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Sourire de l’île. N°543

Écrit par sur 22 août 2012

Par nos émissions et nos chroniques, nous nous sommes penchés de nombreuses fois sur ce que voulait dire, ce que signifiait la Ville. Si comme le disait Jean-Paul Dollé « Le plaisir de la ville, c’est qu’il y ait de l’autre. », nous allons cette fois durant les quatre jours du Festival des Films Insulaires de Groix, enquêter sur ce que veut dire, et ce que signifie l’Insularité.

Bien qu’il soit assez difficile de bien définir ce terme, il se présente quand même à la fois comme l’opposé de la ville là où « s’imagine le désir de faire autrement  » et comme point commun, rien de moins que le désir de vivre, d’y vivre.

Hissons les voiles vers les îles, du moins pour en recueillir certains extraits de ce Vivre-ensemble dans les îles. Car si l’insularité se présente comme une donnée négative (exiguïté du territoire, faible peuplement, surcoûts, etc.), cependant dans le même temps l’insularité attire.

Et de toutes les manières ça renvoie à un lieu donné, à un environnement. Isolé car séparé du continent. A distance. Beaucoup plus qu’un pas de côté. Et si l’île de granit à la peau dure, résistera-t-elle pour autant au ras-de-marée de la mondialisation et des dérégulations climatiques en cours?

Expulser les habitants des centres-villes est une pratique politique courante, désormais répandue, et bien connue, quelles forces se manifestent-elles quand vient le tour de l’expulsion (motifs économiques, l’immobilier…) des îliens de leur propre île? Et du même coup de la mémoire inscrite. A commencer par celles des pêcheurs. Quand la forme de l’île est le résultat d’un travail collectif des générations, combien les coups de boutoir de la surenchère immobilière -dont le crédo se réduit à une seule manière d’habiter le monde: la propriété de l’espace géométrique- fracassent-ils les digues de la communauté devenue en exil d’elle-même dans certains lieux? A faire pleurer les pierres.

Et côté tempérament insulaire. Etre ensemble est stressant. Mais un être humain isolé ça n’existe pas…! Pourtant la société est faite de groupes isolés d’individus. Car dans le même temps toutes relations ou réalités sociales comportent une force de production d’isolement. Selon Castoriadis. Allons bon. Hum! Alors allons voir de plus près ce qui caractérise le tempérament des îliens. D’îliens d’îles de différentes régions du monde, qui se sont déplacés à Groix. Sur l’autre rive, au-delà des remous, Lorient.

Coïncidence. Non recherchée. La semaine dernière, ici nous étions dans les pas de Van Gogh. Eh bien, maintenant nous sommes dans ceux de Gauguin. L’on sait que ces deux compères qui auraient dû s’associer pour monter une école de peinture à Arles sur le modèle de Pont-Aven, ont fini par se castagner. Paul Gauguin est habité d’un sentiment de fuite de la civilisation, en quête lui de réponse à ses questions existentielles. « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » est le titre de sa toile la plus connue. Pas rien. Où qu’il soit, ça le conduit vers une île. Tahiti, et plus tard les Marquises, un paradis imaginaire en proie aux affres de la colonisation française. Images d’un Eden perdu, aux formes généreuses et aux couleurs luxuriantes, et du sauvage à la violence animale et à la force sensuelle. Tahiti tel qu’il l’imagine mais sur la base de clichés. D’où la déception qu’il ne manquera pas de ressentir. Ne trouvant là en fait que « ce qu’il y a apporté ».

Finalement, sommes-nous vraiment sortis de cet imaginaire à la Gauguin? Peut être le saura-t-on aussi si cela ressemble plutôt à l’île Utopia comme l’écrira Thomas Moore, ou plutôt aux Marquises version Jacques Brel. Bref, un nouvel Eden émergerait-il, vibrant de hurlements assourdissants ou s’adoucissant au charme des vagues?

N’est-ce pas ce rêve encore qui habite les nouveaux résidents des îles bretonnes ? Va savoir. Qu’est-ce que ça signifie pour ceux-ci de s’isoler ? Quand en ville la porosité des quartiers, des parcours, des envies, oblige a rencontrer des inconnus, quand elle devient la matrice des actions possibles et de la variété infinie des faits, s’installer dans les îles de nos jours, n’est-ce pas la recherche justement de se séparer des autres ? De se regrouper entre semblables. Avec fermeture sur soi assurée en une terre entourée d’eau qui se différencie du continent ? Effet queue de poisson: désir d’ouverture et de grand large mais risque de rabattement sur soi. L’on sait que « le terme insularité peut également décrire l’isolation d’un être humain par un statut, par exemple l’adolescence, ou une institution, comme un hôpital psychiatrique ou une prison. » (wikipédia). Si tel est le cas, à l’ère d’internet l’île peut-elle rester seulement l’espace contenu à l’intérieur de ses limites?

Et puis, il y a le plaisir d’y vivre, le bonheur d’en être. Le goût d’indépendance et de liberté, comme celui marquant des premiers embarquements pour les forces libres contre la tyrannie nazie. Le plaisir de pouvoir mener sa vie en petit groupe formant communauté bien identifiée. Suscitant admiration et respect. Habitant d’un vaisseau caillouteux où le vent suraigu siffle et la pluie mitraille. Dans son étrange présence au monde. Art de vivre et mode d’être à quelques brasses du continent. D’accord, certains jours, impossible de tenir debout, visibilité nulle. Difficile de bien mener sa barque dans ces conditions.

Etre de Groix, d’Ouessant ou de Bréhat, de Sein ou de Belle-Ile, comment ça s’apprécie? Ou d’Haïti, de Madagascar? de Cuba, du Sri-Lanka, ou d’ailleurs? Ou être Inuit du Nunavut et du Groenland, affrontant les questions de la sédentarisation, des effets du réchauffement climatique, du choc des générations et de la difficulté d’allier tradition et modernité. Thème central des 22 au 26 août du festival qui se tient à Port-Lay. Festival dont Radio Univers a l’honneur d’être partenaire. On le saura peut être en écoutant dans nos émissions, entretiens et débats, voix et bruits, qui seront diffusés à notre antenne et mis en ligne immédiatement sur ce site.

Et comment les réalisateurs, auteurs de films et musiciens tentent de traiter de ces questions. Car c’est d’abord un festival international de films qui comportent un grand nombre de documentaires en compétition qui proviennent des quatre coins du globe: Islande, Australie, les Shetland, Cuba, Outre-mer, Arctique… Ils nous le diront à la mode de chez eux. Avec le sourire de l’île.

D.D


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