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Message solidaire. N°903

Written by on 28 août 2019


On peut dire du patrimoine amérindien qu’il est essentiellement immatériel. Savoir faire un canot d’écorce est plus important que l’embarcation elle-même. Comprendre la nature n’est pas la mater à coups de technologies ravageuses. Par tradition, on sait bien que la connaissance a la vie plus longue que les réalisations qu’elle permet. Mais encore faut-il que l’histoire lui laisse la parole…

Pierre de Billy – Patrimoine amérindien : un héritage sur parole.

C’est l’été, voyageons un peu. Dans le temps. Pierre-Paul Niquay, nous l’avions rencontré il y a quelques décennies – en 1992- à l’occasion du jumelage Saint-Malo-Québec. Du groupe de jeunes Attikameks, venus présentés arts et traditions de l’une des communautés autochtones amérindiennes du Québec – et qui, ayant traversés la France d’Orly à Saint-Malo, alors qu’ils n’avaient jamais quitté leur réserve, étaient étonnés que ce pays, le nôtre, soit aussi petit avec des maisons partout-, il en était disons le porte-parole informel. Le reportage fait (archive Radio Univers – brute, hors montage, à écouter ici), nous étions rentrés à la maison. Mais dans la nuit, le téléphona sonna.

C’était Pierre-Paul Niquay qui nous appelait paniqué. Ils venaient de perdre ses « frères » dans Saint-Malo. Histoire d’alléger l’atmosphère pesante d’une présentation de fabrication de hachettes pour touristes dans une « Maison du Québec » malouine où personne ne se rend, leur appétit de vivre les avait poussé à faire la manche avec guitare et chansons. L’exercice leur ayant été profitable, allait suivre la tournée by-night des bars à vins français. Puis, dans l’incapacité de retrouver leur hôtel, ils s’étaient perdus dans la ville. Et quand un indien se perd, il prend le chant de l’orignal – animal sacré chez les indiens de la Côte Nord québécoise. Ce qui signifiait, en ces contrées lointaines, qu’ils étaient partis vers l’ouest.

Nous expliquant ceci au téléphone vers les 4 heures du matin – bizarrement, avec cette impression étrange que je n’avais pas fermé l’oeil de la nuit. D’où ma compréhension « immédiate », puisqu’à l’ouest de Saint-Malo intra-muros c’est la mer, son inquiétude devait être grande, lui qui en était leur accompagnateur.

Au petit matin, nous le retrouvions dans un bar de Saint-Malo. Rassuré car tout était résolu, d’eux-mêmes les jeunes dont il avait la charge étaient bien rentrés cuver en lieu et places prévues, entre autres, à cet effet. C’est alors que Pierre-Paul nous raconta sa vie, sa communauté, son enfance. Moment inoubliable, au point que j’ai l’impression de me souvenir de toutes les phrases. Retiré manu-militari de chez sa grand-mère qui l’élevait, par des missionnaires opérant dans le cadre du processus forcé d’assimilation systématique des pouvoirs politiques blancs, il s’était senti arraché des siens et de sa culture.

D’une culture saccagée et désagrégée par le mépris criminel manifesté, comme partout ailleurs, envers les peuples autochtones.

Pour les autochtones, « la notion de propriété individuelle est une absurdité et, traditionnellement, presque tous les objets, constructions et outils étaient faits de matière dégradable », quant à « la mémoire et la parole, elles sont infiniment précieuses et certains savoirs doivent être transmis à l’intonation près. »

 » Chez les Attikameks de Manawan, la langue est remarquablement conservée et les habitants de cette réserve, l’une des trois communautés qui regroupent près de 4500 autochtones, vivent au quotidien selon le calendrier attikamek qui compte six saisons. Cette nation n’en traverse pas moins de sérieux problèmes de société liés à l’introduction brutale au mode de vie nord-américain. « Jadis, nous vivions selon la tradition des peuples nomades, dit Pierre-Paul Niquay, travailleur en santé communautaire de Manawan. Notre quotidien était fait de chasse, de pêche… et de liberté. Aujourd’hui, notre nouvelle vie nous confine dans nos maisons et notre culture traditionnelle recule devant la civilisation blanche et la télévision. C’est pourquoi nous nous tournons vers des hommes qui possèdent encore l’héritage précieux des plantes médicinales ou du travail de l’écorce, dont nous sommes les fiers dépositaires. » La réserve de Manawan s’enorgueillit en effet d’être une des dernières communautés d’Amérique à posséder la science de la fabrication du canot d’écorce. » (Pierre de Billy – Patrimoine amérindien : un héritage sur parole (2002).

Revenons-en à Pierre-Paul. Beaucoup plus tard, plaquant ses études de médecine bien entamées, il prendra la fuite et retourna dans sa réserve isolée de la civilisation, Manawan, pays des Atikamekw. Fuyant une vie qui, à ses yeux, n’avait pas de sens, pour retrouver ses « frères » et, en proie à leur mal-être auto-destructeur, leur être utile.

A son écoute, dans ce bar devant quelques tasses de café, l’on apprendra tout – terme abusif, j’en conviens- de la philosophie amérindienne, du chamanisme – ayant tenté lui-même de devenir chaman, il en passa l’épreuve. Qui consiste en une longue période de jeûne où l’homme doit rester à l’écart de toute personne excepté une qui lui apporte du bois pour se chauffer. Cette période de jeûne dure environ un mois. Le chaman reste dans une petite maison où il doit essayer de prendre contact avec les esprits.

Et donc de se mettre à l’écoute des êtres non-humains : animaux, forêts, pierres. Il nous commentait ses expériences périlleuses de l’exploration de l’invisible et de l’imagination contemplative, de l’état de transe et de se voir quitter son propre corps.

Puis il nous fit part de son intérêt pour la médecine traditionnelle qu’il comptait reçevoir des anciens. Ainsi que, paradoxalement, de l’existentialisme de Jean-Paul Sartre qu’il avait étudié en fac de médecine – possible qu’il avait fait sienne cette pensée sartrienne : « La vie humaine commence par l’autre côté du désespoir. »

Quelques temps après, nous avions tenté de reprendre contact avec lui par le biais de leur radio de Manawan (à écouter Ici). En vain. La vie a passé.

C’est une chance inespérée que nous offre ici internet, de le retrouver avec un bonheur intact dans cette vidéo consacrée à la sauvegarde de la terre – la Terre Mère chérie des peuples Amérindiens.

Le message solidaire que délivre ici Pierre-Paul vaut naturellement pour nous. Et réciproquement. Nous le saluons, et en partage, voici :

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour du Chaos climatique.


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