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Habiter le monde en un mobil-home dans les Landes. N°1264

Écrit par sur 29 juillet 2026

Depuis quand avons-nous cessé d’habiter les paysages au point de croire qu’ils étaient simplement des ressources ou des décors ? Des gens y résident. Et ce qui les affligent n’est pas uniquement la perte d’une forêt, mais la disparition d’une familiarité.

Dans un sms, notre ami Jean-Yves me fait part qu’il est en contact avec un copain. Celui-ci lui confie qu’il a « un mobil-home dans les Landes, il est très inquiet. Pour lui, c’est un désastre, et pour l’après… ça reste une interrogation. Sa parole est absente… douleurs et craintes. Actuellement, il aide les sinistrés. Psychologiquement, très pénible. »

Quand bien même ce dont il est question n’est pas son habitation principale, La chronique d’ici-même compatit. Car le feu ne consume pas seulement les arbres. Il brûle les habitudes. Bien que ce mobil-home situé à quinze kilomètres des flammes sévissant à Parentis-en-Born, ne soit pas parti en fumée, l’ébranlement de cette personne et de sa famille est légitime.

Parce qu’un mobil-home n’est pas qu’un bout de plastique ou de métal, de vitres, volets et porte. C’est le lieu des vacances. C’est un processus d’accueil qui recompose le vivre véritablement ensemble. C’est l’une des manières d’habiter le monde sans apparat. A la même enseigne, y sont logés des souvenirs simples accolés à ce refuge perdu ou menacé. De plus, c’est un morceau de géographie intime pour un breton distant de plus de six heures de route.

Quant à ces gestes de solidarité ordinaire, il est reconnu qu’ils fabriquent de la reconstruction active de soi. Cette façon d’agir, au coeur de la complexité et de l’incertitude, qui sauve de la procrastination. En aidant, ça retisse des liens là où le feu à tout briser. Et, ensemble balayant les débris de l’immense sinistre, ça donne l’impression d’être dans un territoire dont nous sommes membres. Sauf que, plus vite dit que fait, ce désarroi ordinaire ci-avant énoncé a été résolu à la va-vite le temps de virer de bord pour la Corrèze, laissant à la déshérence tout ce joli attachement.

Paradoxalement, cette intention louable quoique éphémère amène à une pensée particulière pour les pompiers et les services de secours qui, comme les écoles et hôpitaux, ont été dépecés par une politique qui ne cherchait qu’à démanteler le service public. Cela étant dit, s’agissant de la multiplication de ces méga-feux en cette région – qui, depuis quelques décennies met en scène son propre sabotage – lire ici-, tout résulte d’une combinaison de facteurs nous montrent en vain les chercheurs : réchauffement climatique, sécheresses plus longues, évolution de l’occupation des sols, accumulation de biomasse combustible et urbanisation des interfaces forêt-habitat. Les incendies ne sont donc pas seulement des phénomènes météorologiques, mais des phénomènes socio-écologiques.

Avec la déprise rurale et l’abandon de l’entretien des forêts, nous avons perdu la “culture du feu”.
Joëlle Zask, philosophe.

« Mais c’est aussi l’évolution de notre façon d’habiter le territoire qui favorise ces feux destructeurs : avec la déprise rurale et l’abandon de l’entretien des forêts, nous avons perdu la « culture du feu ». Les pratiques de « feu dirigé » et le pastoralisme, notamment, permettaient de limiter les risques. Les troupeaux de vaches, brebis et chèvres doivent revenir dans les forêts. Les chevreuils, dont on dit qu’ils sont trop nombreux, sont utiles aussi… Une forêt habitée est une forêt qui va développer plus de résistance au feu. (…)  L’environnement doit être au cœur de nos institutions politiques et de nos pratiques citoyennes. La vie démocratique, ce n’est pas seulement le débat politique. C’est aussi débroussailler, entretenir les bois, nettoyer les plages, réaménager une place publique… Cela peut paraître très technique, mais on peut développer les formations, les échanges, le croisement de compétences… Il s’agit de protéger les lieux communs que nous partageons. » Entretien à Médiapart (28.07/2026), avec la philosophe Joëlle Zask, autrice de Quand la forêt brûle. Penser la nouvelle catastrophe écologique, paru en 2019.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de lHabiter. Ainsi qu’autour du Chaos climatique,et de Joëlle Zask.


 

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