Voici une « note » de lectures. Ou plutôt une note d’écoute de lectures. Jeudi dernier au Triangle à Rennes se tenait à l’initiative de la Maison de la Poésie de Rennes, la présentation du produit des résidences des deux poètes Bernard Bretonnière et Joël Bastard. Deux poètes confirmés. Qui renforcent la Condition humaine. Bien que ne passant pas à la tv.

Les deux auteurs étaient ainsi revenus dire ce qu’ils avaient eu à écrire à la Villa Beauséjour, en bord de canal. Ils étaient accompagnés de leurs éditeurs respectifs Yves Olry (Color Gang) et Yves Prié (Folle Avoine), du comédien Gérard Guériff et de la projection du film « Effets Secondaires » d’Alexandre Arshavine. Voilà une bonne poignée de personnalités qui ont su donner au fil des années une dignité littéraire et éthique à cette profession qui ne se marchande pas par kilos en grande surface.

Que voulez que je vous dise? la noble retenue de leur style à ces deux-là nous oblige réellement: à les relire, à réfléchir avec eux.

Et à affiner son propre goût. Car ils ont l’un et l’autre, le don de l’expression claire. Sans aucune concession à la gesticulation verbale. En cherchant à nous émouvoir sans pathos, avec une belle simplicité. Habile et bien faite.

Bernard Bretonnière est ainsi l’auteur de « Volonté en cavale ou D’. » Et Joël Bastard d' »Entre deux livres ». Deux hommes pas transparents physiquement. Aux expressions multiples et fécondes.

Nous parlent de quoi ces gens-là? De l’existence humaine. D’un timbre vocal d’une douceur ferme. Ce sont des naturalistes. Des naturalistes curieux. De ceusses qui introduisent des descriptions scientifiques et objectives des réalités humaines. Et pour preuves: quand Bretonnière fait parler Ledépressif « Elle existe la norme ? », Bastard observe: « Les orties sont bonnes conseillères. Auprès d’elles tout devient excessif. »

Je ne doute en rien que l’imprimerie comme la chimie soient des outils puissants qui stimulent la créativité des auteurs. Mais d’entendre de la poésie dite quel bonheur! Au coeur de la parole. A bras le corps. Venant de deux plongeurs dans l’Hypersensible qui remontent à la surface moultes trouvailles. Chacun à leur écoute se voit alors libre de se réapproprier la force vive du poème (bientôt écoutable en ligne).

Dites! vous en voyez souvent des poètes invités des plateaux télé qui viennent vous dire ce qu’ils ressentent de notre Condition humaine? Non. C’est bien la preuve que la télé n’aime pas « …le rire innombrable de la mer » ( citation du Prométhée enchaîné d’Eschyle, citation retrouvée par Baudelaire et recitée par Castoriadis).

D.D