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« Pouvoir de dire « non ». N°517

Écrit par sur 15 février 2012

Dans son dernier livre (la liberté -éd. Encre Marine), Marcel Conche expose sa vision de l’Histoire et surprend par la véhémence de ses propos : le capitalisme est « mauvais en soi » et, ajoute-t-il, « j’ai sympathisé avec la tentative de Lénine d’abattre le capitalisme par la révolution et d’établir les bases d’une société juste. »

Dites, des fois ils sont un peu drôles ces philosophes… Au début de ce dernier livre, il veut nous montrer son « pouvoir de dire « non » à tout ce qui entraverait » sa liberté… Deux exemples :
En 1944 ( !) alors qu’il était bon pour le service…il s’est rebellé: il a dit non à son incorporation car il avait décidé de se consacrer à ses études…En 1944…en plein maquis de Tulle…Conche est né en 1922.

Dans le drame de l’occupation qui se jouait sous ses yeux, il l’employa cette « liberté » à un tout autre usage que celui qui, au même moment, au même endroit, dans les bois près de Tulle, voyait des jeunes de son âge, voire moins, arriver de tous les coins de France, comme Roger, jeune apprenti peintre en bâtiment de 20 ans qui débarquait de sa Bretagne natale alors qu’il n’avait jamais voyagé de sa vie. Tous avaient su dire non au STO en rejoignant les maquis qui accueillaient les réfractaires. Puis les préparaient, armes à la main, au jour J de la libération du pays. Puis ce jour venu, ils participèrent à la militarisation des actions contre les régiments aguerris de la Wehrmacht.

Sans porter attention à la société dans laquelle il allait avec, Conche ne voit pas non plus ces autres Roger de 20 ans qui dans le même temps contribuèrent aux réseaux de cache pour échapper au STO, ou d’impression de faux papiers et de fausses cartes d’alimentation, ou devinrent agents de liaison entre groupes de résistants, ou passèrent dans la résistance active au sein de réseaux de sabotage de l’infrastructure militaire nazi (déraillement de trains, etc.)

Conche ne voit pas que ceux-ci, là, ces conscrits comme l’on disait à l’époque et encore un peu après, venus de loin jusqu’auprès de chez lui avant qu’il ne parte lui étudier puisque tel fut son choix -sa « liberté », s’organisaient eux-mêmes, s’inventaient des manières de voir et de faire sans pouvoir chercher nulle part un modèle, une limite, un point d’appui. Ce qui se nomme: la liberté.

Comment pouvaient-ils juger et choisir? Qu’est-ce que c’était pour eux la liberté? Dans leur vie même, à ces questions-là Monsieur Le Philosophe, ces jeunes en plein maquis de Tulle ou de Dordogne, ou dans leur cache, y répondaient: la condition de l’homme est simultanément détermination et liberté. Et le prouvèrent en réalisant, qu’ils l’aient su ou non, l’improbable et l’incalculable: La Libération.

Je reviens à ce livre. Autre exemple (presque risible à mon avis !) un jour son père lui donne ordre d’aller poster un courrier. Il tombe des trombes d’eau….Là encore il semble très fier de nous montrer son « pouvoir de rébellion » : Il dit NON : il y va en vélo au lieu d’aller à pieds…Etonnant non ? Marcel Conche s’emploie ainsi à bâtir tout un discours en faveur de la liberté. C’est évidemment son droit. Mais en qualité de simple et assidu lecteur du philosophe disciple de Lucrèce et de Montaigne qu’est Marcel Conche, sa notion de « la liberté » m’interpelle quand même.

Car la liberté se manifeste contre ce quelque chose qui s’y oppose. S’opposer sous l’occupation, pour les jeunes gens de l’époque, jeunes ouvriers en général, c’était fuir le Service du Travail Obligatoire et s’engager à sa mesure, soit en zone libre ou soit en zone occupée, au risque d’y laisser sa peau. Cela exigeait d’eux notamment un patient travail de destitution de la signification dominante. Choix et pratique qui engagent et impliquent autrement plus que de choisir de suivre ses études ou d’être incorporé pour le service….en 44! Ce ne fut pas que presque rien cette guerre!

Dire non! par la fuite en traversant la France alors qu’on voyageait peu, afin de gagner un maquis de Dordogne par exemple, ou bien plus localement celui de Broualan ou encore en se cachant. De ces gamins, si certains sont devenus des héros, d’autres en sont morts. D’autres encore, plus nombreux, sont restés tout simplement des anonymes. Qui deviendront les oubliés de la Résistance. Tombés dans l’indifférence mais pour lesquels la liberté a un sens.

Et puis ces maquisards il fallait bien qu’ils soient approvisionnés. En nourriture, en armes, en faux papiers. Et pour s’y rendre dans ces maquis en pays occupé où la délation est érigée en « valeur nationale », il fallait bien s’appuyer sur des réseaux d’anonymes fiables, tenaces, discrets, inventifs qui risquaient une fois avoir franchi le pas, la déportation ou l’exécution. Comment la résistance anonyme a pu dire Non! à l’occupant au sein des réseaux clandestins qui générèrent des formes d’action adaptées à la lutte contre une armée d’occupation et un régime de collaboration? Cette Résistance légitime aux lois injustes, celle d’une France courageuse, d’une société rebelle face à l’occupant nazi, aurait pu être autrement plus convaincante comme thèse sur La Liberté que cet ouvrage du philosophe émérite cité ci-dessus.

Bon, après lui avoir un peu tourné le dos pour avoir ignoré les gamins de son âge dans leur quête de liberté en des temps désespérés, je me retourne vers lui quant il s’enflamme contre le capitalisme « mauvais en soi ». Mais en reprenant le fil de notre conversation sur la liberté.

Qu’est-ce qu’était le Service du travail obligatoire (STO)? Après avoir été « requis par les lois de leur propre État, et non pas par une ordonnance allemande » (Ah! quelle souveraineté!), c’était de donner des journées de travail à la puissance dominante. Maintenant observons ce qu’il se passe de nos jours en un temps de faillite, une nouvelle fois hors de tout contrôle démocratique, ouvrons bien les yeux: l’intégralité de nos impôts sur le revenu va au remboursement de la dette. La dette étant devenue le premier poste budgétaire du pays. Par le biais de l’Etat qui récolte cet impôt, de notre temps travaillé alimente ainsi directement les fonds spéculatifs qui nous imposent leur diktat à travers les taux de prêts bancaires. Et leurs agences de notation. Comme en Grèce, comme en Espagne, etc. Même si en France c’est de façon encore assez douce, n’est-ce pas du temps aliéné, oui quelque chose comme le signe le plus irrécusable de la barbarie à venir, ça? Demain, nous serons tous des Grecs. Hum! ça ne présente-t-il pas quelques similitudes inquiétantes avec ce que fut le STO?

Restait à l’époque pour l’Etat d’user « d’intimidation et de menaces pour remplir ces objectifs ». Laval s’y employa. Regardons aujourd’hui la régression de la droite française en ces temps de crise. Constatons qu’elle est entrée dans la logique de l’extrême-droitisation. Ses propos aux relents de « travail-famille-patrie » s’affichent dangereusement dans ce début de campagne du président sortant. Il se rapproche de thèmes qui avaient cours sous la France vichyste, et la collaboration, et le « oui, chef! ». Hum! pas bon.

Persistance de la détermination et du « pouvoir de dire « non ». Lutter pied à pied. « Car l’homme libre n’est pas déterminé par des causes, il se détermine par des raisons. » (Marcel Conche) Les raisons de l’insurrection pour la liberté ne manquent pas.

D.D


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