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Pov’Nico! N°474.

Écrit par sur 20 avril 2011

Qu’est-ce qui peut surgir d’un coup qui n’est pas déjà là? L’histoire s’autodéploie sous nos yeux sans que nous n’y prenons gare. Des choses s’y créent, d’autres choses se détruisent. Dans celles-ci, pour certaines d’entre elles il est en principe impossible de les restituer. Ce qu’elles incarnaient ou se réalisaient est détruit. Cela ne pourra pas être retrouvé.

C’est sans doute la raison de cette poussée du vote ultra-droite qui exprime le souhait de revenir à des éléments immuables (l’âge d’or de l’Europe occidentale, de ces trois décennies d’après-guerre). Ou du moins considérés comme tels. Ces éléments furent créés parce qu’ils étaient pertinents, qu’ils signifiaient quelque chose, qu’ils établissaient des connexions avec d’autres éléments dans le cadre de la société à laquelle ils appartenaient.

Et constamment nous ébranlons les murs de ce qui est. C’est-à-dire de notre époque. Et à chaque fois des personnages publics sont fabriqués ou s’autofabriquent pour incarner ce qui est. Le temps qui vient dit des Présidentielles est la préparation de l’apparition de formes humaines possibles à notre époque et qui dégageraient des significations minimales capables de représenter en chair et en os, en posture, attitude, goût, culture, maîtrise de soi, etc. ce qui est. Par « ce qui est » je veux dire bien sûr ce qui s’autodéploie.

A partir de là, l’intérêt que l’on porte à tel ou tel candidat, sur ce qu’il nous dit, sur sa façon d’être, de se tenir, l’énergie qu’il développe, les « valeurs » qu’il incarne, etc. répond à ça. Puisque c’est à ce jeu seulement qu’apparemment se réduit la démocratie -du moins selon ce qu’on nous en fait entendre- alors puisqu’on en est là parlons-en. Du coup, l’actualité politique m’amène à cette petite histoire, si anecdotique au regard des enjeux de la biosphère, mais cependant intéressante quant à la question de savoir comment et par quel processus un homme quelconque peut se considérer capable d’endosser l’habit d’occasion, de tel désir est-il animé pour se prétendre devenir l’homme de la situation. Bref, ce personnage, dans quelle bulle vit-il? Ou bien quel cheval imaginaire croit-il chevaucher? Par quel destin se croit-il déterminé? S’incarne-t-il en un personnage de BD? Ou en grand romantique? Ou en chevalier mythique? Ou pour faire le mariole? Eh bien, ça oui, c’est ce qui m’épate le plus à l’heure où l’on voit comment s’exprime la puissance d’agir d’une vraie force démocratique comme en Tunisie et Egypte.

Avec le temps j’avoue, puisque cela en serait ainsi de nos jours ici, j’ai eu la chance de voir en chair et en os un candidat à la présidentielle 2012. Et en plus sans effort. Comme cette personne ambitionne de jouer un grand rôle dans l’espace public, je me permets de raconter comment de l’inédit est survenu dans la banalité quotidienne.

Voilà. Comme chaque jour à 17 heures je regagne le TER Rennes-Saint Malo, direction retour au bercail. Après m’être assis je remarque un visage devant moi qui me rappelle celui de quelqu’un de connu. Bon, peut être ne suis-je pas le seul des usagers à le remarquer, je m’installe comme d’habitude sans porter plus d’attention à ce qui m’entoure, comme un poisson dans son eau. Mais néanmoins la question m’obsède de savoir à qui appartient ce visage familier à pull gris raz du coup. Je redresse la tête comme au crowl et m’aperçoit que la célébrité a disparu derrière l’hebdomadaire qu’il tient en mains, un journal déployé de toute sa hauteur comme un vrai paravent. Compte tenu du format de l’hebdomadaire satirique national « Le Canard Enchaîné » quand celui-ci est piqué debout posé sur la tablette, c’est une cloison étanche. Pas de problème pour s’y planquer derrière.

Je commence à trouver cette posture assez singulière, et ayant alors mis un nom sur le visage en question je cherche par curiosité à en avoir confirmation. Mais le pipole en question ne pointe pas le nez dehors, demeurant à bord de son vaisseau, de sa capsule « Canard » entre la gare de Rennes et celle de Combourg, la mienne. Finalement je reste à regarder la scène jusqu’au dernier instant d’autant que ce qui m’intrigue le plus n’est pas dans le fait que quelqu’un de grande notoriété essaie de se faire discret, se faire tout minimini comme p’tite souris se rendant en week-end dans sa villa de la Pointe des Décolés à Saint-Lunaire, voire tente une planque façon naturaliste dans la brousse, ou à défaut Tintin en  tournage à l’abri dans sa tente igloo, non, mais ce qui m’étonne c’est que le Canard Enchaîné demeurant déployé de toute sa hauteur reste immobile inflexiblement maintenu érigé par les deux mains d’un personnage connu qui se cache derrière.

Franchement cette posture sans bouger, sans qu’aucune page ne soit tournée, sans qu’aucun tremblement ni signe de faiblesse ne vienne ébranler la scène, relève de la performance. Pas de mollesse chez la star cathodique qui égaye l’oeil terne du téléspectateur blasé, pas de rétrécissement, pas de signe de somnolence, le corps irrésistiblement raide, tendu, j’en suis vraiment soufflé. Cran et fermeté. Pas une page froissée ni tournée, pas même branlante, ce qui signifie que son propriétaire soit resté figé bras tendu derrière la double page intérieure qui lui fait face sans se lasser ni bailler bruyamment, durant pas moins de 25 minutes. Et là il n’est qu’à mi-trajet, lui. A moins que sa résistance soit dû à son goût des dessins, on le dit dévoreur de BD – tous les soirs, toujours les mêmes depuis son enfance, Brisefer, Spirou, Astérix, ses somnifères.

Expérience remarquable, qui m’a rappelé sur le coup le Commandant Cousteau en plongée depuis la Calypso dans son petit bathyscaphe blanc, pour un candidat à la Présidentielle dissimulé à l’abri dans une cloche de papier. Il s’agissait de Nicolas Hulot lui-même, le plongeur, l’animateur télé, le candidat décidé qui, j’en témoigne, tient bon immergé parmi les hommes, et ferme ce qu’il prend en main. Là où tout le monde aurait renoncé, il n’a pas lâché. On est héros ou pas. Moi je dis « Chapeau! On en tient un! »

Bon, je le mets en boîte promptement le pov’Nico. Pourtant nous sommes l’un et l’autre partie prenante d’un monde d’une complexité qui nous dépasse. Le vivant nous dépasse. Là-dessus nous devrions être d’accord.

Plus sérieusement, l’usager rigide qui se sent pousser les ailes est le père du Grenelle de l’Environnement, ce concensus actuel autour du développement durable qui propose seulement d’avancer prudemment dans la même direction productiviste et marchande, sans même affirmer un principe fort de limitation. D’ailleurs comment  pourrait-il en être autrement après des années de culture sous serre chauffée par TF1 et consorts. En hors-sol.

D.D


Les opinions du lecteur
  1. Françoise   Sur   21 avril 2011 à 15 h 17 min

    C’est pas spécialement ce que je think, c’est juste un poème sénile:

    Le Hulot n’est pas le mâle de la Hulotte
    Et si « La Hulotte n’a pas de culotte » comme l’écrit Jean Féron, publié chez Idée Bleue
    Le Hulot, lui, a du culot.

    Mille excuses, mais c’était aussi pour tester si ça marche…

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