14902685_1306841809349160_2391750227057518907_oFace à la crise du logement, à l’individualisation de notre société, et à la survie précaire à durée indéterminée – appliquée sur ordonnances-, des alternatives prennent corps. Où l’on (ré)invente joyeusement la manière de vivre ensemble. Où l’on partage beaucoup – travaux, réflexions, espaces communs à rénover. Où l’on conçoit son habitat, où l’on mutualise des espaces, où l’on échange des services, en étant son propre promoteur pour contrôler la conception et les prix… Où l’on partage l’odeur du bois, fraîchement scié, où l’on adopte le pas lourd des oeuvriers.

Parmi celles-ci le concept de l’habitat participatif qui monte en puissance en constituant pour des ménages de classe moyenne une réponse pragmatique face aux difficultés croissantes d’accès au logement. Une tendance qui cartonne en Norvège, en particulier à Oslo où l’habitat participatif concerne 40% du parc immobilier. Mais c’est à Tübingen, en Allemagne, que le système bat des records et atteint 80% des logements neufs.

Contexte. Urbaniste parce que philosophe du « Vivre Ensemble » Jean-Paul Dollé, dans son livre « L’inhabitable capital, Crise mondiale et expropriation », y formulait l’hypothèse hautement probable : « Nulle part mieux que dans l’˝immobilier˝ ne se montre cette transmutation métaphysique qui transforme la chose en ˝produit˝. En effet, pour que l’immobilier devienne une activité hautement rentable, il faut qu’au préalable se modifie radicalement la conception que les mortels se font de l’essence de l’espace et changent en conséquence leur manière d’habiter sur terre et de construire leur habitat. »

L’anthropologue, architecte et poète, Jean-Paul Loubes livre un pareil constat dans « Traité d’architecture sauvage, Manifeste pour une architecture située » : « La réduction de l’habitat à un produit financier est le couronnement d’un saccage, voire d’un anéantissement dans les esprits de ce qu’est véritablement l’habiter dans la plénitude de ses dimensions ontologique et anthropologique. »

Et l’écrivain, poète, philosophe, Jean-Christophe Bailly dans » La phrase urbaine » précise ce qu’habiter veut dire : « Habiter, ce n’est pas seulement pouvoir être chez soi à l’intérieur de quelques murs, c’est pouvoir projeter hors des murs, entre eux, dans leur jeu labyrinthique, un procès d’identification et de partage. La maison n’est pas seulement le repli (elle peut et doit le rester), elle est aussi l’unité de base, l’unité commune du dépliement : l’homme ainsi replié-déplié, ainsi ouvert, n’est peut-être ni l’animal politique d’Aristote ni l’homme habitant poétiquement la terre de Holderlin, ni leur conjonction, il n’est peut-être même pas le citoyen, mais il en contient la possibilité, le germe, il a devant lui un champ qui s’ouvre. »

Capture d’écran 2017-07-18 à 21.37.15Face à ce sombre constat, bien réel, et à ses aveuglantes évidences que décrivent Dollé et Loubes, et le « replié-déplié » de Bailly, l’habitat participatif tente de se présenter aujourd’hui comme à la fois une possible alternative aux « produits » (l’habitat-produit de placement, objet de spéculation) et l’ouverture possible, « le germe » dont parle Bailly.

Depuis 2014, cette forme d’habitat bénéficie d’un nouveau cadre juridique : la loi ALUR (accès au logement et un urbanisme rénové) y consacre un article (art. 22) qui l’officialise et lui donne les outils pour se développer.

Reportage. Qu’est-ce que l’habitat participatif ? Quels enjeux ? Quelles méthodes utiliser ? Quelles expériences ont déjà été tentées ? Pour y répondre, Diane est allée à la rencontre de projets et de leurs initiateurs situés en Ille-et-Vilaine – comme ici en photos, à Dol-de-Bretagne. Rennes étant la ville de France qui compte le plus de promoteurs participatifs.

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D.D

A l’occasion de « l’anniversaire » de la crise des Subprimes qui constitue le point de départ de son livre, Jean-Paul Dollé est à ré-écouter ici. Et Jean-Christophe Bailly à ré-écouter .