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Match après match depuis trente ans, l’éloge du ballon rond. N°586

Written by on 3 juillet 2013


Croyez-moi c’est une émission sportive. Qui réchauffe. Sous ses deux faces. A savoir d’abord pour ce qu’elle est. D’information sportive. Puis pour ce qu’elle est au regard de l’effort accompli à la réaliser. D’exercice sportif. Passer d’un téléphone à l’autre, distribuer les coups de fils, en recevoir autant. Tout ça à chaud sans filet. Dans l’angoisse de ne pas avoir pu remplir sa grille de résultats. Championnat par championnat, un pari ambitieux. D’un seul coup, ça déboule de toute part, parfois certains dimanches c’est l’inverse, faut savoir les débusquer comme des trésors, mais dès leur collectage ces résultats sont donnés de suite à l’antenne. Librement offerts à tous. Accompagnés d’une pincée de commentaires. En trois fois espacées d’un quart d’heure suite au bulletin de RFI de 18h. Impossible de savoir à ce moment là combien nous sommes d’auditeurs, il semble que le succès soit au rendez-vous.

De toutes les émissions du début, la seule qui ait tenu le coup est celle que Jean-Yves anime. Elle se tient les dimanches de championnats. Fait ça tout seul. Face à lui-même. Pas de secrétariat ni d’appui technique. Réalisé depuis un minuscule pupitre. Mais suivant une méthode personnelle très élaborée. Avec d’un côté, les grilles de résultats championnat par championnat, qu’il prépare à l’avance; de l’autre, les numéros des correspondants bien listés, etc. Et l’ensemble est accompagné de sa bonne humeur de toujours. Même si parfois ça râle. Normal. Voilà oui, c’est aussi ça pratiquer un sport !

Voici 30 ans qu’il se pratique ici. Dans ce studio plus que spartiate qui est le nôtre depuis l’origine. Doté en tout et pour tout que du 3 fois rien. Un micro, deux téléphones, une platine cassette audio pour lancer le jingle. Qui n’est pas un jingle mais un repère musical de ralliement bien choisi:  » Platinum  » de Mike Oldfield. Normal, c’est l’indicatif des débuts des années 80. Pas question d’en changer. Plusieurs générations de footeux s’y repèrent. A cette passion que rien n’ébranle.

Précision d’actualité : cette action libre hors de tout calcul personnel est et a toujours été strictement bénévole. A l’image de ces autres amateurs et bénévoles qui animent, entraînent, instruisent et encadrent les mômes par tout temps, ou se chargent des menues tâches matérielles des clubs de foot. Y compris parfois, de tondre l’herbe et tracer les lignes à la chaux. Notons qu’il y a un million de matchs chaque année dans ce pays!

Sans compter les entraînements et déplacements. Sans compter la composition des équipes, les convocations, la technique, les tactiques, et le jeu. Sans compter les visages tour à tour, tendus, en alerte, euphoriques. Sans compter dans tous ces états : fragilité, joie, fatigue, altruisme, performance collective (violence parfois),… Sans compter chaussures, shorts et chaussettes à décrotter. Sans compter les aléas du corps sportif lors des corner, penalty, coup-franc, accélération, décélération, dribble contrôle, chaque geste devant trouver sa juste puissance en contact constant avec un environnement – coéquipier, supporter, pluie, vent, boue, etc. D’où blessures, foulures, claquages, etc. Sans compter l’aspect renouvellement de licences et trésorerie. Où ces hommes trouvent-ils leur motivation? Ils viennent accompagnés et soutenus par leurs amis, leur famille: ces supporters, élément fondamental du paysage local.

Du sport. Rien que du sport? Non bien sûr. Parce que l’émission est importante disons socialement. En contribuant au maintien, par son soutien, du tissu associatif sportif. En lien. Considérant que la contribution du sport à la cohésion sociale est indéniable, notre radio contribue ainsi à la sociabilité. A la joie simple. Au plaisir d’être ensemble. Au jeu. En fonction de la conscience qu’en a notre société. A ceux-là qui ne savent pas ce qu’il faut faire pour sortir de la crise, qu’ils apprennent qu’elle serait plus grave encore sans ces liens tissés autour du ballon. Et du gazon. S’y trouve ce « royaume de la loyauté humaine exercé au grand air » (Gramsci). Lire à ce titre l’entretien accordé par le philosophe montpelliérain Jean-Claude Michéa à Miroir du football.

De même, cette émission est un symbole. Celui de tenir le cap et de ne pas voir se volatiliser en un clin d’oeil le fil d’Ariane que nous croyions tenir. Qui est, à travers le sport, d’afficher systématiquement une préférence pour le désintéressement. N’est-ce pas riche d’enseignement?

Bornons-nous à observer ici que notre radio est la seule à encore être efficiente sur ce plan là. Sur sa zone géographique de diffusion en FM. Depuis belle lurette la radio régionale de service public a congédié les petits clubs de toute représentation. De toute reconnaissance. Préférant prendre le sillage du club professionnel rennais d’un richissime notable breton. Et donc de contribuer à l’apologie à peine nuancée via gladiateurs imbéciles et surpayés, d’un modèle économique qui vacille toujours un peu plus chaque jour. Charge et obligation de service public remisées aux placards médiatiques. Scandaleux! Quant à la télé départementale… superbe mépris.

L’auditeur étant libre de disposer de ses oreilles comme il l’entend, a ici deux choix diamétralement opposés. Soit celui des radios qui distillent à chaque instant l’idée que le « petit » doit partout et toujours disparaître au profit du « grand », soit celui que nous représentons radicalement désintéressé et altruiste, aux antipodes exacts de la raison économique, qui met en avant l’entraide et l’amitié comme valeur n°1 de toute chose, en tout lieu. En ce qu’il donne non pas un modèle à imiter -on ne se fait pas d’illusions là-dessus-, mais des indices de possibilité. Quoique apparemment anachroniques.

Pour cette émission des dimanches de championnats, ces informateurs, qui sont-ils ? Parfois des supporters parfois des dirigeants, parfois même -mais leur nombre diminue au grand regret de Jean-Yves- les gens qui tiennent le Café des sports local. Qui inscrivaient autrefois en grand sur des tableaux fixés au mur, les résultats des matchs et les classements qui s’en suivaient. Du coup, la semaine durant la conversation y allait bon train, l’endroit possédant alors la faculté de captiver et d’aspirer le passant qui pointait son nez. Ce temps est révolu. Les cafés ouverts le dimanche disparaissent un à un. Quant à ceux qui se maintiennent, place aujourd’hui au grand écran pour suivre la Champion’s League qui fait l’effet d’une douche d’eau glacée et transforme le supporter en récepteur à pub. Les jeux du cirque en mondovision.

Tout est ici révélateur des fonctionnements sociaux. Et poste d’observation de l’évolution des mentalités dans le milieu sportif amateur. Qui de plus en plus se soumet aux normes des clubs professionnels. Un exemple : les joueurs se retrouvent après le match dans leur foyer, clos, donc entre eux. Perdue cette époque heureuse de la rencontre des joueurs et de leur public de supporters dans le troquet du bourg. Le foot « amateur », comme tout, tend de nos jours à évoluer en vase clos. L’entre-soi d’après-match replié dans le « foyer du club ». Qui est la forme même du lien du non-lien.

Quant à la qualité d’ « amateur » hum ! Disons qu’à partir d’un certain niveau le joueur « amateur » est rétribué au match gagné. L’argent ne tombant pas du ciel, quelques sponsors arrosent le club. Pas dénués d’intérêts tout ça. Bien loin de l’esprit d’éducation populaire qui avait cours. Autrefois. Mais qui s’est fait discret. A un point tel qu’il en devenu presque incompréhensible. Il serait temps que la jeunesse le redécouvre. Au sens démocratique du terme.

Alors au micro de Jean-Yves c’est à 100% l’éloge du foot authentiquement amateur. Mais son regret c’est qu’il se soit déshumanisé. Au fil de l’utilisation des téléphones portables. Car des comportements nouveaux sont apparus. « Avec les fixes, les gens répondaient. Avec leurs mobiles, ils ne répondent que quand il le veulent. » N’empêche Jean-Yves a su conserver un réseau efficace qui lui donne l’information le plus rapidement possible. Une prouesse extra-ordinaire. Renouvelée à chaque saison footballistique. Grâce à la participation généreuse et désintéressée de passionnés. Que l’on remercie énormément.

Pour tous les liens qui libèrent, comme l’entraide et l’amitié. Pour la coopération mutuelle où l’un se développe grâce à l’autre. Pour l’éthique. Pour la chaleur qui s’en dégage. Le foot amateur est une belle aventure. Et d’en faire part ça en est une autre. Le football est ce qu’on en fait et ce qu’on y investit.

« Tout ce que je sais de la morale, je l’ai appris sur un terrain de foot », disait Albert Camus. Qui fut gardien de but dans sa jeunesse algéroise. D’où il tira de cette expérience au moins une leçon utile: « J’ai appris que le ballon n’arrive jamais par où on croit qu’il va arriver. » Je partage l’avis. Ancien goal moi-même.

D.D


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