Capture d’écran 2018-03-28 à 16.16.44Eh bien, il tombe chaque semaine des rapports scientifiques alarmants. Etayés par des sources venant de centaines d’experts sur l’érosion du vivant à la surface de la planète. La semaine dernière, l’on parlait ici de la disparition rapide des oiseaux. Voici le dernier en date: « La dégradation des terres a atteint un stade critique. » Qui affecte déjà 40% de la population mondiale. Et pourrait provoquer la migration de 50 à 700 millions de personnes d’ici 2050. A lire ici.

Du coup, considérant l’état des lieux appelant une réponse urgente, la question qui devrait nous tarauder tous: que faire quand le sol se dérobe sous nos pieds ?

Dans un entretien publié dans Libération du 17 mars, en présentation de son livre sorti à l’automne, un livre majeur : « Où atterrir ? Comment s’orienter en politique » (La Découverte), un livre-pamphlet qui tisse des liens entre les différents événements auxquels nous assistons (changement climatique, migrations, dérégulation, explosion des inégalités), le philosophe et sociologue des sciences Bruno Latour ( à voir, cette excellente conférence) éclaire une situation qui semble chaotique et qui est en réalité extrêmement cohérente.

Capture d’écran 2018-03-28 à 20.02.49Cet entretien titré « Avec le réchauffement, le sol se dérobe sous nos pieds« , son auteur le présente ainsi: « L’axe qui a longtemps organisé le champ politique (d’un côté le Global et de l’autre le Local vers lesquels nous tendions – les majuscules étant là pour montrer qu’il s’agit bien d’idées, de projections) est devenu inopérant. Il est en train d’être remplacé par un nouvel axe composé d’un Hors-sol (la direction prônée par le gouvernement Trump et autres climatosceptiques) et du Terrestre – lequel reste à définir, et ce sera là tout l’enjeu des années à venir. Comment atterrir sur nos nouveaux sols et nos nouveaux territoires, sur ce Terrestre qui déborde les frontières et les identités existantes ? »

Capture d’écran 2018-03-28 à 13.13.53Extraits. « Le détonateur du livre est la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris, le 1er juin 2017. Pour la première fois, un gouvernement assume le fait que l’humanité se sépare désormais en deux, que « nous, les nantis, n’appartenons pas à la même terre que vous, et que vous mourrez avec elle ». En quoi cette décision nous aide-t-elle à définir un cap politique?
Les hommes politiques ont longtemps maintenu une hypocrisie de façade, personne n’avait osé rompre ainsi. On reconnaissait qu’il y avait des problèmes écologiques, mais on disait que le développement allait continuer et qu’il serait partagé, à terme, avec tout le monde. Or c’est la première fois que le pays le plus responsable de cette situation, avec l’Europe et la Chine, dit « non, nous ne partageons pas, ce qui vous arrive ne nous arrive pas ». Cela a permis, au moins, de mettre la question écologique au centre de la politique. »

« Vous dites bien que ceux qui nient le changement climatique savaient parfaitement ce qui se jouait, et ont délibérément choisi de ne rien changer. Il y aurait en fait un lien entre dérégulation, « climatonégationnisme » et explosion des inégalités, lequel serait donc le fruit d’une décision consciente.
Oui, c’est un lien que j’invente, mais il n’est pas absurde. C’est devenu évident maintenant, notamment à cause de cette décision des Etats-unis et d’un retour de la lutte des classes, qui sont désormais géopolitiques. Cela doit réveiller la politique, à condition qu’on s’intéresse simultanément à la question sociale et à la question écologique, ce qui est encore loin d’être le cas. »

Plus loin, dans cet entretien, Bruno Latour aborde la question de la signification du « Terrestre ». « Les scientifiques découvrent la fabuleuse complexité de ces territoires. Appartenir à un territoire, ça ne signifie pas du tout un retour à la terre, c’est une découverte, une invention. Il y a donc un énorme travail de réappropriation à faire, par les sciences, de ce qu’est par exemple un sol, un bassin versant, un biotope. C’est la découverte d’un nouveau monde, d’où l’analogie que je trace avec le siècle des grandes découvertes. Il va nous falloir atterrir dans ce monde-là. « 

Plus loin, encore, « … la mondialisation nous a mis dans une méconnaissance complète des dépendances et des appartenances. Il est très difficile de savoir sur quel territoire on vit, et quels sont nos intérêts. Nous sommes dans une période postpolitique, comme dans le Léviathan de Hobbes. Il n’y a pas de politique possible, parce qu’il n’y a pas de territoire. La politique, ce ne sont pas des valeurs, des débats, c’est la prescription d’un monde, et ce monde doit se transformer. C’est ça qui est intéressant dans la situation actuelle: elle est grave, et pourtant on n’a pas l’impression qu’elle le soit. On assiste à une sorte de drôle de guerre. En 1789, c’est le fait de rédiger ces fameux cahiers qui crée la notion de doléance, elle ne les précède pas, c’est un processus performatif. Dès que les gens ont devant eux la description d’un territoire, ils reprennent une position politique, ils arrêtent de se plaindre et ils commencent à être en doléance. »

Capture d’écran 2018-03-30 à 22.28.38Autre façon d’agir, attendre que ça bouge (dans ladite Economie). Dans le tremblotement général, universel, face au défi que pose la question du départ – que faire quand le sol se dérobe sous nos pieds ? – à n’en pas douter, s’inscrivent aussi – mais pas de la même façon visiblement que Latour, puisqu’en planchant plus sur la question énergétique avec baisse de la croissance que selon les signaux alarmants des rapports qui apparaissent sur les sols et la biodiversité- tous les esprits présents au forum « Croissance économique et #environnement peuvent-ils faire bon ménage ? Cela paraît difficile mais pas impossible ! » qui s’est tenu à Rennes, le 23 mars dernier.

A l’occasion de celui-ci, Matthieu est allé à la rencontre de Patrick Criqui et Marie Hélène Hubert. Deux chercheurs – l’un est économiste directeur de recherche au CNRS au laboratoire d’économie appliquée de l’Université de Grenoble; l’autre, économiste à l’université de Rennes 1- spécialistes des questions énergétiques, qui intervenaient sur la question: « Peut-on se passer du pétrole? »

Entretien.

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D.D

ruCe qui a été dit et écrit ici-même autour du pétrole, du chaos climatique, de la biodiversité.