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Elle raconte le monde. N°575

Écrit par sur 10 avril 2013

Un mail de Médiapart daté de ce jour à 12h19 avertit ses abonnés: :Bonjour,
Jamais vous n’avez été aussi nombreux à lire Mediapart et à le soutenir. Grâce à vous, notre journal peut vivre son indépendance, prouver son utilité et montrer sa pertinence. Mais nous n’avons pas que des amis…
C’est ainsi que, depuis le séisme démocratique provoqué par l’affaire Cahuzac, Mediapart fait l’objet d’attaques informatiques et de tentatives d’intrusion.
Hélas, malgré notre vigilance, nous avons dû constater qu’une intrusion, masquée depuis un serveur anonyme étranger, a réussi, dans la journée du lundi 8 avril. Elle a pu faire une brèche dans nos défenses, de 12 h 53 à 15 h 49, avant que nous réussissions à la contrer.
Nous avons évidemment déposé plainte auprès de la justice et l’unité spécialisée de la police judiciaire parisienne, la BEFTI (Brigade d’enquête sur les fraudes aux technologies de l’information), mène déjà l’enquête. L’examen poussé, dans la journée de mardi, du parcours et des conséquences de cette intrusion a établi qu’elle n’avait provoquée aucun dommage pour les contenus et les contributions.
De même, les données de paiement par cartes bancaires de nos abonnés, totalement externalisées auprès d’un partenaire extérieur spécialisé sécurisé ont été préservées et n’ont pas été atteintes par cette intrusion. En revanche, nos attaquants ont réussi à extraire les RIB (relevés d’identité bancaire) d’une petite partie de nos abonnés parmi ceux qui payent par prélèvement automatique.
Ce vol de données confidentielles est, a priori, sans conséquence, la possession d’un RIB n’exposant pas aux mêmes possibilités de fraude qu’un numéro de carte de crédit. Mais, en toute transparence comme nous l’avons toujours fait sur la vie, parfois tumultueuse de Mediapart, nous tenions à vous alerter sans attendre, à la fois par principe de précaution et afin de vous inviter à renforcer votre vigilance.
Ensemble restons vigileants !

La direction de Mediapart »

Ce qui me revigore et m’enchante c’est qu’une petite boutique, un petit atelier de confection de la presse libre et indépendante comme Médiapart, en dévoilant des affaires insoupçonnables nous informe enfin. L’onde de choc est immense.

Ce qui me revigore et m’enchante encore et toujours ce sont ces artisans-bricoleurs de la presse. Nous en sommes un peu de cette famille-là. A mille lieux des grandes officines qui délivrent dit-on « l’actualité ». Qui nous étouffe. Qui nous anesthésie. Attention! l’actualité j’ai rien contre. Quelle soit presse écrite, en images ou parlée, elle raconte le monde. D’accord. Mais comment se raconte-t-il ce monde? Veut-il d’abord se raconter ce monde? Que laisse-t-il apparaître de lui-même ce monde? Manie-t-il la langue de bois aussi ce monde?

Ce qui me revigore et m’enchante je le répète c’est cette toute autre presse. Qui existe. Qui n’a jamais cessé d’exister. Qui fait trembler les puissants. Qui est bien plus ancienne que celle qui se gausse d’être la seule et l’unique. Mais qui raconte le monde autrement. Plus lentement. Sans courir sans se presser. En levant le pied. Sans concept marketing ciblé. Ou courageusement comme Médiapart qui prend le temps de l’enquête journalistique rigoureuse (sommes fiers d’avoir été parmi ses 50 premiers abonnés). S’il fallait donner une image, appliquant la recette gastronomique à la production médiatique (hors pression publicitaire envahissante sur tous les canaux) je dirai que cette autre presse est un peu comparable à ce qui s’oppose à la consommation rapide. Où notre capacité à se concentrer s’est réduite comme peau de chagrin dans un monde où le multitâche frénétique est devenu la norme.

Puisqu’en plus des médias ordinaires passer des heures devant l’ordinateur à naviguer sur Twitter, Facebook et autres médias sociaux est devenu banal. Ne pas aller en ligne, ne pas utiliser leur téléphone portable apparaît au-dessus de leurs forces à beaucoup de mobinautes, constamment branchés sur leur téléphone intelligent et leur portable wifi. Chaînes d’information continue, alertes sur les téléphones portables et courriels incessants nous colonisent le ciboulot. Pas de doute là-dessus! Gare au rythme effréné de notre consommation à l’omniprésence de l’info. Gare à l’obésité informationnelle.

Donc, cette toute autre presse est du côté du choix réfléchi des ingrédients et de la préparation concentrée. Ce qui sollicite la pleine attention de tous les sens par le cuisinier et ses invités. Pas du côté de bourrage de caddy des consommateurs passifs.

Vaillante quoique peu connue et reconnue, souvent ignorée et méprisée, cette autre presse qu’on entend peu -voire nulle part dans la dite « grande presse » si friande de scoops, de drames, de spectacles, d’informations vides et de formules creuses, de mots muets- est faite par des teigneux. Editeurs artisans, journalistes dissidents pas de connivences, écrivains, artistes, poètes, réfractaires combattants (de la presse), ou communautés actives, tous contributeurs motivés (condition indispensable). Qui inventent des formes d’expression nouvelles, créent des styles, poursuivent des démarches singulières.

Parmi ceux-ci certains veulent faire penser. Du coup diffusent la pensée, suscitent l’esprit critique et la discorde. Amènent à regarder autrement. Font apparaître l’invisible qui se cache dans le familier. Lancent des pistes. Défrichent ou décryptent. Restent ouverts, s’étonnent. Disent que tout est à faire encore dans ce domaine de l’information. Y croient dur comme fer contre vents et marées. Insistent, résistent et persistent. Inspirent, propagent la diversité. Sans manière dominatrice. Dans l’agitation d’idées et le refus de l’urgence. Sont-ils nombreux ? Fort Rares. Mais présents. Sacrément présents.

Rien de plus facile pour s’en convaincre que de prendre un exemple. Ainsi le cas Butel. Ecrivain-poète et astucieux fondateur de L’Impossible, un mensuel de petit format qui parle de la vie. Journal « à peu près au format d’un livre de poche. Parce que, désormais, nous emportons partout l’empreinte, la trace ou la présence virtuelle de nos maisons, de nos souvenirs, de nos projets, de nos œuvres, de nos secrets, de nos amours, de nos singularités. » (L’Impossible-N°1). Ainsi écouter sa belle tirade me revigore je vous dis:

Une fois écouté, il me revient en tête cette vieille expression autrefois fort courante « C’est pas l’tout ! ». Vocable qui venait ponctuer des phrases, des situations, qui voulait dire « bon, on n’a pas fini. On a du pain sur la planche. » J’aime pareilles formules désuètes et populaires -voire vernaculaires comme l’évoque Jean-Pierre Verheggen– qui débouchent au galop. Sans avertir. Association phonétique de mots et de phrases. Mélange de rusticité et de la plus extrême élégance. Qui invite à reprendre l’ouvrage. L’ouvrage qu’on a de commun Butel et nous. Faire un média guetteur non de soi mais de l’autre, singulier, libre, ouvert à la pensée. Qui marque notre insistance commune indéracinable à se vouloir messager.

« Le messager est parfois un âne inspiré qui va son propre chemin. Jusqu’à vous. Il ne s’alourdit alors de rien qui l’humilie ou l’exténue. Le messager est parfois un âne démiurge. Il vient vers vous qui êtes innocents. Il s’installe au coeur du village. Il se désaltère à la fontaine. Un oeil amical et un oeil joueur scrutent vos attentions. » (Michel Butel- Notre journal. L’Impossible-N°1).

D.D


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