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« 5 Hectares ». N°1129

Écrit par sur 3 janvier 2024

Dépeint par des critiques parisiens presque comme un road-movie frôlant le bâillement à mi-film, ou venant d’une spectatrice qui m’est proche m’avouant le trouver mièvre et « pas crédible », face à ces nobles appréciations qui n’engagent que leurs auteurs, la Chronique d’ici-même s’inscrit en faux.

Aux motifs, d’une part, que ce film « 5 Hectares » lui apparaît foncièrement humain; et d’autre part, que faire cent bornes en vieux tracteur après l’avoir acheter, c’est crédible. Puisqu’on connait un gars du coin, nouvellement installé, ayant acquis un tracteur d’occasion à Brest pour le ramener près d’ici, soit plus de 300 kms en empruntant les petites départementales du Centre Bretagne. Pas mal, non ? Quant à chercher à savoir si le personnage central est crédible eu égard à son âge tournant autour de la cinquantaine, cherchant à fuir son job parisien de directeur d’unité de recherche médicale, pour aller s’épanouir en un coin de campagne, pépère, il suffit de regarder dans notre coin d’où proviennent un bon nombre de néos-ruraux.

Mais c’est quoi l’histoire dans tout ça ? Le vivant est partout. D’un, ça se déroule à la campagne et ça se passe ainsi : un couple parisien, lui – dans ce rôle Lambert Wilson-, brillant chercheur sur les sciences cognitives et la neurobiologie dans un hôpital parisien; elle, hôtesse de l’air, ce couple donc vient d’acheter une vieille bâtisse à la campagne dans le Limousin. De deux, parce qu’il est fier de ses cinq hectares de bocages compris dans le lot d’achat, malgré qu’il doit (dans ce lot) se colleter à un gros fermier voisin fort de ses cinq cents hectares. Celui-ci convoitant ces mêmes prairies en voulant y mettre ses vaches. Bon alibi pour s’ajouter de la PAC !

D’où le litige ancestral entre citadin et paysan. Puisqu’en bénéficiant de l’usage agricole, d’office par une loi rurale tacite, ces terres reviendraient définitivement à l’exploitant en question. Sans en être  juridiquement propriétaire. Ce à quoi Lambert Wilson ne l’entend de cette oreille, et face à l’insistante manigance qui piétine son parcellaire, envoie l’autre cumulard se faire foutre.

Etre courageux dans un trou perdu, c’est bien mais, pour un frais débarqué de Paris comment faire seul quand tout pousse autour de soi ? Solution : acheter un tracteur. Pour ne pas apparaître comme un touriste, « avoir un tracteur c’est un statut. » Bon idée ! C’est ici que commence l’intrigue. Car des tracteurs potables à bas prix, ça ne se trouve pas comme sous les sabots d’un cheval. C’est ainsi qu’il lui a fallu aller le dégoter à une centaine de kilomètres. D’où commence le road-movie en question. Qui raconte un retour audacieux sur  » un David Brown 880 « , un archaïque sans trop d’acier rouillé acheté pour sa valeur d’usage (utilité/nécessité) et non à sa valeur d’échange (payé plus qu’il n’en vaut). Une aventure humaine et mécanique tant improbable que formidable à travers les beaux paysages bien verdoyants du Limousin.

Une fois arrivé, l’impensé – en l’état, la connaissance prépondérante de son propre sol- surgit quand de la bouche de ce même voisin il apprend que, sans quatre roues motrices, son tracteur ne servira à rien pour la partie en pente de ces 5 hectares sinon qu’à s’embourber dans la zone humide. Le climat, le vent, le soleil et la pluie transcendent notre réalité.

Par delà l’état parcellaire du foncier rural limousin, ce que l’on voit à l’image sous son apparente simplicité, c’est qu’on ne saurait, tant s’en faut, réduire cette comédie joyeuse à une leçon de philosophie : surtout fuir la tristesse de l’impuissance, et créer, situation par situation, d’autres relations sociales. Ceci dit, il s’y ressent quand même un peu une ombre portée. Car la réalisatrice de « 5 hectares » n’est autre qu’Emilie Deleuze, fille du philosophe Gilles Deleuze, cet admirateur de Spinoza. Dont l’essentiel de la philosophie est dédiée à la Joie et à l’agir ici et maintenant. Et, dans ce film, ça se sent.

Par exemple, quand Lambert Wilson doit se soumettre à l’exigence de communicants pour un clip destiné à capter des financements privés qui jouent un rôle déterminant de nos jours dans la recherche clinique. Au moment même où ce que révèle justement les dernières découvertes en neurologie, est antinomique à la réduction de l’esprit humain à de froids calculs dignes d’une machine. Loin de l’algorithme et de sa modélisation numérique, d’une façon imperceptible ce qui se sent dans « 5 Hectares » renvoie à la question spinoziste : savoir comment ajuster les exigences de la raison et la singularité des situations.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de Spinoza. Ainsi qu’autour de Deleuze, et de nos films vus et commentés.


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