A propos de portes et fenêtres. N°1277
Écrit par admin sur 28 octobre 2026
Étant entrain de faire changer portes et fenêtres de ma maison; bref, un chantier banal de rénovation énergétique, amène ce jour l’auteur de La Chronique d’ici-même à un mélange de nécessité pragmatique et de vigilance poétique.
Entendons-nous bien : j’en parle ici sans rejeter pour autant le bon sens de protéger sa maison des rigueurs du temps et de faire ainsi des économies. Ni sans ignorer les difficultés pour se loger pour un grand nombre, ni les conditions indignes d’habitat pour d’autres.
Mais cette fois, l’auteur de ces lignes a la particularité d’avoir été professionnellement un peu de la partie. Même plus qu’un peu, ayant eu à oeuvrer pendant un temps dans la froideur administrative des « normes actuelles d’isolation ». Qui, comme on le sait, détermine la mise en conformité au regard de normes chiffrées – résistance thermique R, coefficients de transmission.
Cette mise aux normes, devenue une obsession moderne pour la performance chiffrée, transforme souvent l’habitant en consommateur d’un confort régulé artificiellement – thermostat, ventilation mécanique-, pris dans la course à l’échalote technologique des performances quantifiables. Là où le philosophe Jean-Paul Dollé, de son vivant professeur à l’école d’architecture de Paris-la Villette, s’interrogeait : est-il encore possible d’habiter poétiquement quand « Nulle part mieux que dans l’˝immobilier˝ ne se montre cette transmutation métaphysique qui transforme la chose en ˝produit˝. A relire ici.
On n’en dira pas plus sur cette mécanique froide. Osons la comparaison avec ce qu’on peut quand on prend soin de laisser une fenêtre ouverte sur la vie, en intégrant encore ce qui l’entoure. Puisqu’il est question d’une relation entre deux espaces. Entre le dedans et le dehors.
Mais une porte n’est pas là uniquement pour séparer le « dedans » du « dehors ». C’est un point où le corps de l’habitant ne passe pas magiquement d’un monde à un autre, il continue une ligne de cheminement dans un croisement d’air intérieur et d’extérieur, et pas seulement.
Chez moi, le matériau des fenêtres, portes, charpente et bardage sont faits de bois – en majorité de mélèze qui avant d’arriver là fut un arbre vivant. Tout ce bois travaille encore avec l’humidité, la température et le temps. Il réagit à l’environnement exactement comme les arbres vivants qui entourent la maison. L’ombre portée de ceux-ci au pied de celle-là sert de lien au gré de la course du soleil, comme le vent, la pluie, la lumière.
En fait, à regarder de près là où une vision classique voit des séparations – mur, vitre, porte fermée-, cet habitat participe au grand flux du monde vivant. En continuant de bouger, de se dilater, de piéger ou libérer de l’humidité.
D’où ma perplexité critique face à ces nouveaux espaces si hermétiques qu’ils leur faut ensuite installer une ventilation mécanique contrôlée (VMC) pour introduire artificiellement ce que l’enveloppe bloque. L’injonction technique versus la poésie des lieux. De sorte qu’il est bon alors de rappeler cette réalité : la maison « respire » et évolue dans le temps avec le bois, l’air et l’usage de ses habitants.
C’est ainsi que, tout simplement, La Chronique d’ici-même invite à ne pas considérer la maison, quelle qu’elle soit, comme une enceinte hermétique étanche au monde, tel un habitat pressurisé extrême conçu pour isoler l’homme de milieux mortels, mais comme un maillage de flux physiques. Ces portes et fenêtres en sont les points précis où la maison et l’environnement s’interpénètrent.
Finalement, mon chantier n’est pas si banal !
D.D
Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de l’Habiter le monde. Ainsi que de Jean-Paul Dollé, et de ce que nous la conformité nous apprend.