Capture d’écran 2017-12-05 à 23.35.29Depuis 10 ans, l’ornitho-chorégraphe Luc Petton, originaire de l’Aber-Ildut, pointe de terre bretonne face à Ouessant, champion de karaté (ceinture noire), dont la compagnie s’appelle Le Guetteur, s’est fait une spécialité de faire danser des volatiles d’ordinaire imprévisibles qui, finalement, se révèlent tous des artistes: des cygnes, pies, geais, corneilles, grues de Mandchourie (de grands oiseaux magnifiques), étourneaux, ou perruches. Mais aussi invite-il sur scène un loup, des chouettes lapones (un des plus grands nocturnes d’Europe) et des vautours « qui sont d’une grande intelligence ».

Ses spectacles de danse contemporaine d’une grande sensibilité, où évoluent ainsi sur scène, en mêlant peau et plumes, une trentaine d’oiseaux et quatre danseurs, ont reçu un véritable succès public et critique leur procurant une reconnaissance internationale.

Capture d’écran 2017-12-05 à 22.57.42Par son langage apaisant à la fois poétique, chorégraphique, musical et ornithologique, le propos du chorégraphe amène du coup à une approche philosophique autour de ce qu’est l’animal par rapport à l’humain. Entre le corps humain et celui de l’animal, existe une sympathie primitive. L’un et l’autre s’apprivoisant par l’observation mutuelle.

Comme en témoigne ce beau reportage de Diane Giorgis, pour Radio Univers, à la rencontre de ce chorégraphe très particulier qui nous « parle des oiseaux, de danse, de l’infini, et de l’origine de la vie ».

Entretien réalisé à l’occasion du « festival international de journalisme vivant » qui se tient au village de Couthures-sur-Garonne.

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Une approche philosophique d’autant souhaitable. Pour ce faire, allons piocher à deux bons endroits. Qu’apprend-on ?

Dans son livre L’animal que donc je suis, p. 65, Jacques Derrida (voir ici) soutenait que l’animal aura été très volontiers exclu de la pensée philosophique. Il l’aurait d’abord été par la création de ce mot même d’« animal » (Derrida parlera ici de l’animot comme si l’animal était d’abord un mot) qui servirait à désigner tout vivant que nous ne sommes pas et que nous ne voulons pas être. Ainsi, face à ce que prétend ce discours philosophique, Derrida lui opposait volontiers le discours poétique, celui de Baudelaire, Lewis Carroll, Rilke et même Nietzsche qui ont non seulement parlé de l’animal, mais qui l’ont fait parler.

Dans Le silence des bêtes, p. 914, la philosophe Elisabeth de Fontenay cite Merleau-Ponty: «  »Il ne faudrait pas voir dans les très nombreuses individualités que constitue la vie autant d’absolus séparés (…). Il y a autant de relations entre les animaux d’une même espèce que de relations externes entre chaque partie du corps de chaque animal. Il y a un rapport spéculaire entre les animaux, chacun est le miroir de l’autre (…). Ce qui existe, ce ne sont pas des animaux séparés, c’est une inter-animalité. » Ainsi la vie sera-t-elle définie comme « une puissance d’inventer du visible. L’identité de celui qui voit et de ce qu’il voit paraît un ingrédient de l’animalité ». »

Grand sujet. Quoi qu’il en soit, pour identifier l’homme, écoutons Derrida: « la bêtise et la bestialité comme ce dont les bêtes en tout cas sont par définition exemptes ». Et poursuit-il ainsi: « On ne saurait parler, on ne le fait jamais d’ailleurs, de la bêtise ou de la bestialité d’un animal. Ce serait là une projection anthropomorphique de ce qui reste réservé à l’homme, comme la seule assurance, finalement, et le seul risque, d’un « propre de l’homme ». » p.65.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour des animaux ici & .