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« Le management, une modernité nazie. » N°922

Written by on 8 janvier 2020


Les symboles d’aujourd’hui permettent les réalités de demain. Dans la gestion de nos sociétés modernes, le management en était un. Jusqu’ici, nous définissions volontiers ce symbole-là comme toile de fond au mythe des grandes sociétés performantes. Puis en moins flatteur, aux dégâts causés par le « management stratégique », ou « management par le stress ».

Bref, à ce système froidement réfléchi et fort efficace – avec en vrac : fiches de poste, mission de chacun, objectifs à atteindre, critères d’évaluation, etc.- où le chef, lui, n’a qu’à contrôler et évaluer. La grâce du dispositif étant de pousser les salariés « récalcitrants au changement » vers la sortie, quitte à les détruire psychologiquement, du stress à la dépression, du burn out aux comportements d’addictions…

A l’emploi de ce mot d’ordre et à ses effets, ne détournez pas le regard, ne vous y habituez pas. Nos mots et nos gestes, ou leur absence, compteront désormais énormément. Car sous ce « management de la performance » se cachent les swastikas et autres signes de haine.

C’est ce que viennent de mettre en lumière les travaux de recherche de l’historien Johann Chapoutot, professeur à la Sorbonne spécialiste du nazisme, auteur d’un livre « Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui.« .

Pour reprendre l’idée de Jean-Paul Galibert, cet ouvrage met « quelque chose de neuf dans le mot ». Comme sur  » l’étrange modernité des théories managériales ».

Ainsi, explique l’auteur, « Devant certains documents de la période nazie que j’abordais en quasi-paléontologue, j’ai éprouvé une perplexité. Au delà de leur radicale étrangeté, ces textes présentaient des effets de familiarité, de proximité voire de contemporanéité. Des directeurs de service, des secrétaires d’Etat, des responsables d’administration, des militaires, des policiers et des civils allemands de l’époque employaient les mots « agilité », « flexibilité », « initiative », « souplesse ». L’écho avec les mots d’ordre du management moderne m’a interrogé. En approfondissant la question, j’ai vu mon impression se confirmer: le nazisme a été un grand moment managérial et une matrice du management moderne ». (Libération, le 6 janvier).

Après 1945, des dignitaires nazis furent assez bien élevés pour ne plus parler d’extermination des Juifs, de colonisation de l’Est et d’asservissement massif des Slaves, mais ils ne changèrent pas une virgule à leur conception de l’État, des agences et du travail. Pendant que le général SS Werner Best collectionnait les jetons de conseils d’administration et travaillait, comme avocat, à blanchir ses anciens Kameraden lorsqu’ils étaient inquiétés par la Justice, le général SS Reinhard Höhn fondait, à la demande d’une puissante organisation patronale, la première, la plus grande et la plus prestigieuse école de commerce de la RFA. »

Johann Chapoutot – « Le management, une modernité nazie », texte publié par la revue en ligne AOC.

« Le management, une modernité nazie. » En général ce n’est pas comme ça qu’on nous présente la chose dans la communauté de la finance. Soit dit en passant, le parallèle entre l’Allemagne nazi et le néo libéralisme est troublant… Pas sûr que ça demeure une sorte de bonus à l’image de marque !

La réflexion sur le management nazi et sa prodigieuse postérité est donc vertigineuse à plus d’un titre. Elle nous conduit à nous interroger sur les continuités (idéelles et personnelles) d’une élite largement demeurée en place, à l’Ouest, après 1945, comme à questionner l’organisation de notre propre monde du travail.
Elle permet également de revisiter le nazisme qui, bien loin d’être un OVNI historique et culturel, fut un phénomène bien enraciné dans l’histoire de notre occident capitaliste, productiviste et dominateur, social-darwiniste et « maximisateur ».

Johann Chapoutot – « Le management, une modernité nazie », texte publié par la revue en ligne AOC.

L’enjeu de ce qui a cours se mesure en inévitable souffrance…

« Quand on transforme les êtres en chiffres, on passe de la pensée au calcul pur et simple (…) La souffrance des gens est ignorée ».

Johann Chapoutot – entretien au JDD.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour du management, avec Vincent De Galejac, et Roland Gori.


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