Ce que la conformité nous apprend sur notre manière d’habiter. N°1269
Écrit par admin sur 2 septembre 2026
Ce qui suit ne s’avise pas à commenter la réglementation sanitaire en vigueur comme un juriste ou un écologiste. L’écologie commence peut-être lorsque ce qui était devenu invisible redevient sensible. L’assainissement non-collectif réintroduit une proximité. Il oblige à savoir que ce que nous rejetons. Mais pécuniairement, il pèse gravement sur les moins aisés auxquels il leur est exigé la mise aux normes obligatoire. Sujet largement méconnu des citadins, souvent teinté d’idées reçues et de décalage culturel.
Ainsi, le point de vue que propose La Chronique d’ici-même est de regarder ce que le « certificat de conformité » nous apprend sur notre manière d’habiter, pour le coup plutôt en milieu rural.
Mais d’abord, parlons du rapport sensible des ménages ruraux ou personne seule à leur maison, à l’eau, au sol et aux gestes ordinaires – auto-construction, bricolage, vie domestique, sociabilités, jardinage, petits gestes de soin à la fierté discrète. Tel un rapport charnel que les gens entretiennent avec leur maison et leur jardin ou alentour, et aux gestes ordinaires qui façonnent l’ensemble. Ainsi qu’aux expériences précieuses entre les humains, l’eau, le sol, et les autres vivants.
Pour ces habitants, conscients qu’elle laisse possiblement s’infiltrer dans la terre de la matière organique, voir la vieille fosse septique derrière la haie être inspectée par des contrôleurs administratifs, aussi aimables soient-il, quoi qu’usant d’un vocabulaire de police de conformité individuelle, et après leur avoir remis les attestations de vidange et d’achat du filet filtrant de pouzzolane, réclamées, d’apprendre de ceux-ci in fine qu’en l’état le « certificat de conformité » ne leur sera pas délivré, il est sûr qu’en retour ceux-là reçoivent 5/5 ce message ainsi : « votre manière de vivre n’est plus acceptable ».
S’abat après visite, le courrier officiel de la Communauté de communes auquel le SPANC (Service public d’assainissement non collectif) est rattaché. Leur apprenant l’impératif de mise en conformité, assorti d’une menace d’amendes au montant annuel progressif si la chose n’était pas engagée dans le délai légal. Vient alors la logique du marché et de l’endettement qui déboulent chez eux qui cherchaient précisément, par l’auto-construction ou la simplicité, à s’en préserver. Avec la vision de tracto-pelle qui éventre le jardin, le massif de fleurs, et quelques arbres compagnons d’existence. Il va leur falloir piocher dans leurs économies pour « protéger l’environnement ».
– Contraintes : contrôle/constat/prescription/obligation travaux .
Ce même « environnement » sur lequel, suite à la promulgation inique des lois Duplomb, vient d’être permise la mise en oeuvre pernicieuse d’un recul environnemental majeur en raison de plusieurs conséquences directes sur les écosystèmes. Un dégoût.
– Contraintes : information conseil/responsabilisation de l’utilisateur.
Dans une même situation hydrologique – un bassin versant-, sachant que le milieu est un ensemble vivant de relations, comment habiterons-nous ensemble dans le tissu ordinaire de nos jours, sur les lieux réels, une situation dont nous ne sommes séparés que par une clôture ou un talus ? Un entre-deux fragile, voire tout fléché, un face-à-face de voisinages inégaux en droit dans une coexistence oppressante. Pour le moins, un malaise à regarder dans le blanc des yeux.
Car d’un côté, on parle de nécessité sanitaire, de protection de l’environnement, de conformité; de l’autre, on découvre soudain le mot « contrainte »et du coup, on assouplit les normes agricoles. Dégradation du vivant et dégradation des relations humaines sans crainte de retombées judiciaires. Bravo l’artiste !
Il se trouve, quand l’on met les deux sujets en parallèle – assainissement non-collectif/ lois Duplomb – que d’aucuns, gorges serrées, y voient dans cette nette contradiction ou asymétrie de grande taille, une morgue insupportable. Eh bien non ! Dans les faits, les deux marchent de concert. Epousant le même « certificat de conformité » !
A savoir que ces deux politiques procèdent d’un même aveuglement. Au lieu de favoriser des pratiques qui restaurent la relation sensible et réciproque entre les humains, l’eau, le sol, et les autres vivants, ces deux lois renforcent une gestion hors-sol et administrée du territoire. Un acharnement.
Ainsi donc, le vivant se transforme en objet administratif. Lequel sert à protéger un modèle économique plutôt que la défense du vivant survivant.
C’est la raison pour laquelle La Chronique d’ici-même invite ses lecteur.e.s à ré-écouter ici ces entretiens d’enquête sur ce domaine, rapportés au cas de Florence et Antoine, habitants de Bonnemain, utilisateurs de toilettes sèches, confrontés au SPANC — service public obligatoire chargé du suivi de l’assainissement non collectif — qui mettent en parallèle leur démarche avec celle du Réseau Assainissement Écologique.
D.D
Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de l’ Habiter. Ainsi que des Lois Duplomb.