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FFI MB. N°602

Écrit par sur 23 octobre 2013

Ce que je sais maintenant de mon histoire. Je viens de retrouver par hasard dans une boîte qui appartenait à mon père un insigne militaire. Représentant la croix de lorraine rouge, sur fond bleu marine, dans un losange et posée sur un blason à fond d’hermines avec l’inscription FFI MB. Avec le chiffre 19. Puis son livret militaire attestant son incorporation dans ce bataillon.

Une rapide recherche sur internet m’en apprend beaucoup sur cette trouvaille qui arrive trop tard.

Cette curiosité m’amène à ceci: « En août 1944, le général Borgnis-Desbordes est désigné par les Américains pour constituer la 19 ème D.I. F.F.I./M.B. (Maquisards bretons). Les Américains n’en continueront pas moins à regarder d’un œil soupçonneux « les soldats en guenilles » , beaucoup marchaient encore en sabots de bois bretons cloutés.

Alors, le 28 août 1944 le général de Gaulle décide de dissoudre les F.F.I. au profit de l’armée régulière. Les F.F.I. devront choisir entre l’armée régulière reconstituée ou rentrer à la maison. Dans les rangs, les F.F.I. ne le sauront guère que deux mois plus tard. A plus forte raison, les Allemands coupés du monde dans les poches l’ignorant, prendront encore les F.F.I. pour des terroristes.

Le 23 octobre 1944, l’U.R.S.S., la Grande-Bretagne et les États-Unis reconnaissent enfin de juré le Gouvernement provisoire de la République Française. (…)

Voilà comment le souffle de la Résistance et des F.T.P. intégrés F.F.I. s’est amplifié avec le temps pour poursuivre au grand jour les combats de la Libération dans les Poches de Saint-Nazaire et de Lorient pour vaincre le nazisme et ses milices et permettre le retour des Libertés Républicaines. »

A ce titre, devenu engagé volontaire à vingt ans dans l’armée régulière, dès la libération de Combourg, en suivant les troupes américaines dans leur avancée, mon père rejoignit en qualité de soldat cette fois le front de la poche de Lorient (mais ne participa pas directement aux combats, car étant de formation cordonnier il y fut utilisé ainsi). Dont la reddition n’eut lieu qu’en mai 45, soit un an après la libération du pays.

Puis sa 19° Division d’Infanterie fit mouvement vers l’Allemagne. En tant que première troupe d’occupation. Mon père resta un an à Hechingen (Land du Bade-Wurtemberg). Puis démobilisé, revint chez lui. De son rapport à son passé et à son avenir, il resta dès lors indéfectiblement lié au peuple allemand. Et quand il eut l’opportunité de se faire des amis allemands dans les années 60, en autodidacte il se remit à parler l’allemand, s’étant lui-même confectionné un lexique efficace, et le perfectionnant sans cesse jusqu’à regarder une fois retraité chaque après-midi les chaînes de télé allemandes. Allant même régulièrement au Mont Saint-Michel pour accoster des touristes allemands afin de maintenir intact son aisance dans cette langue.

S’étant tenu bien à l’écart de toute commémoration comme de toute participation à un « jumelage franco-allemand » local, sans jamais avoir mis en avant un quelconque insigne (qui m’était ainsi jusqu’à ce jour inconnu). Sans louange qui exalte ni ressentiment qui rabaisse, sans jamais pour cela céder au relativisme. Mais restant particulièrement attentif à l’actualité politique de ces deux pays.

Peut être fut-il enthousiaste à l’idée de l’immédiate après-guerre de sceller des amitiés entre les peuples. Mais sans doute avait-il besoin de nouer des liens entre personnes sensées afin de tenter de comprendre ce qui s’était passé. Ainsi que de ressentir les bonnes heures de cette année de jeunesse à Hechingen.

Dans ses derniers jours, atteint de la maladie d’Alzheimer, mon père s’était mis à revivre cette époque de l’occupation où il fut d’un bout à l’autre Réfractaire au STO, caché dans un village assez proche du domicile familial.

En dissimulant des documents (articles de journaux) ficelés dans un emballage qu’il glissait sous le matelas de son lit, et qu’il s’empressait de relever la nuit pour vérifier s’ils étaient toujours là, ou en interrogeant sa femme chaque soir « ça y est, ils sont partis? », ou ayant fugué un dimanche soir il fut retrouvé dans cette ferme là il s’était caché durant l’occupation, ou bien en dissimulant des documents parmi des coupures de cuir dans une boîte à chaussure, puis en venant me la remettre planquée sous sa veste. Ou bien en cherchant à la cacher dans un de nos tiroirs après l’avoir retiré de sous sa veste. A mon grand étonnement. Me faisant voir des choses qui sans cela me seraient restées invisibles. A ce moment-là de sa maladie, il n’avait plus l’usage des mots. Pour dire ce qui l’avait affecté profondément dans sa jeunesse. Et qu’il revivait ainsi emporté par la maladie. Du climat de cette époque forte en implication, avec ses réactions et ses sentiments de lui jeune homme pendant l’occupation, il ne m’en avait jusqu’alors jamais parlé. C’est par sa maladie qu’il nous l’a un peu révélé.

Ceci n’est pas un éloge funèbre. Mais le rappel d’un contexte, d’une histoire, et d’une détermination dont je suis sensible. C’était sa vie. Et à mesure que la seconde guerre s’éloigne, après en avoir si peu retiré les leçons politiques, 70 ans presque après la victoire sur le nazisme, que sentons-nous revenir ?

D.D


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