnelle qu’exercent la marchandise et l’argent, le travail et la valeur sur la société toute entière. »

De la même manière, il est vrai que la publicité nous encourage à consommer toujours plus, et à tout prix, alors bravo ! pour la création de la Marque Bretagne. Dont l’impact sur le foncier résidentiel ne doit pas être négligeable. Reste à mettre en place des indicateurs pour en évaluer les effets colatéraux.

Pas un mot pour se justifier, en tant qu’élus communaux, d’avoir systématiquement comme objectif le « développement de la commune » plutôt que celui de produire pour elle-même et par elle-même les biens d’utilité de tous, à des besoins authentiques, non aux besoins préfabriqués par la propagande consumériste. Pourquoi satisfaire aux injonctions des investisseurs privés, ce qui grèvera les possibilités d’agir (extension de voirie, de réseau électrique et téléphonique -de nos jours avec l’équipement haut-débit-, eau potable voire assainissement, ramassage des ordures ménagères, distribution du courrier, ramassage scolaire, tout ça à un coût non-répercuté sur le prix de vente du m2 en habitat diffus, donc payé par la collectivité) plutôt que dans une reprise en main des outils de production et de distribution d’eau (voir chronique précédente), par exemple? Ou bien de prendre le temps à rebattre les cartes dans le cas de prêts toxiques.

Bon, pas un mot. Pas le lieu, pas le moment? Bon un mot quand même à propos de l’effilochage des bourgs anciens désertés (« il y a aussi l’aspect culturel, c’est le désamour envers les centre-bourgs » (Daniel Cueff, président de l’Etablissement Public Foncier)! Hum…

Bref, cette question sensible du foncier en Bretagne abordée par les petits représentants d’une démocratie écroulée, eh oui !, avec les conséquences à terme que cette région devienne « une réserve d’indiens*», n’est-elle pas que le symptôme d’une crise bien plus profonde, d’une crise de toute la société capitaliste qui chaque jour encore procure des profits notables à certains, et cause des ravages sociaux énormes? Et formate tout ce qu’elle touche, élus locaux compris. Pas un mot là-dessus non plus, mais pourquoi donc ? Mais pourquoi donc ? La politique (pas la gestion) a-t-elle été totalement liquidée à ce point?

Voilà, c’était la chronique de l’intérêt général (notion désuète?), ou comment s’en débarrasser.

D.D

*« une réserve d’indiens » (le président de la chambre de commerce et d’industrie de la région Bretagne). Après la conquête de l’Ouest…le processus de déplacement hors de leur territoire a acculé les Indiens à la déchéance historique. Ils sont « en réserve », dans les réserves. Déjà, se ressentent quelques similitudes? Pas un mot.
*« subprime »: crise pas résolue (écouter ce formidable moment de radio avec Paul Jorion)


Les opinions du lecteur
  1. françoise   Sur   1 décembre 2011 à 9 h 31 min

    Comme l’atlas Mnémosyne de Warburg, cette chronique comme un « regard embrassant faisant lever de nouvelles connexions ou affinités entre certains faits perçus… » « Didi-Huberman)
    J’ai suivi le lien « intérêt général »…
    « L’intérêt général, ou intérêt public, est une notion qui désigne la finalité des actions ou des institutions qui intéressent l’ensemble d’une population » Wikipédia
    Dac. Mais si je peux me permettre je voudrais pointer sur une erreur fréquente de traduction :
    Wikipédia : « Pour les doctrines politiques utilitaristes et dans les constitutions des pays anglo-saxons, l’intérêt public est désigné comme bien commun (common wealth) … »
    Sauf que wealth veut dire fortune ! J’y vois une nuance historique importante! Suffit de voir quelle a été l’action politique des pays du Common Wealth…

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