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« Les somnambules surpris par la panique virale. » N°937

Written by on 22 avril 2020


Le confinement derrière porte et fenêtre, écrivions-nous ici, sans possibilité d’outrepasser sa situation humanistique, ça donne quoi ?

La pandémie du coronavirus n’était donc pas que passagère. Son originalité est d’être un virus à nul autre pareil. Puisque tous les organes touchés. Tous les organes humains mais pas seulement. Ce Covid19 s’est répandu à une vitesse impensable – voir ici.

Confirmation qui ne laisse pas planer de doute sur la participation du développement des communications de ces trente dernières années (circulation terrestre des marchandises, déplacements aériens, transports maritimes, etc.) à la vitesse de propagation du virus.

Eh bien, ça donne l’impression que l’impact imprévisible et planétaire nous laisse collectivement en rade. Moment propice pour l’abandon de la vérité comme valeur, pour préférer mettre de côté les preuves au profit d’une émotion ou d’un intérêt, autant de choux gras au retour de l’irrationalisme, cet autre virus dévastateur qui ne sait faire en réalité que la promotion du « baratin », du « bullshit », du « repli identitaire » dont l’aboutissement risque d’être le règne du cynisme, le culte du pouvoir et la domination brute des puissants.

Moment qui risque d’être ravageur si, au même titre que les raisons sanitaires de confinement, ce moment à soi, chez soi, n’est pas une arme contre la fabrique de l’ignorance, contre tout ce qui contribue à une délégation de notre pouvoir de juger, peu propice à la libération collective.

Oser penser…

Pour le dire autrement, c’est une période d’effondrement et de profonds changements dans nos pratiques sociales ainsi que dans les catégories avec lesquelles nous pensons à nous-mêmes et au monde qui nous entoure. Il ne peut y avoir de jugement éclairé sans connaissance.

Philosophe politique de premier plan sur la scène européenne contemporaine, Yves Citton avec Jacopo Rasmi, a publié peu avant la pandémie un essai prophétique Génération Collapsonautes. Naviguer par temps d’effondrement – extraits à lire ici. Le journal italien Il Manifesto basé à Rome, s’est récemment entretenu avec lui sur notre « temps de l’effondrement ». En voici ci-dessous la traduction.

D.D

Il Manifesto: La leçon la plus évidente que nous pouvons tirer de ce virus est que tout système productif est en fait basé sur la santé de ses citoyens. Lorsque la préservation de la dimension physique nue de l’individu n’est plus assurée, nous sommes confrontés à l’effondrement progressif de toutes ces pratiques économiques sur lesquelles repose la « gouvernance » moderne…

Yves Citton: En ce qui concerne la catastrophe actuelle, nous devons distinguer trois horizons temporels, chacun avec des problèmes et des défis différents. L’urgence sanitaire est l’occasion de mettre en lumière un deuxième horizon, d’une portée plus large : le déclin du néolibéralisme. La catastrophe du virus pourrait représenter une véritable révolution capable de (re)mettre au centre de nos perspectives un service de soins et de protection de proximité accessible à tous. Mais même si nous parvenons à nous débarrasser une fois pour toutes du délire néolibéral, ce qui semble désormais (relativement) possible, cette révolution provoquée par la pandémie serait un échec si elle devait simplement déboucher sur un pur « retour à la normale ». En fait, nous devons tenir compte d’un troisième horizon, plus large : la relation extractiviste que nous avons établie avec l’environnement qui nous entoure.
La pandémie actuelle est le résultat évident des traitements aberrants et écologiquement désastreux que nous infligeons aux animaux et autres êtres vivants depuis plus de deux siècles. Ceci est valable à la fois pour la Chine avec ses marchés du genre Wuhan, mais aussi et surtout pour l’industrie agroalimentaire capitaliste et sa logique d’exploitation des écozones, avec des exploitations monospécifiques extrêmement vulnérables aux virus. L’effondrement de la biodiversité est la véritable maladie dont Covid-19 n’est qu’un symptôme. Notre véritable ennemi intérieur est le productivisme et ceux qui pensent à sortir de cette crise simplement en termes de pouvoir d’achat, de consommation, de chômage et d’emploi, sont plus dangereux et nuisibles que n’importe quel coronavirus…

IM: Le virus a déclenché non seulement une crise économique, mais aussi une crise culturelle, nous jetant dans un monde qui est soudainement devenu étranger en quelques semaines.

Je définirais ce moment historique qui est le nôtre comme l’ère de la panique virale, même si, en gros, nos réactions sont tout à fait inscriptibles dans un périmètre de rationalité. La véritable attaque de panique définitive, qui fera s’écrouler notre système économique – le système bancaire – n’est pas (encore) arrivée. Nous sommes cependant entrés, sans même nous en rendre compte, dans un état d’hallucination ou de somnambulisme collectif perturbant. Les dommages causés à l’économie capitaliste seront énormes, et ce sont nos propres gouvernements qui se les sont infligés : premièrement, à cause du manque évident de précautions contre une pandémie annoncée ; deuxièmement, à cause du caractère inadmissible d’un discours qui placerait ouvertement le profit au-dessus de la protection de la vie humaine.

IM: Du point de vue de l’analyse biopolitique, peut-on supposer que les institutions démocratiques pourraient d’une manière ou d’une autre être fragilisées par la montée de nouvelles pratiques répressives justifiées par le caractère exceptionnel de la pandémie ?

Après la pandémie, après un premier moment euphorique de générosité impulsive, il y aura probablement une tendance de la part des différents gouvernements à surveiller la population de plus près. La chute libre de l’économie mondiale – avec trois milliards de chômeurs – servira de prétexte à une double austérité, une concurrence exacerbée, une xénophobie décuplée. Plutôt qu’un effondrement soudain, il est raisonnable de supposer un appauvrissement progressif qui exercera une pression bien plus forte sur les personnes en bas de l’échelle que sur celles en haut. Il faut cependant dire que dans un cadre de panique, les hypothèses raisonnables ne s’avèrent pas toujours correctes, la panique virale est quelque chose d’assez incontrôlable et il n’est pas forcément vrai que nous ne voyons pas l’accélération d’un certain nombre de changements déjà en cours dans le sens d’une nouvelle lutte contre les inégalités, d’une nouvelle solidarité et d’une nouvelle sobriété.

IM: Dans ce contexte de crise culturelle, les nouveaux médias connaissent une croissance exponentielle dans le sens d’une boulimie communicative de plus en plus forte. Si avant le consommateur occidental sortait de la maison pour acheter des centaines d’objets, maintenant il reste à la maison pour lancer dans l’éther (et recevoir) des centaines de messages, vidéos, images…

La panique virale dont je parle est exactement au point de coïncidence entre trois niveaux de viralité : la viralité biologique du morceau de code génétique qui s’infiltre dans une cellule, la viralité informatique des logiciels malveillants qui font planter un système, et la viralité médiatique qui permet la diffusion d’images, de vidéos, de discours, de tweets.
La panique que traverse notre système actuel repose sur le fait que la viralité est à la fois la pire des particularités (quand un virus détruit nos poumons, quand un malware paralyse notre ordinateur) et la meilleure (quand un de nos billets, une de nos vidéos, une de nos chansons est répandu). Covid-19 est un virus (biologique) qui fait planter nos systèmes informatiques, dénonçant l’entrée dans le capitalisme viral. Pour expliquer ce que je veux dire, il faut penser à la continuité d’une industrie agroalimentaire dont la politique de monocultures et de manipulations génétiques (végétales et animales) nous expose à des contagions plus virulentes que jamais, qui est liée à une gouvernance sécuritaire qui a le pouvoir de nous traquer comme si nous étions de véritables virus (ennemis en état de guerre permanent, proies dans les différentes logiques de la concurrence consumériste).
Et le dernier lien est avec le réseau médiatique capable de diffuser des contenus émotionnels avec une amplitude et une vitesse jamais vues auparavant sur la vague des contagions incontrôlables. Notre défi historique, en ce printemps 2020, sera d’investir dans cette viralité médiatique pour renverser un capitalisme qui a atteint un état de panique virale.

A ré-écouter à cette occasion les entretiens ici & qu’il nous avait accordé.

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de la médiarchie.


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