18fevBrève incursion dans la campagne électorale. Admettons que cela soit à l’occasion de ces Présidentielles. Qui viennent de démarrer. De toutes les manières et quelque soit le moment, en qualité de média d’information il nous faut faire vivre la politique.

Mais faire vivre la politique ce n’est pas planifier l’économie, faire des prévisions financières, anticiper sur une débâcle ou une crise, toutes ces choses qui s’appellent spéculer, dans le champ financier ou de la peur.

Pas la peine ici d’épiloguer sur le fait qu’il y a trop de courants d’air plus ou moins frais dans ce champ de la spéculation. D’ailleurs, c’est à se pincer le nez à la seule pensée de l’état hautement crapuleux, vertigineux et insondable de deux de ces candidats.

Et la vie ne s’arrange guère en ce moment de cette présence qu’on appelle distraction, et qui n’est qu’indifférence à ce qui risque en ces beaux jours de mai de nous faire claquer des dents.

Faire vivre la politique c’est prendre la défense de la souveraineté et de l’éthique. Tel que le pensait Jean-Jacques Rousseau, qui nous a inculqué l’intérêt général.

Dans son Contrat social, il a largement développé cette conception de la souveraineté : « Supposons que l’État soit composé de dix mille citoyens. Le souverain ne peut être considéré que collectivement et en corps. Mais chaque particulier, en qualité de sujet, est considéré comme individu. Ainsi le Souverain est au sujet comme dix mille est à un, c’est-à-dire que chaque membre de l’État n’a pour sa part que la dix-millième partie de l’autorité souveraine, quoiqu’il lui soit soumis tout entier. »

« Est éthique toute conduite qui fait l’hypothèse de l’égalité imaginaire de soi avec tout autre. C’est ça, la liberté telle que la conçoit Rousseau : le partage de la souveraineté. » explique la philosophe Marie-José Mondzain.

« Cela pose la question de la représentation politique et du choix de nos représentants : sont-ils conformes à nos idéaux éthiques et politiques ? » poursuit-elle.

Et là rien de plus étrange qu’un petit fait vrai. Sommes bien d’accord : « l’hypothèse de l’égalité imaginaire de soi avec tout autre » évoquée par Mondzain ne passe que par la culture. Or nulle part dans cette campagne il est question de celle-ci ! C’est peut être comme une peau qui se détache, au fur et à mesure, car force est de constater ces temps-ci son absence au fil des débats. Qui voudrait couper à petit feu le sifflet d’un rossignol ne s’y prendrait pas mieux – pourtant d’un point de vue purement spéculatif sans compter sur son potentiel numérique à venir, voir ici et .

Saxifraga_paniculata_a5Par précaution, comme il serait bien fou de la laisser se ratatiner dans un coin (lieux institutionnels et leurs satellites) dans l’oubli et le silence, Marie-José Mondzain nous invitait en 2005 par un court texte plus que jamais d’actualité, à cultiver la Saxifraga Politica, « un symbole fort qui à l’avantage de rassembler, d’orienter et de mobiliser quiconque à pris conscience du monde dans lequel il vit et vers lequel lui et ses descendants sont appelés à vivre. »

La saxifrage étant une plante vaillante dont certains l’appellent « casse-pierre », qui n’a quasiment pas besoin de terre ni de racines. Elle est présente partout dans le monde et pousse malgré le froid ou la chaleur. C’est pourquoi la philosophe décida alors d’en faire un symbole politique, « une force d’invention ». « La force des saxifrages est donc la force de la vie politique elle-même. »

Ainsi y propose-t-elle « le modèle saxifragiste en tant que figure de la pensée et du désir et comme étant la plus appropriée pour désigner la poussée souterraine des forces novatrices. Si la démocratie a un sens c’est du côté de ce partage résistant des dynamismes singuliers qui offrent à tous la même possibilité de vivre et d’être reconnu dans sa capacité de construire du futur. Et cela quel que soit le domaine où s’exerce sa propre existence. »

D.D