arton11860La troisième édition du Festival des luttes, à Plougonver (22), accueillait ce weekend un public de militants mais également de visiteurs venus échanger sur différents thèmes. Bien sûr, les touristes n’y étaient pas. Et les festivaliers-consommateurs pas plus. Ce fut le moment pour le collectif Douar Didoull (la « terre sans trou »), organisateur du festival, de faire le point sur les projets miniers. Les conférences et les différents échanges ont été l’occasion de connaître des expériences menées ailleurs et même à l’étranger.

Ambiance plus détendue qu’à l’édition précédente puisque le 20 juin dernier, lors d’un déplacement dans les Côtes-d’Armor, Macron a confirmé l’abrogation des trois permis de recherche miniers bretons, Merleac, Silfiac et Loc-Envel, qu’il avait signé et accordé à la société australienne Variscan Mines en 2014 et 2015, pour y rechercher du tungstène notamment. Mais le collectif Douar Didoull – engagé depuis longtemps « Pour la préservation de notre terre et contre les projets miniers »- qui sur le plan juridique, a toujours en cours contre l’État une procédure d’annulation du permis dit de « Lok-Envel », reste sur ses gardes. Le collectif tient par conséquent à informer « l’ensemble de la population que seuls les services de l’État sont en mesure d’annuler ce permis et que sans déclarations officielles de leur part le collectif reste plus que vigilant ! »

Capture d’écran 2018-07-29 à 14.04.54Organisé par des habitants du périmètre concerné par le permis de recherches minières (lire ici) ou citoyens venus de plus loin, ce Festival des luttes portait une nouvelle fois à la connaissance de tous l’importance des mobilisations contre ces projets quelque soit l’endroit où ils ont lieu (comme dans la Creuse ou en Ariège par exemple). Ainsi des conférences présentaient les conséquences sociales et environnementales de la dynamique minière sur le continent américain. Comme celles de Guyane liées à cette gigantesque mine dite de «la Montagne d’or» soutenu par Macron.

Sans omettre la mémoire vivante par un témoignage sur les luttes des années 80 contre les mines d’uranium en Bretagne.

D’où un Festival des luttes contre l’extractivisme, essentiellement. Mais qu’est-ce donc que l’extractivisme? « Au cours des deux dernières décennies, l’extraction de ressources à grande échelle est revenue au centre de l’économie politique du capitalisme – et de la résistance à celle-ci. Appelée «extractivisme» par les chercheurs et les activistes, l’extraction des ressources au XXIe siècle a pris une nouvelle importance à une époque caractérisée par des prix des produits de base exceptionnellement élevés et la remise en question généralisée des infrastructures de combustibles fossiles. Loin de se limiter à la question des ressources et de l’énergie, les extractivités récentes se sont associées à de multiples formes d’accaparement des terres et d’agriculture commerciale pour créer de nouvelles questions agraires de survie et de justice à l’ère du changement climatique. Fondamentalement, de nombreux peuples autochtones, paysans, travailleurs et autres groupes sont confrontés aux projets extractivistes. »(Jason W. Moore)

Dès lors, on comprend mieux la constance avec laquelle les différents pouvoirs (politique et économique) se sont une nouvelle fois efforcés de s’approprier ce massif granitique. Et la résistance locale à ceux-ci. Sur le site du Dibar, à Plougonver, coin de terre que l’on pourrait aisément qualifier d’au milieu de nulle part, eh bien ce rendez-vous présenté comme « Festif, informatif, et résistant : voilà ce que le Festival des luttes veut être. » a été à la hauteur de cette intention bien que la menace qui pesait depuis 12 ans vient en partie de s’évaporer.

Pays retranché du monde? Apparence. Sous son immobile aspect, là où la campagne est encore campagne, bouge le monde parmi les vents d’ouest et les chuchotements des feuilles des talus, ces plus proches complices. Voici ce Centre Bretagne tel que le décrit notre consoeur documentariste radio ( chez France Culture) Inès Léraud née à Saumur, installée à Coat-Maël (en breton : Koz-Meal), soit à quelques encablures de Plougonver : « C’est très étrange, la Bretagne. J’ai l’impression d’être à l’autre bout du monde, dans une contrée qui m’est étrangère de par ses codes, et, en même temps, de m’être installée au cœur de la mondialisation, puisque nous sommes dans une des régions les plus industrialisées du monde, au niveau agroalimentaire, conclut la jeune femme. Sans cesse un sujet m’amène à rebondir vers un autre… J’ai le sentiment que ça pourrait ne jamais finir… » (Le Monde-25.07.2016).

Apparemment loin de tout et pourtant, comme partout, « au cœur de la mondialisation » qui requiert nos corps et nos pensées, transforme notre environnement et nos modes de vie, eh bien ce projet extractiviste vaillamment combattu et pas encore officiellement défait, nous indique qu’il y a toujours « la possibilité de chemins à tracer » (Jacques Rancière – En quel temps vivons-nous?).

D.D

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ruCe qui a été dit et écrit ici-même autour de l’ extractivisme, de nos Virées en Kreiz-Breizh, de Jason W.Moore, et de Jacques Rancière.