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Discussion. N°454.

Écrit par sur 2 décembre 2010

Qui connaît la source du sondage qui suit ? « 1 français sur 10 reconnaît ne pas avoir une discussion avec autrui au moins 3 fois par an ». Je ne l’ai pas retrouvée mais je me suis dit : « au fait, une discussion, c’est quoi ? » J’ai trouvé ceci : Du latin discussio (« secousse », « ébranlement » (Figuré) « examen attentif ») de discutere (« faire voler en éclats », « briser », « fracasser » (Figuré) « dissiper ») composé de dis-et cudere « battre au fléau »). L’évolution de sens peut-être donné par discussor « celui qui scrute ».

Intéressant ! On a dit aussi qu’on ne pouvait pas avoir facilement, à la descente d’un train ou lors d’un coup de fil impromptu une discussion de « but en blanc » Et je me suis dit « au fait, but en blanc, c’est quoi ? » J’ai trouvé ceci : Le mot but ou butte , dans le domaine militaire, désignait à l’origine le monticule sur lequel on plaçait le canon pour tirer. Le blanc était le centre de la cible à atteindre. « De but en blanc » signifiait donc qu’il fallait tirer d’après la trajectoire qui serait la plus courte.

Revenons à notre discussion. Le Neandertal bavardait-il moins que nous? Il n’y a pas de raison. Mais peut être cognait-il d’abord…et ça a duré des siècles. Ce qui a beaucoup changé, mais beaucoup, c’est la technique. Primo, on cogne moins, ou moins fort. Secondo, la technologie de la transmission d’information ça remonte à loin quand même. C’est toujours gênant de parler à sa place mais déjà le Neandertal pratiquait gravures ou incisions. Pas bête, l’aîné!

Si l’on rejoint Castoriadis pour dire que l’émergence des formes est le caractère ultime du temps, du coup, observons. Tous les jours, de nouveaux objets sont mis sur le marché pour extérioriser la discussion. Et ça marche à fond. D’ailleurs, moi-même ici, à l’instant où je discute…Bon ceci-dit ça reste ici de l’écriture, pas des paroles. Oui mais déjà l’écriture c’est une technique pour extérioriser. D’ailleurs l’écriture avait mis en crise la Grèce antique.

S’il y a bien une forme nouvelle c’est bien l’apparition des courriels et des messages échangés lors de discussions sur Internet. Pour le reste, si l’on en croit le sondage, l’ancienne forme du tête à tête confèrerait à ses protagonistes un caractère anachronique. Discuter serait-il démodé ? Dans ce cas eh bien chatons maintenant! Ou bien appelons-nous sur le mobile!

La discussion, c’est vaste. Quelle étendue! Par contre ça se marie souvent avec la bêtise. Parce qu’on reste bête, on le sait. Faut-il pour s’en convaincre rappeler la phrase de Socrate dite à la fin de sa vie: « Je sais que je ne sais rien ». Ou avec la mort pour mieux la fuir. La mort c’est un événement qu’on ne verra jamais car quand il arrivera, pour nous, il sera trop tard. Dans ce cas, la discussion soigne, on le sait. Voilà entre autres thèmes de discussion. Il y en a des tonnes.

Avec la discussion l’on est toujours en train de devenir autre chose, toujours hors de soi, la parole qui dépasse la pensée, et ça lui échappe, et ça la déborde elle-même. Alors maintenant il y a-t-il de l’innovation dans la discussion? Pas plus qu’avant. La technologie qui propulse la discussion a connu une évolution absolument foudroyante. Qu’est-ce que ça veut dire? ça veut dire qu’il y a une extériorisation qui prend des dimensions inégalées. Bon, parler est à l’origine déjà un processus d’extériorisation c’est vrai, alors le sachant l’on se parlait à demi-mots parce qu’on en mesurait l’impact, on sussurait, ou bien ça gueulait. Enfin il y avait tout un registre fort varié qui demeure utilisé. Mais de nos jours, tout propos une fois capté par les machines invisibles peut provoquer une secousse telle que ça en ébranlerait plus d’un ministre, voire un président c’est dire! Oh! voire même les tout puissants depuis cette rafale de documents WikiLeaks qui révèlent nombre de discussions notées dans les documents diplomatiques américains.

De ce point de vue, on reste bête. Car désormais, avec cette technologie, une discussion n’a plus de limite. Bref ce qu’on se dit de l’un à l’autre à gagner une capacité inouïe d’extériorisation. Et ça c’est nouveau! Qu’est-ce ça produit? Un défaut. Il se produit comme un déséquilibre, un débordement, un excès. Parce que ce qui relevait de la discussion en un cercle réduit, quand les gens vivaient dispersés, de nos jours l’extériorisation des propos peut par la technique, les répendre de tout côté, pour devenir au bout du compte autre chose, et pourquoi pas une rumeur. Le propos s’échappe à lui-même, ça s’étale.

Observons que la discussion sous l’effet de la technologie est devenu un mode de vie, du moins un tremblement dans ses contours. Car l’immense lien de discussion c’est le web et la téléphonie mobile! à l’échelle planétaire! Alors, j’y vais de but en blanc, « nouvelle forme »? A coup sûr! Tous branchés! 24h/24! Avec cette autre particularité: si l’explosion de la discussion du local et de l’hyperlocal se fait sans le savoir, elle se fait sans contact physique, sans engagement corporel. Du moins, un minimum.

C’est relier mais sans se lier, voilà le « caractère ultime du temps ». Car quelle autre forme de se parler semble avoir perdu le plus du terrain que la discussion de vive voix? Au cours de laquelle, selon les probabilités dues aux divergences, il n’est pas très agréable d’entendre quelqu’un crier? Aucune! Eh bien voilà, l’usage de la discussion à l’ancienne se voit supplanté par le langage abstrait version web ou version trouvailles verbales sms. Verso soft! pas d’éclats, pas d’emballement, on sécurise. Ecartées les intonations de la parole qui animent le discours, le diversifient (voix, mimiques, émotions, sentiments, susceptibilités, plaisir, etc…). Voilà bien du concret écarté par la réduction technologique d’une webcam ou tout autre matériel à rapide obsolescence technique.

Dans une discussion vraie hors toile, appelons-ça une relique, on s’égare, autant du côté du sujet que de l’objet. En oubliant le thème de l’échange comme parfois pris dans un monologue l’on en oublie l’échange. Ou l’indicible. S’ajoute enfin à cela qu’à l’occasion d’une discussion vraie qui cartonne l’on peut y laisser des plumes. C’est risqué. Je dis « peut » mais c’est un euphémisme en ce qui me concerne, un temps trop friand de joutes verbales et peu enclin à la neutralité.

« au fait, un euphémisme , c’est quoi ? » J’ai trouvé ceci : « L’ euphémisme, du grec : « Euphemismos », du grec « phêmi » (« je parle ») et « eu » (« bien, heureusement »), est une figure de style qui consiste à atténuer ou adoucir une idée déplaisante. »

Bon, quand ça barde on y risque quelques plumes, mais quoi de plus normal ? Puisque discuter c’est mettre en avant sa propre subjectivité, ses appels et ses aspirations. Contre la surorganisation, entre plainte, tumulte, ou silence, la discussion oscille, elle hésite, elle revendique sa liberté, son droit d’existence. Une fois entamée elle met en évidence le rapport avec l’autre. Normal.

Alors quand le « politiquement correct » fonctionne à plein pour ébranler la subjectivité et tailler ce qui voudrait dépasser, quand il l’accable, l’exploite, ou la nie, une radio comme la nôtre sur son territoire ne peut être que du côté de la défense de la discussion. Ce qui ne signifie pas que la station ouvre son antenne à la discussion-spectacle dont les techniques variées ont les mêmes effets ; c’est le domaine de l’opinion, les gens imitent les opinions des autres, ils se répètent les uns les autres comme ils répètent les mêmes gestes et les mêmes mots, en imitant les « leaders d’opinion ». Tenez! j’en sors: une autre facette du dialogue c’est la succession de monologues, des gens qui parlent avec d’autres personnes et non à d’autres personnes; il y a là une coordination mécanique au lieu d’un partage.

Non, le boulot d’une radio sur son territoire est d’alimenter les discussions possibles, égalitaires, libres et vraies de tout un chacun, à sa guise, par un éclairage de nos lanternes en dégageant d’autres angles de vue qui débordent l’horizon étroit des habitudes et des petits conforts de pensée.

Il est temps de ré-armer notre tempérament égalitaire par de la discussion consciente, active. Pas par l’inaction…numérique ! Par rapport à la socialité de proximité, nous sommes au point d’inflexion. La discussion comme la ville en grandissant peut être en train elle-même à son tour d’éclater, elle est peut être en voie de disparition (hypothèse non vérifiée). Comme la ville qui s’est transformée en d’énormes conglomérats humains qui n’ont plus de forme, en se développant du local à l’hyperlocal, déchue la discussion de vive voix peut être en train de se disloquer. Bref, elle est fondamentalement menacée. Aux cris de « En avant ! Fuyons le contradicteur ! » il peut être préféré aller consulter internet ou adresser un sms plutôt qu’écouter l’autrui dégoisé son laius et ses approximations à rebrousse-poil.

La discussion éclaire nos lanternes. Faut-il en ce sens veiller à la préservation de ce bien public mondial? Pas de doute. Sa pratique égalitaire est fondamentale (expositions des opinions, discussions polémiques, délibérations collectives). C’est la condition d’un espace public véritable. Le hic c’est que son existence à celui-ci ne dépend que de l’intérêt vital des citoyens à son égard. Sans quoi, comme il s’est peu à peu vidé de son sens par la passivité au regard des affaires communes (transport, école, chirurgie, moyens de communication, etc…), chacun est à côté de l’autre, séparément. Privatisés. Ils partagent l’espace mais pas des pensées ni des émotions. Interactions? Zéro! Il en résulte l’indifférence et la réserve.

Hannah Arendt jugeait que la capacité d’interaction était la qualité de la polis -dans laquelle, au cours de nos rencontres, nous nous considérons comme égaux tout en reconnaissant notre diversité et nous souciant de la préserver comme étant le but même de notre rencontre. Mais le problème que révèle ce sondage c’est que dans ces quartiers de ville aux grandes barres d’immeubles autour desquels on ne voit presque jamais personne, dans ces longues lignées de lotissements pavillonnaires, et dans ces bourgs de campagne dans lesquels là non plus, on ne voit presque jamais personne, c’est que la  » polis » telle qu’en parlait la philosophe est bien mal en point.

Aïe! j’arrête là! Je sais, je sais dès qu’on me donne la parole, je cause, je cause…

D.D

Chronique:

Tu causes, tu causes…Non, causer, c’est pas ça…D’ailleurs « causer » en afrikaans c’est « belê »…

Alors, oui, bêler, comme « causer de la pluie et du beau temps ». C’est-à-dire, aujourd’hui, de la neige…

Se plaindre de la neige empêcheuse de tourner en rond, qui cause ( ! ) dérapages et glissades et tôles froissées et « naufragés de la route » et dans la même seconde se laisser à dire :« vivement la neige !», la vraie, celle des pistes balisées de petits drapeaux de toutes les couleurs, des grosses lunettes dans lesquelles se reflètent les montagnes, (seule façon peut-être de les VOIR ces montagnes ! ) des combinaisons fluo… « Causer de tout et de rien », surtout de rien, donc.

Mais pour en revenir à la conversation, ceci : « Selon une étude américaine portant sur les conversations de 400 personnes, les femmes ont prononcé en moyenne 16 215 mots par jour, contre 15 669 mots pour les hommes. » Là, je suis sciée ! quelle jactance chez ces bonnes gens-là !

« La parole jactée relèverait bien plus d’un temps suspendu que d’une réelle dynamique comme son cours irrépressible semble pourtant le suggérer. (Vincent Cornalba, Je, net et tchatche)

Françoise.

02/12/2010 16:15


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