vPermettez ce clin d’oeil amusé. Imaginons un instant allumé par la seule parole écoutée.

Imaginons que Jean-Pierre Verheggen comme en rêve soit l’un des candidats quoiqu’il soit belge – « On n’a peut-être pas assez expliqué pourquoi l’Europe est une bonne affaire. » (Jane Birkin – Le Monde).

Parmi ces autres « orateurs hypocondriaques » (selon sa formule) à la parole cocardière et aux appétits adéquat, et leurs souffles tricolores en dissonance, dans la cacophonie à casseroles de la présidentielle, avec sa voix qui s’entend dans un mouvement d’éloquence où c’est toujours le thorax, lieu du courage et de la colère, qui prend le commandement, avec Verheggen gageons en la patrie de Rabelais qu’il réchaufferait la parlotte électorale à « bayer aux mouches » – mais soyons juste : par ses irruptions du réel dans l’oral en langue courante remercions l’un d’entre eux, Philippe Poutou, candidat sans cravate à disposition de la foule, de nous avoir tenu éveillé. C’était lors du « Grand débat » aux onze orateurs-candidats. Vous aviez deviné, j’espère !

mp1093Portrait de l’artiste. Verheggen, ce colosse qui n’a aucun galon sur la manche, cette nature qui peut avoir la dent dure, ce virtuose de la transmission n’est pas celui qui tourne sa langue dix fois avant de nous gaver de ses paroles qu’il ne prend pas pour Evangile. Mille mots sans aucune concession sur le terrain de la langue, Verheggen qui nous parle de ce qu’un langage veut dire, n’a ni le corps pour le ré-engorgement de bile ni l’esprit. De la vraie poésie sonore si bien que dans la promiscuité bruyante du parlement des corps, le poète j’imagine peut cracher le feu.

Alors d’un bond vous entendrez l’autre versant de la présidentielle et tout ira mieux je vous jure, oui écoutons Verheggen !

De ses cordes vocales, une gaieté monstre, jubilatoire, espiègle, une volubilité inspirée à la vitesse fulgurante faite d’entrecroisements, de flèches et coups de lance, de piques et pics oratoires, de dés à coudre et de coq à l’âne. Ceci en joueur de mots précieux qui cavalent par des sentiers laissant à distance la cohorte des déprimés tout claquemurés dans des frontières imaginaires. Fermez les yeux, laissez vous porter par cet ogre de l’Oral, ça dépayse ! ça dégrise !

Mais nulle volonté ici d’utiliser comme nyctalope (celui qui peut voir dans l’obscurité), le poète à fins électorales. Par contre pour le plaisir des oreilles j’ose ainsi imaginer sa présence à la grande foire aux mots. Bien sûr qu’on ne doit pas rêver, les élections c’est du sérieux et les discours du béton armé. Et nous le savons les enjeux et patati patata. C’est pourtant quand il ne faut pas qu’on rêve que sans réfléchir, et que rien ne nous y force, qu’alors ça démarre.

La parole, un art qui rapproche les gens, creuse l’histoire et crée du bien commun. Tout en présentant cette inconnue : « Je parle, je parle […], mais celui qui m’écoute ne retient que les paroles qu’il attend. Ce qui commande au récit, ce n’est pas la voix, c’est l’oreille. » (Italo Calvino – Les Villes Invisibles).

Jean-Pierre Verheggen, à écouter ici:

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Ainsi que l’entretien qu’il nous accorda.

D.D

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