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L’œil de l’Oubli. N°489

Écrit par sur 3 août 2011

Une petite virée au festival des jardins de Chaumont-sur-Loire. Entre Blois et Tours. Des bords de Loire j’y prends goût. Ah! comme il doit être bon d’habiter ses berges. Calme, douceur de vivre, belles villes et beaux jardins. Thème du festival de cet été: « Jardins d’avenir ou l’art de la biodiversité heureuse »

« Art, création et bonheur » mêlés c’est l’objectif des organisateurs de cette capitale artistique du jardin. Et pour jouir d’une « biodiversité heureuse » à l’avenir, il faut dès aujourd’hui « manier la nature avec précaution ». La biodiversité? « Au cours des cinquante dernières années, le monde naturel a considérablement reculé. Des espèces s’éteignent, et avec elles les caractéristiques biologiques, chimiques, structurales qu’elles portaient ». Bien sûr la visite du festival est censée nous la montrer sous toutes ses coutures par le biais d’installations tant pédagogiques qu’artistiques. Pas de doute, un mot d’ordre scande le parcours: soyons tous des éco-responsables.

Ok! mais je reste néanmoins sur ma faim. Car d’abord, qu’entend-on par biodiversité? Et par se biodiversifier? Si ce festival reste un véritable manifeste en faveur des jardins, son rayonnement culturel l’atteste, cette exposition sur la « biodiversité heureuse » à l’heure de Fukushima et du reste (voir chronique « l’humanisme est-il recyclable » -une si belle époque!-m’apparaît bien plate. Comme un peu datée. Et globalement, peu inventive. Pas d’utopie.

Oublierait-on le caractère apparemment luxuriant de la nature aujourd’hui à Tchernobyl? Et les mutations génétiques diverses? Et le reste à l’heure des nanoparticules, par exemple. Et des chantiers où l’on désosse les paquebots amiantés, et des déchets exportés en Afrique, etc. Oui, mais c’est un festival des jardins dans lequel se montrerait la « biodiversité heureuse » à portée de tous. Ah! bon! dans ce cas…

Je m’explique: en aucune manière l’homme n’y est intégré (l’animal non plus). Il est placé à l’extérieur, c’est le spectateur, armé d’une forêt d’appareils de photo, que l’on tente de convertir. Comme si lui restait intact, hors biodiversité. Qu’il n’était pas lui-même un jardin. Qu’il était hors sol! Ou bien qu’il ne serait plus qu’annexe à la marchandise. D’ailleurs, un détail à ce propos. Un seul. En terme d’installation « artistique » j’imagine qu’il aurait pu être conçu un gigantesque miroir permettant d’attirer l’attention de chaque visiteur, partie prenante de cette biodiversité « heureuse ou pas », sur son besoin d’utiliser à toute occasion une prothèse à la fois oculaire et outil à suppléer la mémoire (d’ailleurs, pour mieux illustrer ce comportement je propose cette remise en ligne d’une chronique ancienne).

Alors c’est peut être pourquoi ce que j’en retiens comme signe c’est « L’œil de l’Oubli », cet oeil de marbre blanc retrouvé gisant au fond d’un trou en forme d’entonnoir. Comme symbole c’est pas mal, je trouve, celui d’un regard défiant le temps, abandonné là. Et Il vient tellement en contrepoint autant de la présence de ces innombrables objectifs photographiques qui déambulent d’un espace à l’autre que de la « société du spectacle » qui s’use quelqu’en soit les sujets et leur audience. Voilà, oui, on en sent l’usure, l’oeil s’épuise. Des visiteurs oui mais pas de réaction! Ni d’émotion manifestée.

Exercice du regard, exercice de l’esprit. L’oeil donc, faisons-en bon usage. Pas invariablement dans le même sens. Ainsi je me permets d’apporter ma façon de voir à ce festival en proposant ce lien avec cet article du monde diplo qui parle aussi à sa façon de biodiversité sans le dire. Il s’agit cette fois-ci de l’homme face à sa possible disparition. Et face à la responsabilité de certains. Enfin, se biodiversirait-on? Attendons néanmoins d’en connaître l’énoncé du jugement.

Et dans les bois de la vallée, en contrebas de l’expo, l’oeil du visiteur peut voir apparaître au fil de sa marche une représentation de la présence d’un groupe de clandestins sans-visages, caché dans un trou. Il s’agit de formes humaines à mailles tricotées aux couleurs du Sud, qui se tiennent debout comme prêtes à lever le camp en laissant étendu autour d’elles leur linge à sécher.

    Il semble possible que cette présence énigmatique qui interpelle le visiteur -installation pas affichée au programme du festival, il me semble- soit en partie la réponse à ma question.

    D.D


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