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Recherche galeriste. N°546

Écrit par sur 12 septembre 2012

Recherche galeriste. La galerie Saint-Sauveur de Dinan vient de fermer. Et personne ne lui a tendu la main. Alors drôle de célébration se fut que le « décrochage » des oeuvres, vendredi soir dernier. Tristesse. Bien sûr, la première impression qui vient en tête est de considérer qu’après tout une galerie de peinture qui ferme c’est quand même moins grave qu’une usine qui licencie. D’accord, y a pire.

L’on dit souvent que les riches ne connaissent pas la crise. Apparemment y a du vrai. Donc, en toute logique, la vente de tableau d’un bon prix ne devrait pas subir la crise. Eh bien, non, ça ne marche pas comme ça. Sans savoir pourquoi. Bref, ceux qui ont des moyens n’achèteraient plus de toiles. Seraient passés à d’autres achats pour de meilleurs placements.

Au total: des peintres sur le carreau. Or, ici, l’histoire veut que nous soyons une poignée d’afficionados à soutenir l’un d’eux, en la personne de Philippe Le Gall. L’air de rien. Soutien modeste, soutien affectif, soutien effectif, soutien efficace, soutien délicat. Alors voilà. L’ami peintre est désormais à la recherche d’une galerie disposée à l’exposer. Car sans exposition, pas de vente. Pas de vente, pas de quoi gagner sa vie. Dans ce cas, le moment serait douloureux pour lui comme il serait dommage pour nous. Ce « nous » là est à prendre dans un sens très large. Qui nous vient de loin.

Aujourd’hui cette galerie, qui fut pour les artistes l’une des plus sûre de Bretagne, est morte. Dans l’indifférence générale. Quoique prévisible. Pas de lampe-tempête municipale. Pourquoi aider? A quoi ça sert, ça? C’est bien de cette façon poisseuse, avec un ciboulot qui travaille à l’envers, qu’on s’éloigne toujours un peu plus chaque matin de la sortie de l’ornière. Dans son livre « Les carrefours du labyrinthe, tome 6 : Figures du pensable » Cornelius Castoriadis apporte un éclairage: « Les objectifs derniers de la production ne sont jamais « fonctionnels », puisqu’il n’y a aucune société humaine qui produise uniquement pour se conserver. Les chrétiens ont construit des églises. Les primitifs souvent se peignent des dessins sur le corps ou le visage. Ces églises, peintures ou dessins ne servent à rien, elles appartiennent au poiétique. Certes, elles « servent » à beaucoup plus qu’à « servir à quelque chose » : ce à quoi elles servent, beaucoup plus important que tout le reste, est que les humains puissent donner un sens au monde et à leur vie. C’est cela, le rôle du « poiétique ». » C’est dit par un philosophe disparu bien trop tôt en 1997, qui annonçait par ailleurs en se marrant mais avec précision, ce que nous voyons depuis et aujourd’hui se produire…

La question qui dérange. Indépendamment de l’appropriation personnelle (l’achat), ce moment où le tableau se dérobe définitivement à la vue du public pour s’en aller échouer je ne sais où et dans je ne sais quel salon ou coffre-fort. Tant que les toiles sont dans ces galeries, accrochées pour être regardées, pourquoi sommes-nous si peu à oser franchir leur seuil? C’est une question d’oser. Pousser la porte. Simplement pour regarder. C’est gratuit, pourtant ça bloque. Dommage. Car ça ne mange pas de pain, visiter n’engage à rien. Combien de barrières mentales se mettent en travers? Voilà, j’ai l’impression qu’un bon nombre ne se donne pas le droit d’entrer. Pas la peine de savoir de quelle manière disposer d’un regard sûr pour juger? De nos jours, l’artiste n’a plus à faire preuve de son talent de dessinateur ou de peintre, alors…tout est ouvert au tartinage de toile, à l’insignifiant, au vide, au plat, au bluff. Au rien. Seules, quelques bonnes galeries d’art (Saint-Sauveur en fut une) tiennent le cap. Sous vents frais, tiennent tête. Pile le contraire de ce vers quoi l’on se dirige. A mon avis on pourrait peut-être s’en émouvoir ou s’en affoler.

Confidence perso: je m’en fous du marché de l’art, j’aime visiter et regarder des expos. Je rentre parce que j’aime me donner le temps de regarder ce qui donne à penser et à rêver. Bon, entre nous, y a pas foule. Jamais. Pas comme chez les vendeurs de verroteries et quincailleries kitch, de bols bretons et de sacs à mains chics comme dans ce vieux Dinan muséifié, ces produits réalisés en série à l’autre bout de la planète à destination de consommateurs las et hébétés. Des vendeurs ravis que ça grouille de ce côté. Même si le fait de le dire ne change rien au sort de belles toiles produites par de vrais artistes vivants, faut savoir que des hommes oeuvrent encore. De granit, de flots, de brume. Et de ciel. Sont bâtis pour tenir. Ne rendent pas les armes. Voient le large. Ces solitaires usent peu de la parole. Comptent peu d’amis. Quant à leur solitude, elle biche!

Donner un sens au monde et à la vie humaine. Avec Le Gall, peintre breton d’oeuvres valables, nous en sommes là. Présentation de cet artiste. Brillant, c’est un maître pour peindre d’un geste avec autant de précision, de vérité et de force le corps de femme, puis pour donner du corps, de la chair à la mer comme aux ciels de Bretagne. A chaque fois, il s’agira pour Le Gall de saisir un fragment du monde en ce qu’il exprime la totalité. En bleu de préférence. Son oeuvre est jusqu’au bout une conversation sur la nature.

Parler comme ça, librement, du travail de Philippe Le Gall n’est pas chose aisée. Voir ses toiles c’est mieux. D’où cette annonce: Peintre recherche galeriste. Ecrire ici, on transmettra.

D.D


Les opinions du lecteur
  1. BOUT Christophe   Sur   22 septembre 2012 à 15 h 06 min

    Bonjour et bravo pour votre chronique.
    Je viens de découvrir Philippe Le Gall au travers d’un reportage télévisé sur sa fille qui a également beaucoup de talent. J’ai continué à dérouler la pelote en allant voir son site et de fil en aiguille j’arrive ici.
    Rien qu’en voyant les photos sur son site cela m’a donner envie d’aller plus loin et donc de rentrer dans une galerie…
    Ici, à Nantes, les galeries ne sont pas forcément florissantes. Je vais souvent dans le nord Finistère et il existe un lieu magique : http://semaphore-aber-wrac-h.over-blog.fr/ où les ciels de Philippe Le Gall rempliraient l’espace. Mais en général les expositions durent 2 semaines pendant le période d’été.
    Aujourd’hui je crois qu’il faut miser sur l’internet et donc avoir un site séduisant et qui prends en compte toute la cuisine « web » (referencement, buzz), c’est sûr c’est une autre monde que les galeries.
    Cordialement

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