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Transition énergétique, commentaire. N°653

Written by on 15 octobre 2014


Au fil de ce qu’on appelle l’actualité : le projet de loi « sur la transition énergétique pour une croissance verte » vient d’être adopté. Un petit pas mais… peut être « Une étape majeure ».

1er volet. Visiblement pour le climat, les climatologues le disent, il y a fort à faire. A ce rythme le réchauffement provoquera le dégel des sols actuellement encore gelés provoquant l’immédiate libération dans l’atmosphère du méthane emmagasiné en sous-sol. Le risque d’un basculement irréversible nous pend au nez.

Voir ici le rapport du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat). D’où l’absolue nécessité d’agir. Et d’agir vite.

A l’heure où il est moins coûteux d’aller au bout du monde en avion que de payer le parking à l’aéroport, à l’heure où il serait amusant de chronométrer combien de minutes faut-il attendre avant d’entendre un homme politique parler de « croissance » alors que personne ne sait ce que ce mot signifie -une « doctrine de l’économie néo-libérale, avec des mots gri-gri, comme croissance, résorber la dette, compétitivité, etc. » (Edgar Morin)- il est temps de prendre connaissance des dernières nouvelles de ce monde que nous partageons.

Quelles sont-elles ?
1-le mois d’août 2014 a été le plus chaud dans le monde depuis que le début des relevés météo en 1880 ; et la température moyenne à la surface des mers et océans a également augmenté, ce qui est facteur de phénomènes météo plus violents.
2-d’énormes trous provoqués par les violentes émanations de méthane, se forment par milliers dans le nord de la Sibérie. Les émanations de ce gaz à effet de serre proviennent du dégel du permafrost provoqué par le réchauffement de l’atmosphère…qu’il contribue à accélérer.

2ème volet. Quand la France adopte enfin le projet de loi sur la transition énergétique pour réduire son addiction au pétrole, l’historien et anthropologue Timothy Mitchell, titulaire de la chaire du Moyen-Orient à l’université Columbia (New York) montre comment démocratie et combustibles fossiles, deux « phénomènes récents », « s’entrelacent depuis le départ ».

Lire cet entretien de présentation de son livre Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l’ère du pétrole (éditions La Découverte, 2013) qui explique comment l’exploitation du charbon et du pétrole a modelé les structures politiques: « Le pétrole, c’est mauvais pour la démocratie ». Lire aussi ce commentaire.

Son constat est sans appel quant au rôle de l’énergie dans l’histoire du XXe siècle: depuis que le pétrole est devenu notre première source d’énergie, nos démocraties sont à la peine, les acquis sociaux reculent, les inégalités explosent.

La démocratie est indissociable, soutient-il, des multiples processus par lesquels on produit ou consomme l’énergie. D’une certaine façon, l’une (l’énergie) donne forme à l’autre (la démocratie). « La démocratie, c’est quand les gens participent à l’élaboration des régulations qui les affectent. » (p. 26). Mitchell utilise aussi deux définitions de Jacques Rancière de la démocratie: la première, une impulsion égalitaire véritable; la seconde, le confinement de cette impulsion.

Son approche est de suivre le pétrole à travers l’appareil de son extraction, les technologies spécifiques de son raffinement et de transport, les accidents de la géologie et de la géographie, et son usage humain ou restriction d’utilisation. Tracer cette séquence de relations révèle «des façons particulières de l’ingénierie des relations politiques sur les flux d’énergie» (p 5).

Il montre ainsi l’alliance des compagnies pétrolières pour retarder l’émergence de cette industrie au Moyen-Orient et l’intérêt pour les dirigeants politiques occidentaux de maîtriser le pétrole étranger afin d’affaiblir les forces démocratiques sur leur propre territoire. Cette lutte contre la démocratie aurait contribué à la Première Guerre Mondiale et à la mise en place d’un dispositif de contrôle des régions pétrolières du Moyen-Orient.

Le pétrole étant fluide, peu exigeant en main-d’oeuvre, ses gisements sont lointains, isolés, pour Timothy Mitchell, il est évident que les forces économiques et politiques dominantes, les  » puissances impériales « , ont compris l’intérêt qu’elles avaient à privilégier le pétrole : s’émanciper des revendications portées par les travailleurs. Une partie de son livre consiste à démontrer qu’après chaque guerre mondiale, elles réengagent la bataille, dont on sait qu’elles sortiront victorieuses, pour conserver le contrôle des régions productrices de l’or noir (que ce soit par le système des mandats ou, plus tard, par la délégation à des despotes, le plus souvent religieux).

Mitchell nomme McJihad, l’alliance avec l’Islam qui va permettre aux compagnies pétrolières occidentales de
maintenir leur emprise sur la production de pétrole, même et surtout lorsque les États locaux auront réussi à reprendre en main le contrôle des champs de pétrole, de son extraction, de son transport et de son raffinage.

Pas de doute, son propos vaut éclairage sur la suite de la guerre en cours.

Mitchell termine donc son livre sur une question ouverte (qui sera également ma façon de conclure ce commentaire): comment les énergies qui prendront la relève du pétrole pourront-elles donner naissance à des régimes réellement démocratiques ?
Lire aussi son texte sur la place du travail dans la transition énergétique.

D.D

Sur le même sujet: Jérémy Rifkin, un internet énergétique.


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